L'Est afghan accueille des milliers de Pakistanais en fuite
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par Jessica Donati
KHOST Afghanistan (Reuters) - Des dizaines de milliers de Pakistanais fuyant l'offensive menée par l'armée dans le Nord-Waziristan ont trouvé refuge ces dernières semaines dans des camps délabrés sur les collines de Khost, en Afghanistan.
Cet exode massif est un drôle de clin d'oeil de l'histoire. Pour la première fois en plus de trente ans, ce ne sont plus des Afghans qui fuient leur pays mais des Pakistanais qui y affluent. Et sont bien accueillis.
"Ces habitants ont bénéficié pendant des décennies du soutien des communautés tribales du Nord-Waziristan où elle avaient dû fuir. Aujourd'hui, ils veulent fournir la même aide à ces familles", explique Bo Shack, représentant du HCR (Agence des Nations unies pour les réfugiés) en Afghanistan.
Les Afghans ont pris la route des zones tribales pakistanaises au moment de l'invasion du pays par les Soviétiques en 1979. D'autres ont suivi pendant la période chaotique qui a suivi le départ de l'armée rouge en 1989 puis pendant le règne des taliban, entre 1996 et 2001.
Depuis la chute des "étudiants en religion", environ 3,8 millions d'Afghans sont retournés dans leur pays, tandis que 1,6 million d'autres sont restés au Pakistan comme réfugiés.
Au Nord-Waziristan, les événements se sont accélérés à la mi-juin, après l'attaque de l'aéroport international de Karachi par les taliban pakistanais.
L'armée a lancé les opérations le 15 juin, puis ordonné aux habitants de quitter cette région montagneuse sous peine d'être considérés comme des combattants ennemis.
Après deux semaines de bombardements, les militaires ont déclenché leur offensive terrestre lundi dernier.
ENTRE DEUX FEUX
Dans la région de Khost, au sud-est de Kaboul, des centaines de tentes blanches des Nations unies sont disséminées sur les collines arides.
Des réfugiés ont tendu des draps de couleur pour s'aménager des cours, un peu d'espace privé. Selon l'Onu, ils sont 77.000.
Mahir Khan, qui a fui le Nord-Waziristan avec son époux et ses dix enfants, n'a guère eu d'autre choix que l'exode.
"On est venus ici à cause des combats. Le gouvernement nous a mis en garde contre une opération militaire, les taliban aussi en disant: 'Nous allons nous battre et si vous êtes touchés, ce sera votre responsabilité'."
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"Le gouvernement nous a donné deux jours pour partir. A part cette tente, on n'a rien reçu", se plaint une vieille femme, Achtar Marjana.
Le gouverneur de la province de Khost, Abdul Jabbar Naeemi, salue cependant l'hospitalité des habitants: "Les gens essaient d'aider, même si eux-mêmes n'ont pas grand-chose", dit-il.
L'agence de renseignement afghane, la Direction nationale de la sécurité (DNS), se méfie toutefois de la présence d'éventuels combattants infiltrés.
"La DNS et le gouverneur sont convaincus que les taliban ont infiltré ces camps avec des armes et pourraient les utiliser n'importe quand", explique l'un des responsables de la sécurité des camps.
"La plupart des familles appartiennent aux taliban et repartiront de l'autre côté de la frontière si une opération est lancée ici."
L'Afghanistan et le Pakistan s'accusent mutuellement d'abriter des insurgés.
La région de Khost est depuis longtemps un théâtre d'opération difficile pour les forces afghanes et celle de l'Otan. En 2009, sept agents de la CIA y furent tués dans leur propre base par un groupe d'Al Qaïda, l'attaque la plus meurtrière menée contre l'agence de renseignements en 25 ans.
C'est dans cette région que le mois dernier a été libéré le militaire américain Bowe Bergdahl après cinq ans de captivité, en échange de cinq commandants de la milice islamiste.
(Jean-Stéphane Brosse pour le service français)
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