En Iran, la succession de Khamenei en question après son opération
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En Iran, la succession de Khamenei en question après son opération
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BEYROUTH (Reuters) - Les images montrant Ali Khamenei, guide suprême de la Révolution iranienne, sur son lit d'hôpital, ont donné récemment un tour plus concret aux spéculations concernant sa succession.
Début septembre, l'ayatollah âgé de 75 ans a annoncé à la surprise générale qu'il devait subir une intervention chirurgicale et a invité les Iraniens à prier pour son rétablissement.
La classe dirigeante a ensuite défilé à son chevet, à commencer par le président Hassan Rohani. Son prédécesseur Mahmoud Ahmadinejad, dont la relation avec le guide s'est considérablement dégradée à la fin de son second mandat, s'y est également rendu, tout comme le chef de l'appareil judiciaire et le président du Parlement.
Chacune de ces visites a été largement couverte par la presse, photos à l'appui, ce qui est sans précédent depuis l'avènement de la République islamique, proclamée en 1979.
Les rumeurs sur l'état de santé du Guide, qui a succédé en 1989 à l'ayatollah Ruhollah Khomeini, vont bon train depuis plusieurs années, mais jamais la presse n'y avait accordé autant d'attention.
Selon le chef de l'équipe chirurgicale, cette opération de la prostate qui a duré moins d'une demi-heure n'a nécessité qu'une anesthésie locale. Reste qu'en cas de complications, le clergé et les gardiens de la Révolution, corps d'élite de l'armée et acteur économique de premier plan, vont devoir s'entendre sur le nom de son successeur pour dissiper le spectre d'une vacance du pouvoir.
"La santé des dirigeants est considérée comme une question de sécurité nationale dans les pays non démocratiques", souligne Mehdi Khalaji, ancien membre de l'Institut d'études politique sur le proche-Orient de Washington, aujourd'hui directeur du centre Idea pour les arts et la culture.
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Le guide suprême, qui chapeaute les pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire, mais aussi l'armée et les médias, est élu par le Conseil des experts, instance formée pour l'essentiel de dignitaires religieux âgés. Les gardiens de la Révolution ne pourraient toutefois se permettre de les laisser décider seuls du nom du successeur de Khamenei, estiment les observateurs.
Depuis son investiture, en août 2013, le président Rohani s'efforce en vain de limiter leur influence, tant sur le plan politique et économique, qu'en ce qui concerne la conduite du programme nucléaire, qui fait l'objet de négociations avec les grandes puissances.
"Il y a peu de chances pour que les gardiens s'en remettent à des religieux grabataires en ce qui concerne leur commandant en chef", estime Karim Dadjadpour, membre de la fondation Carnegie pour la paix internationale.
"EMPOIGNADE"
"Quelle que soit l'issue, je ne crois pas que cela puisse se dérouler sans problèmes. Il va y avoir une empoignade", estime quant à lui Ali Ansari, directeur de l'Institut des études iraniennes à l'université de St. Andrews.
Khamenei, qui n'appartenait pas aux hautes sphères du clergé chiite, n'était pas considéré comme l'un des favoris à la succession de Khomeini. Depuis, il a considérablement raffermi les bases de son pouvoir en s'appuyant notamment sur les gardiens de la Révolution.
La question de sa succession s'est compliquée début juin lorsque l'ayatollah Mohammad Reza Mahdavi Kani, président du Conseil des experts âgé de 83 ans, a été victime d'un malaise cardiaque qui l'a plongé dans le coma, selon l'agence de presse officielle Irna. Pour certains, l'événement a donné le coup d'envoi de la bataille de succession.
Début septembre, lors d'une réunion du Conseil, Khamenei a d'ailleurs lancé en personne un appel à l'unité. "Des divergences de vue existent sur les sujets politiques, les grands comme les petits, mais ces divergences ne peuvent entamer la cohésion du pays (...) Nous devons rester unis", a-t-il déclaré, selon une transcription de ses propos publiée sur son site internet.
Parmi les prétendants à sa succession figure l'ayatollah Mahmoud Ashemi Shahroudi, ancien chef de l'appareil judiciaire et actuel numéro deux du Conseil des experts. Il aurait les préférences de Khamenei et, surtout, celles des gardiens.
Ali Akbar Ashemi Rafsanjani serait également sur les rangs. A 80 ans, l'ancien président, qui tient le haut du pavé politique depuis 1979, est toutefois jugé trop âgé et compte de nombreux adversaires.
Le nom de l'ayatollah Sadeq Larijani, actuel numéro un de l'appareil judiciaire que Khamenei a nommé deux fois à ce poste, est également cité. Il appartient à une famille omniprésente en politique. L'un de ses frères est président du parlement et un autre a également fait carrière dans la haute administration. Lui-même n'est toutefois pas considéré comme un membre du sérail religieux où il n'aurait que peu d'alliés.
Quel qu'il soit, le successeur de Khamenei n'aura vraisemblablement pas les mêmes pouvoirs que ce dernier. "Le clergé cherche quelqu'un à même de veiller à ses intérêts. Le corps des gardiens de la Révolution cherche fait la même chose. Aucun des deux ne veut de quelqu'un qui puisse le contrôler", conclut Mehdi Khalaji.
(Jean-Philippe Lefief pour le service français)
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