Le président kényan comparaît devant la Cour pénale internationale
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par Thomas Escritt
LA HAYE (Reuters) - Le président kényan Uhuru Kenyatta a comparu mercredi devant la Cour pénale internationale (CPI) de La Haye, où l'un de ses avocats a demandé l'abandon des poursuites pour crimes contre l'humanité à son encontre.
L'avocat a demandé aux juges de la CPI de prononcer la relaxe d'Uhuru Kenyatta, premier chef d'Etat en exercice à comparaître devant cette juridiction internationale, en reprochant à l'accusation de ne pas avoir été en mesure de présenter d'élément à charge convaincant après cinq ans d'enquête.
L'audience a été ajournée et les juges devraient prendre une décision sur la suite à donner au procès d'ici la fin de l'année.
Elu à la présidence du Kenya en mars 2013, Uhuru Kenyatta est accusé d'avoir co-orchestré les violences à caractère ethnique qui ont fait 1.200 morts après l'élection présidentielle de décembre 2007, remportée par Mwai Kibaki.
"Les poursuites n'ont débouché sur rien et elles n'ont pas abouti de telle manière qu'il est inutile d'aller plus loin", a plaidé Stephen Kay. Si l'accusation ne présente pas davantage d'éléments de preuve, "vous devez abandonner les poursuites", a dit l'avocat aux juges.
Les procureurs ont rétorqué que le gouvernement kényan avait entravé le travail des enquêteurs et ont affirmé que des relevés bancaires et téléphoniques qui auraient pu établir la responsabilité de Kenyatta ne leur ont pas été transmis.
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Ils ont demandé un ajournement sine die du procès, assorti de l'obligation pour les autorités kényanes de coopérer avec la justice.
Uhuru Kenyatta, qui nie les accusations portées contre lui, ne s'est pas exprimé devant la CPI mais il a harangué les journalistes à sa sortie du tribunal.
"Nous, Kényans, savons d'où nous venons, nous savons où nous allons et personne ne nous dictera ce que nous devons faire", a lancé le chef de l'Etat.
"DEUX POIDS, DEUX MESURES"?
Ses alliés réclament aussi le report de son procès, arguant de la menace que font peser les groupes armés en Afrique de l'Est, à commencer par les miliciens islamistes somaliens Chabaab qui ont tué 67 personnes dans un centre commercial de Nairobi en septembre dernier.
Ils insistent sur la nécessité pour le président kényan de consacrer toute son énergie à cette lutte.
Mercredi, plusieurs dizaines de ses partisans s'étaient rassemblés devant le siège de la CPI pour lui exprimer leur soutien.
"Ce n'est pas le moment d'affaiblir un pays et une région en renvoyant un président en justice", a déclaré Mahboub Maalim, secrétaire exécutif de l'Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD), une organisation qui regroupe huit pays de la Corne de l'Afrique.
"Le monde livre une terrible bataille contre des terroristes insurgés radicaux dont l'intention est de détruire notre mode de vie. La Corne de l'Afrique et l'Afrique de l'Est sont un théâtre crucial de cette même guerre", a-t-il ajouté.
Pour cette raison, Mahboub Maalim, présent à La Haye, estime que le procès Kenyatta, s'il doit se tenir, devrait être renvoyé après son départ de la présidence.
Il y a un an, réunis en sommet extraordinaire à Addis-Abeba, les chefs d'Etat et de gouvernement de l'Union africaine avaient pareillement demandé le report du procès en s'inquiétant de voir la CPI pratiquer la règle du "deux poids, deux mesures" en concentrant ses procédures sur l'Afrique tout en ignorant les crimes commis dans d'autres régions du monde.
Onze ans après sa création, la CPI n'a prononcé que deux condamnations, contre deux ex-chefs de guerre de la République démocratique du Congo, Thomas Lubanga et Germain Katanga.
D'autres procédures sont en cours, notamment contre le président soudanais Omar Hassan al Bachir et l'ex-président ivoirien Laurent Gbagbo, en attente de son procès. Des enquêtes sont ouvertes sur la situation au Mali ou bien encore en Centrafrique.
Le bureau du procureur effectue parallèlement des examens préliminaires dans un certain nombre de pays dont l'Afghanistan, la Géorgie, la Colombie, le Honduras et la Corée du Sud. Mais ils n'ont pas encore débouché sur des affaires.
(Henri-Pierre André et Tangi Salaün pour le service français)
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