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Djamel Beghal, l'un des maillons de l'enquête sur les attentats

reuters.com

Publié le 15 janvier 2015 à 18:10 - Mis à jour le 15 janvier 2015 à 18:20

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par Chine Labbé et Alexandria Sage

PARIS (Reuters) - Le rôle de l'Algérien Djamel Beghal, figure de l'islamisme radical, dans le parcours d'au moins deux des trois auteurs des tueries qui ont fait 17 morts en France intéresse les enquêteurs, qui ont perquisitionné ses cellules.

Incarcéré à Rennes où il a été placé à l'isolement vendredi dernier, Djamel Beghal, 49 ans, est le seul lien connu à ce jour entre Amedy Coulibaly, qui a tué cinq personnes à Paris et à Montrouge, et Chérif Kouachi, l'un des deux frères qui ont attaqué le siège de Charlie Hebdo, faisant 12 morts.

Les trois hommes ont été tués le 9 janvier lors d'assauts des forces de sécurité.

"Beghal, c'est le noeud du dossier", estime une source proche du dossier.

Durant près de sept mois, de fin janvier à fin août 2005, Djamel Beghal, qui purge alors une peine de dix ans de prison à Fleury-Mérogis (Essonne) pour son implication dans un groupe ayant projeté un attentat contre l'ambassade des Etats-Unis à Paris, se trouve derrière les mêmes murs qu'Amedy Coulibaly, délinquant de droit commun, et Chérif Kouachi, incarcéré pour son appartenance à une filière de recrutement de djihadistes pour l'Irak.

Cinq ans plus tard, les trois hommes se revoient à Murat, dans le Cantal, où Beghal est assigné à résidence dans un hôtel après sa libération -un recours a bloqué son expulsion vers l'Algérie après la déchéance de sa nationalité- et où Amedy Coulibaly et Chérif Kouachi viennent le voir à plusieurs reprises, ensemble ou séparément.

Ces rencontres valent aux trois hommes une arrestation dans le cadre d'une enquête sur un projet d'évasion de la centrale de Clairvaux (Aube) de Smaïn Aït Ali Belkacem, condamné à perpétuité pour l'attentat du RER C d'octobre 1995.

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Chérif Kouachi a bénéficié fin 2013 d'un non-lieu dans cette affaire. Djamel Beghal et Amedy Coulibaly ont été, eux, condamnés respectivement à dix et cinq ans de prison.

Malgré ces connexions, Beghal se défend farouchement d'être l'inspirateur, voire l'instigateur des attentats de Paris, insiste son avocat, Me Bérenger Tourné.

"Il est notoire qu'ils se connaissent et qu'ils se sont croisés dans le Cantal", a-t-il déclaré mercredi sur Beur FM.

Mais "les échanges qu'ils ont pu avoir (...) me paraissent bien trop lointains pour avoir un rapport, ne serait-ce qu'indirect avec (...) l'attentat de Charlie Hebdo."

D'autant plus que depuis 2010, son client est en détention, quasiment toujours à l'isolement, relève l'avocat.

En 2005 déjà, quand il "croise" les deux hommes en détention, l'Algérien, repéré par les services de renseignement français dès 1998 pour ses liens avec la mouvance radicale anglaise notamment -il fréquente la mosquée de Finsbury Park à Londres- est placé à l'écart du reste des détenus.

CONTACTS À L'ISOLEMENT?

Mais des années plus tard, Amedy Coulibaly déclare aux magistrats instructeurs que c'est à cette époque qu'il s'est lié d'amitié avec lui.

"Il peut y avoir des communications entre les isolés et les non-isolés", reconnaît Jean-Michel Dejenne, premier secrétaire du Syndicat national des directeurs pénitentiaires.

Leurs échanges peuvent se faire par des intermédiaires, proches au parloir ou autres détenus, ou bien de manière "sauvage", par les fenêtres notamment.

"Est-ce que c'est étanche à 100%? Non", confirme une source pénitentiaire. "Mais est-ce qu'on peut convertir quelqu'un, le radicaliser quand on est à l'isolement? Non."

Nul ne sait pour l'heure quel rôle exact Djamel Beghal, décrit par les enquêteurs comme un "homme de science en religion" à "l'ancrage persistant dans son extrémisme religieux", a joué dans la radicalisation d'Amedy Coulibaly et Chérif Kouachi.

Son avocat se dit "très réservé" sur son influence.

