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Jean-Claude Juncker, le faiseur de compromis désigné chef de l'UE

reuters.com

Publié le 27 juin 2014 à 14:36 - Mis à jour le 28 juin 2014 à 15:20

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par Paul Taylor

BRUXELLES (Reuters) - Jean-Claude Juncker, qui a été désigné vendredi comme le prochain président de la Commission européenne malgré une féroce opposition britannique, a pendant toute sa carrière politique été l'homme du compromis entre la France et l'Allemagne.

Le petit Luxembourg - 530.000 habitants -, qui a déjà obtenu deux fois le poste avec Gaston Thorn et Jacques Santer, fera la passe de trois si son ancien Premier ministre obtient le feu vert du Parlement européen, une formalité pour ce démocrate-chrétien qui a été adoubé par les grands groupes politiques.

Il aura la lourde tâche de retisser le lien entre l'Union européenne et ses citoyens désabusés, comme le montrent la forte abstention lors du scrutin du 25 mai et la percée des partis eurosceptiques, notamment en France et au Royaume-Uni.

Aucun dirigeant européen ne connaît aussi bien les arcanes de l'UE que Jean-Claude Juncker qui, à 59 ans, a participé à tous ses progrès depuis 25 ans avec Jacques Delors, Helmut Kohl, Gerhard Schröder, Angela Merkel, François Mitterrand, Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy et François Hollande.

En 1991, alors ministre des Finances après avoir entamé sa carrière ministérielle à 28 ans, en 1982, il participe aux négociations du traité de Maastricht qui prévoit l'instauration d'une monnaie unique au plus tard en 1999.

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Après la nomination de Jacques Santer à Bruxelles en 1995, il prend les rênes du Grand-Duché à 41 ans à peine et restera à son poste jusqu'en 2013, tout en gardant les Finances, ce qui lui permettra de devenir le premier président de l'Eurogroupe.

Doyen du Conseil européen jusqu'à sa démission forcée en raison d'une affaire d'espionnage, cet homme qui s'exprime avec la même facilité en français, en allemand et en anglais, a été le faiseur de compromis de l'Union européenne, véritable pont entre la France et l'Allemagne en temps de crise.

"PAS LA BONNE PERSONNE", DIT CAMERON

Ce démocrate-chrétien qui se dit "plus à gauche que beaucoup de socialistes" y a longtemps réussi, notamment lorsque Paris et Berlin remettaient en cause le pacte de stabilité de l'euro en 2003, dont il était l'un des architectes en 1997.

Au plus haut de la crise de l'euro, entre 2010 et 2013, il a présidé les réunions de l'Eurogroupe qui ont mis en place des plans de sauvetage pour cinq pays de la zone, resserré les règles budgétaires et décidé de programmes d'austérité qui ont généré des secousses politiques dans plusieurs pays.

Son étoile a quelque peu pâli lors de cet épisode, Nicolas Sarkozy lui reprochant notamment son manque d'initiative et Jean-Claude Juncker doit surtout sa nomination à un "coup d'Etat" institutionnel du Parlement européen.

Le Premier ministre britannique David Cameron, qui s'est opposé à sa désignation sans pouvoir l'empêcher faute d'un nombre suffisant d'alliés, est le plus virulent.

Il a ainsi qualifié sa désignation de "grave erreur".

Mais plusieurs autres responsables européens émettent aussi des doutes sur ses qualités pour une fonction éprouvante qui l'obligera à voyager constamment, à diriger une énorme machine bureaucratique et à piloter l'UE en période de gros temps.

L'homme, doté d'une ironie acerbe et d'un sens aigu de l'autodérision, fait le bonheur des journalistes pour son franc-parler - quitte parfois à faire l'objet de critiques quand certaines de ses remarques font bouger l'euro.

UN VRAI FÉDÉRALISTE

Dirigeant du pays le plus riche de l'Union européenne par habitant, qui a prospéré à l'abri d'un secret bancaire désormais démantelé, cet avocat de formation devra composer avec des Etats membres divisés et une Grande-Bretagne qui n'a pas voulu de lui.

Il devra ainsi gérer les demandes de renégociation des traités formulées par David Cameron, qui entend organiser en 2017 un référendum sur l'appartenance de son pays à l'UE.

Fils d'un sidérurgiste enrôlé de force dans l'armée allemande pendant la Seconde Guerre mondiale, Jean-Claude Juncker a forgé ses convictions politiques et sociales à partir de son expérience personnelle.

"Si mon père avait eu peur de perdre son travail tous les six mois, je n'aurais jamais vu l'intérieur de la faculté de droit de Strasbourg", a-t-il déclaré au début de l'année à un petit groupe de personnes pour expliquer son aversion pour les contrats de travail précaires.

Pendant la campagne pour les élections européennes du 25 mai dernier, il a ainsi défendu l'instauration d'un salaire minimum dans tous les pays de l'UE et un tronc commun de droits sociaux dans le marché unique pour éviter le dumping social, ce qui le place à la gauche du Parti populaire européen, sa formation.

Il s'est toujours opposé à l'octroi d'exemptions au Royaume-Uni dans la législation sociale européenne, une position qui risque de provoquer un clash avec les demandes britanniques.

Jean-Claude Juncker incarne une vision fédéraliste de la construction européenne, avec une Commission au centre du dispositif, qui n'est plus du goût de la plupart des Etats membres, soucieux de limiter les pouvoirs de Bruxelles.

L'ancien Premier ministre présidera une institution qui dispose dans les traités d'énormes pouvoirs, dont le droit d'initiative pour proposer des législations, adoptées ensuite en "co-décision" par le Conseil et le Parlement européens.

"Ce triangle institutionnel a été mis à mal dans la dernière décennie et a perdu de sa vigueur", a-t-il dit au groupe. "La Commission a perdu son influence, ce qui est une mauvaise chose pour l'intérêt commun."

La crise de la zone euro a en effet été largement gérée par des réunions de crise des chefs d'Etat et de gouvernement, qui ont créé des fonds de sauvetage en dehors des traités avec un rôle très faible pour la Commission et le Parlement.

Si le futur président de la Commission veut intégrer ces instruments dans les traités, cela suppose une renégociation qui risque d'être périlleuse dans le contexte actuel.

(Edité par Yves Clarisse)

reuters.com

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