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L'UE menace la Russie mais reste évasive

reuters.com

Publié le 31 août 2014 à 07:01 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 13:49

L'UE menace la Russie mais reste évasive

L'UE menace la Russie mais reste évasive

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par Alastair Macdonald et Julien Ponthus

BRUXELLES (Reuters) - L'Union européenne a menacé la Russie de nouvelles sanctions commerciales si Moscou n'amorce pas un repli dans la crise ukrainienne, mais les vives divisions entre les dirigeants européens qui étaient réunis samedi à Bruxelles les ont empêchés d'adopter un calendrier précis.

A l'issue d'une longue intervention du président ukrainien Petro Porochenko, qui a évoqué devant les chefs d'Etat et de gouvernement de l'UE l'imminence d'une "guerre totale" si les troupes russes continuaient de progresser pour soutenir les séparatistes de l'Est ukrainien, les Vingt-Huit ont chargé la Commission européenne de préparer dans un délai d'une semaine des propositions de sanctions complémentaires.

Mais l'inquiétude autour de l'impact de ces sanctions sur une économie européenne déjà atone et l'importance des livraisons de gaz russe n'ont pas permis aux Européens de fixer un calendrier ou des exigences précises à l'endroit de Vladimir Poutine.

Dans ses conclusions, le Conseil européen "demande à la Russie de retirer immédiatement l'ensemble de ses moyens et forces militaires d'Ukraine" et appelle à un "cessez-le-feu viable".

Les Européens ajoutent qu'ils se tiennent prêts à "prendre d'importantes mesures nouvelles, en fonction de l'évolution de la situation sur le terrain" et demandent à la Commission "d'entreprendre d'urgence des travaux préparatoires, conjointement avec le SEAE (ndlr, le Service européen pour l'action extérieure), et de présenter des propositions destinées à être examinées dans un délai d'une semaine".

SANCTIONS SANS EFFET, SELON LE SLOVAQUE ROBERT FICO

Lors de sa conférence de presse dimanche en début de nuit, la chancelière allemande Angela Merkel a indiqué que Vladimir Poutine devait agir pour éviter ces sanctions. "Il y aura des décisions sur de nouvelles sanctions si la situation actuelle se poursuit ou se détériore", a-t-elle dit.

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Elle a ajouté que ces nouvelles mesures pourraient frapper n'importe quel secteur de l'économie dont l'UE a déjà indiqué qu'il pourrait être visé.

Mais invité à préciser le calendrier d'action, le président sortant du Conseil européen, le Belge Herman Van Rompuy, a botté en touche: "Cela dépend, ces nouvelles mesures, des développements de la situation sur le terrain. Il n'y a pas de critères précis, mais je peux vous assurer que chacun est assuré que nous devons agir vite", a-t-il dit.

Illustrant les divisions qui règnent parmi les Vingt-Huit, dont les discussions ont duré jusqu'après minuit, le Premier ministre slovaque Robert Fico a estimé que les sanctions européennes étaient "sans effet et contre-productives".

"Tant que nous ne connaîtrons pas l'impact des sanctions déjà imposées, cela n'a aucun sens d'en imposer de nouvelles", a-t-il plaidé, indiquant que la Slovaquie pourrait recourir à son droit de veto si les sanctions futures menacent son intérêt national.

Van Rompuy a reconnu que les sanctions étaient source de problèmes pour certains Etats membres. "Mais c'est le prix à payer", a-t-il ajouté.

LE POLONAIS DONALD TUSK DÉSIGNÉ PRÉSIDENT DU CONSEIL

Les Européens se sont en revanche accordés pour désigner le Premier ministre polonais Donald Tusk, libéral sur le plan économique, au poste de prochain président du Conseil.

Agé de 57 ans, celui qui succédera à Van Rompuy le 1er décembre est le premier représentant d'un pays de l'Europe orientale, dix ans après la vague d'élargissement à l'est, à accéder à de telles responsabilités communautaires.

Issu du syndicat Solidarité et de la lutte anticommuniste des années 1980, Tusk, qui achève son deuxième mandat de Premier ministre, a été en première ligne dans la condamnation de la politique de la Russie en Ukraine et le rejet des ambitions territoriales de Poutine.

"Pour être honnête, à l'exception du pape Jean Paul II, aucun Polonais n'a exercé une fonction aussi élevée", notait samedi Pawel Swieboda, qui dirige à Varsovie le centre d'études DemosEurope.

La ministre italienne des Affaires étrangères, Federica Mogherini, va succéder elle à la Britannique Catherine Ashton au poste de Haut Représentant de l'UE pour la politique étrangère et de sécurité commune.

Sa candidature était appuyée par le bloc des sociaux-démocrates, François Hollande et Matteo Renzi en tête. Certains pays issus de l'éclatement du bloc communiste avaient en revanche des réserves à son sujet, estimant que l'Italie dépend trop du gaz russe pour incarner une ligne de fermeté.

Dans ses premières déclarations après sa nomination, Mogherini a insisté du reste sur la nécessité d'un travail diplomatique avec la Russie. "Tout en réfléchissant et en travaillant au niveau de sanctions, nous devons aussi laisser la porte ouverte à une solution diplomatique (...) en espérant qu'une combinaison, une combinaison intelligente, sera efficace", a-t-elle dit.

SOMMETS SUR UNE RELANCE DE L'ÉCONOMIE

Avec ces deux nominations qui s'ajoutent au choix annoncé fin juin de Jean-Claude Juncker pour présider la future Commission européenne, l'architecture institutionnelle de l'UE après les élections européennes du mois de mai continue de prendre forme.

Dans le débat qui oppose les tenants de l'orthodoxie financière aux partisans de politiques de relance budgétaire, Donald Tusk a adopté une position prudente.

"Mon expérience en tant que Premier ministre montre qu'il est possible d'associer discipline budgétaire d'un côté et croissance économique de l'autre, il est possible de combiner ces deux défis", a-t-il dit.

François Hollande et Matteo Renzi ont obtenu pour leur part la tenue cet automne de sommets consacrés à la relance d'une économie continentale menacée par la déflation, le chômage et une croissance atone.

"Il y aura trois grandes rencontres qui vont avoir lieu", a annoncé le président français lors de sa conférence de presse.

La première de ces réunions, à l'initiative du président du Conseil italien, se tiendra le 7 octobre en Italie et portera sur l'emploi, notamment des jeunes, a précisé la délégation italienne.

"L'Europe, ça doit être davantage que les 'spreads' (ndlr, l'écart entre les taux des obligations d'Etat), les règles et les budgets économiques", a déclaré Renzi à la presse.

Dans leurs conclusions, les chefs d'Etat et de gouvernement des Vingt-Huit soulignent que "les statistiques des dernières semaines ont confirmé que la reprise, particulièrement dans la zone euro, est faible, l'inflation basse et le chômage inacceptablement haut".

(avec Andreas Rinke, Adrian Croft, Jan Strupczewski et Julia; Fioretti à Bruxelles, Pawel Sobczak à Varsovie; Tangi Salaün et Henri-Pierre André pour le service français)

reuters.com

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