Chérif Kouachi, condamné en mai 2008 à trois ans de prison dont 18 mois avec sursis dans le cadre d'un réseau djihadiste -il avait été interpellé juste avant son départ pour la Syrie, selon l'accusation- est dès 2003 sous la coupe d'un autre mentor, Farid Benyettou, souligne-t-il.

Le jeune homme, que Benyettou décrit alors comme "quelqu'un de très impulsif et très agressif", aux propos antisémites, attend sa "bénédiction" pour "commencer le combat en France", selon les enquêteurs. Une bénédiction qu'il ne lui a jamais donnée.

En 2008, dans un entretien à Reuters TV au premier jour de son procès, Chérif Kouachi avait nié toute intention djihadiste. "Nous, on est des jeunes de cité, c'est tout".

Qu'en est-il d'Amedy Coulibaly, qui se décrit en 2010 devant les enquêteurs comme "l'idiot du village"? Ce garçon "calme, souriant, poli", ne tient pas de propos radicaux avant 2005, précisément quand son chemin croise celui de Djamel Beghal, selon une source proche du dossier.

Pour Bérenger Tourné, l'hypothèse d'échanges nourris à Fleury-Mérogis est "nébuleuse".

Suivront pourtant, en avril 2010, les clichés à Murat où Amedy Coulibaly et sa compagne Hayat Boumeddiene posent avec une arbalète. En mai de la même année, Coulibaly confie à Beghal désavouer ses parents en raison de leurs actes de "kouffars" ("mécréants" en arabe-NDLR).

"ENVOÛTANT"

Pour Louis Caprioli, ancien responsable de la lutte contre le terrorisme à la Direction de la surveillance du territoire (DST) de 1998 à 2004, le fait qu'il les attire jusqu'à son lieu d'assignation à résidence est la preuve de son emprise.

"Il a un don pour convaincre de la justesse de la cause", surtout auprès de personnes vulnérables, dit-il, évoquant un homme charismatique, "séducteur" et "envoûtant". "Il est évident qu'à son contact, les gens n'ont pu que progresser dans la radicalisation."

Devant les juges, en 2010, Amedy Coulibaly affirme que pendant les week-ends à la campagne, ils évoquent les "souvenirs de prison" et parlent "de la montagne", concédant simplement que Djamel Beghal, qui a passé plus d'un an dans un camp d'entraînement en Afghanistan au début des années 2000, faisait passer la religion "en premier".

Mais "l'amitié, le partage des mêmes convictions religieuses et la livraison de viande halal sont largement insuffisantes pour expliquer à elles seules les raisons des voyages d'Amedy Coulibaly dans le Cantal", juge en décembre 2013 le tribunal correctionnel de Paris.

De fait, les enquêteurs interceptent de nombreux conseils prodigués par Djamel Beghal au jeune homme. En mars 2010, lors d'une conversation téléphonique, il explique à Amedy Coulibaly qu'il n'est pas opportun de donner des fonds à des associations non musulmanes et l'oriente vers un "frère" oeuvrant pour les enfants palestiniens.

"Ce sont ces enfants-là qui tiendront tête plus tard, tu vois".

En avril, lors d'une conversation avec Smaïn Aït Ali Belkacem, il explique avoir "deux choses en tête".

La première serait la tentative d'évasion. La deuxième, c'est "une chose que je prépare pierre par pierre depuis des années, pour pouvoir donner un bon coup après". "Parce qu'un coup avec une pioche vaut mieux que dix coups avec une binette", ajoute-t-il, reprenant un adage algérien.

A l'audience, Djamel Beghal maintient qu'il évoquait alors des démarches administratives pour le compte d'autres personnes déchues, comme lui, de la nationalité française. Les enquêteurs, eux, soupçonnent un projet d'attentat. Mais le tribunal, qui voit pourtant dans cette conversation des "éléments plus que troublants", le relaxe faute de preuves.

Depuis des années, Djamel Beghal se dit victime d'un complot. En 2010, il envoie un courrier aux magistrats instructeurs accusant les services anti-terroristes de partialité et de falsification. "Mon mari est de nouveau puni pour quelque chose qu'il n'a pas fait", a déclaré vendredi sa femme à l'association CAGE, qui milite contre la "guerre contre le terrorisme".

"Celui qu'on présente comme le représentant de Ben Laden en France n'est finalement qu'un délinquant de droit commun", juge son avocat. Les perquisitions menées mardi dans ses cellules à Rennes ont été "infructueuses", dit-il.

(édité par Gérard Bon et Sophie Louet)

reuters.com

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