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L'Irak sous la menace d'une décomposition

reuters.com

Publié le 28 juillet 2014 à 06:06 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 13:56

L'Irak sous la menace d'une décomposition

L'Irak sous la menace d'une décomposition

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par Isabel Coles et Dominic Evans

BAGDAD/KABERLI Irak (Reuters) - Déchiré entre chiites, sunnites arabes et Kurdes, confronté à une avancée spectaculaire des djihadistes, chamboulé par des déplacements de population, l'Irak apparaît aujourd'hui comme un pays en voie d'éclatement.

En attendant, sa carte est en train de se redessiner.

La progression des insurgés sunnites coalisés autour de l'Etat islamique a entraîné le déplacement de plus d'un demi-million de personnes dans le pays depuis la prise spectaculaire de Mossoul, la grande ville du nord, il y a moins de deux mois.

Dans les vastes zones qu'ils contrôlent, les djihadistes - qui se faisaient auparavant appeler l'Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL) - n'hésitent pas à faire la chasse aux Turkmènes et Shabaks d'obédience chiite, aux Yézidis et aux chrétiens.

Avant que Mossoul ne passe aux mains des rebelles, les Yézidis - qui suivent un vieux culte monothéiste et passent pour des adorateurs du diable aux yeux des islamistes radicaux - osaient déjà à peine se montrer dans la ville. Les voilà désormais traqués par les rebelles, qui ont proclamé un "califat" dans les secteurs qu'ils contrôlent.

La campagne de nettoyage menée par l'Etat islamique a vidé d'une partie de leurs habitants, installés là de longue date mais soudain indésirables, des villages de la province de Ninive, autour de Mossoul.

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Désormais, le nord de l'Irak se divise grossièrement entre Kurdes d'une part et insurgés sunnites de l'autre.

Les minorités sont contraintes de choisir une région en fonction de leur communauté d'appartenance, ce qui a pour conséquence de modifier la géographie du pays et d'accélérer sa partition de facto. Ce processus risque d'être irréversible.

PAYS SUNNITE ET PAYS CHIITE

De nombreux chiites - majoritaires sur l'ensemble du territoire, mais pas dans le nord - ont donc pris la direction du sud pour rejoindre Bagdad ou les villes de Nadjaf et Kerbala, majoritairement chiites.

"On veut quitter le Kurdistan et le Pays sunnite pour se rendre en Pays chiite", dit un Turkmène originaire de la ville de Tal Afar, à 70 kilomètres à l'ouest de Mossoul, qui se trouve depuis le mois de juin dans le pré carré de l'Etat islamique.

Un autre Turkmène, qui attend à l'aéroport d'Erbil un avion vers le sud, ne croit pas à un éventuel retour : "Le Nord sera vidé des chiites, le Sud des sunnites et tout cela conduira à la partition de l'Irak", dit-il. "Voilà la nouvelle carte du Moyen-Orient."

Les insurgés de l'Etat islamique ont également placé les chrétiens de Mossoul devant ce choix: ou ils se convertissent, ou ils quittent la ville, ou ils s'exposent à une peine de mort.

En plus de Mossoul, une vingtaine de villes et de villages de la province de Ninive jusque-là peuplés de minorités sont maintenant sous le contrôle des insurgés, ainsi qu'un autre dans la province de Kirkouk et d'autres encore près de la ville de Touz Khourmato.

Les Kurdes ont également profité des circonstances - de la faiblesse de l'armée, notamment - pour faire un pas supplémentaire vers l'indépendance et s'emparer de la ville de Kirkouk ainsi que des champs pétrolifères tout autour.

Désormais, le gouvernement n'assure son autorité que sur Bagdad et sur le Sud majoritairement chiite.

Les autorités tentent de recoller les morceaux épars du pays et elles doivent, pour ce faire, compter sur le renfort de milices et de volontaires chiites en appui d'une armée relativement impuissante. Cette situation contribue à son tour à accentuer la défiance entre communautés et ne permet même pas, pour l'heure, de faire refluer les insurgés.

TROP TARD ?

Hoshiyar Zebari, un homme politique kurde toujours attaché à l'unité de l'Irak, dresse lui aussi ce constat: "Le pays est divisé en trois Etats: le Kurde, celui qui se trouve sous un étendard noir et Bagdad", dit-il.

Devant l'urgence de la situation, la classe politique et la communauté internationale s'efforcent actuellement de former un nouveau gouvernement pour remplacer le Premier ministre Nouri al Maliki, accusé d'avoir mené une politique pro-chiite et, par conséquent, d'avoir exacerbé les tensions.

Mais certains s'interrogent: n'est-il pas trop tard ?

"C'est probablement la crise la plus grave que traverse l'Irak depuis que ce pays existe", estime Ali Allaoui, qui fut ministre par deux fois après l'intervention américaine de 2003. "C'est la première fois que l'intégrité du pays est en jeu."

L'Irak, qui puise ses lointaines origines dans les civilisations du Tigre et de l'Euphrate, est en réalité un pays jeune, issu de la recomposition du Moyen-Orient opérée sous l'égide des colons européens après la Première Guerre mondiale. On a alors rassemblé trois provinces de l'Empire ottoman disparu - Bagdad, Bassorah et Mossoul - sous un même drapeau.

Aujourd'hui, les Arabes chiites et sunnites n'ont pas grand-chose en commun, selon Ali Allaoui, et l'idée d'une nation irakienne paraît encore plus extravagante aux yeux des Kurdes, jadis persécutés sous Saddam Hussein.

"L'Etat irakien est un échec", dit Masrour Barzani, chef du Conseil national de sécurité de la région kurde. "C'est un Etat qui a été fabriqué, il n'est pas né du choix de ses habitants ou des composantes du pays. Ils ont été contraints de vivre ensemble."

Pour autant, les frontières ne sont pas toujours très nettes, notamment dans le centre du pays où se juxtaposent des régions plutôt chiites et des régions essentiellement sunnites.

"L'Irak ne se désagrège pas facilement, il ne peut y avoir de partition en douceur, parce que les frontières ne sont pas clairement définies", selon la Britannique Emma Sky, conseillère politiques des forces internationales entre 2007 et 2010.

"Une partition nécessiterait un niveau horrible de tueries et de nettoyage ethnique", dit-elle.

(Simon Carraud pour le service français, édité par Eric Faye)

reuters.com

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