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A Bagdad, entre attente, angoisse et exode

reuters.com

Publié le 26 juin 2014 à 03:43 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 14:03

A Bagdad, entre attente, angoisse et exode

A Bagdad, entre attente, angoisse et exode

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par Oliver Holmes et Isra al Roubeï

BAGDAD (Reuters) - Devant le bureau de délivrance des passeports de Bagdad, la file d'attente s'étire, interminable. Terrorisés par la progression des insurgés sunnites, les habitants de la capitale irakienne tentent par tous les moyens de fuir la ville, voire le pays.

"Les gens paniquent. Ils regardent les informations et ils ont l'impression que les groupes armés sont arrivés à Bagdad", souffle Ali Nedjim, 20 ans, employé dans un petit magasin de la rue voisine.

Après avoir conquis grâce à une offensive éclair et à une alliance avec les chefs de tribus les régions à majorité sunnite du nord du pays, les djihadistes de l'Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL) se sont arrêtés à environ une heure de route au nord de Bagdad. Et encore plus près du côté Ouest.

Nul ne sait s'ils ont l'intention de partir à l'assaut de la capitale, mais leur progression irrésistible a réveillé la peur des sept millions d'habitants de la ville, encore traumatisés par le souvenir des combats et des massacres entre sunnites et chiites en 2006-2007.

Bagdad est restée depuis largement divisée entre quartiers relativement homogènes, dont certains sont toujours séparés par des barbelés et des murs en béton. La ville est en outre régulièrement ensanglantée par les bombes posées par les extrémistes sunnites dans les quartiers chiites.

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Mais pour beaucoup d'Irakiens, les événements des dernières semaines sont d'une autre ampleur et risquent de faire replonger le pays dans une violence communautaire totale, dont les civils seraient les premières victimes.

QUARTIERS MIXTES DÉSERTÉS

"Certains de mes voisins ont vendu leur maison et sont partis. Moi, je reste parce que sinon, il ne restera plus personne", raconte Nedjim, qui vend des sucreries, des boissons et du café.

Le jeune homme se dit convaincu que Bagdad ne tombera pas aussi facilement entre les mains des insurgés que Mossoul ou Tikrit. "Mossoul est tombée parce que c'est une ville à majorité sunnite. À Bagdad, la population est plus mélangée et même les sunnites soutiennent le gouvernement", affirme-t-il.

Nedjim dit parler en connaissance de cause: son père est chiite et sa mère sunnite.

C'est dans les quartiers encore mixtes, comme Ghazaliyah, dans le nord de la capitale, que les habitants se sont montrés les plus pressés de partir, par crainte de se retrouver en première ligne en cas de guerre civile.

Dès la chute de Mossoul, le 10 juin, familles chiites et sunnites ont migré vers d'autres quartiers, jugés plus sûrs. Deux semaines plus tard, la principale artère de Ghazaliyah ressemble à une rue fantôme.

"Ils ont peur", témoigne un habitant qui tient à rester anonyme par souci de sécurité. "Les chiites sont partis dans des zones chiites et les sunnites dans des quartiers sunnites. Il n'y a plus que six ou sept familles dans ma rue."

Les habitants de Bagdad redoutent la présence de cellules dormantes de l'EIIL qui pourraient mener des attentats ou des fusillades au coeur de la ville pendant que les insurgés, désormais équipés de véhicules blindés et d'artillerie, attaqueraient de l'extérieur.

RECONSTITUTION DES MILICES

Les autorités irakiennes, qui craignent particulièrement des infiltrations à partir des quartiers sunnites de l'ouest de la capitale, ont multiplié les barrages routiers.

Le gouvernement du Premier ministre chiite Nouri al Maliki a aussi sollicité l'aide de combattants "volontaires" chiites, favorisant la reconstitution des milices de l'époque de la guerre civile.

C'est le cas, par exemple, de l'Armée du Mahdi de Moktada al Sadr, qui contrôlait une importante partie de Bagdad et du sud de l'Irak lorsqu'elle a déposé les armes en 2008. Samedi, ses combattants ont organisé une "marche pour la paix" avec des camions équipés de lance-roquettes et de fausses ceintures d'explosifs.

Le roulement des tambours de guerre a accéléré l'exode des civils, dont certains ont trouvé refuge dans la région kurde du nord du pays, relativement épargnée par les violences.

Le nombre de vols entre Bagdad et Erbil, la capitale de la province autonome, a eu beau tripler ces dernières semaines, tous les avions affichent complet et les billets se revendent au prix fort sur le marché noir.

Beaucoup de Bagdadis n'ont cependant pas les moyens de fuir et attendent, terrés chez eux et résignés, la prochaine vague de violences qui s'abattra sur une ville où la paix s'efface peu à peu des mémoires.

(Tangi Salaün pour le service français)

reuters.com

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