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Alexandre Ricard, 42 ans, prend les rênes du n°2 des spiritueux

reuters.com

Publié le 09 février 2015 à 17:33 - Mis à jour le 09 février 2015 à 17:40

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par Pascale Denis et Dominique Vidalon

PARIS (Reuters) - Alexandre Ricard, petit-fils de l'inventeur du célèbre pastis marseillais, prend les rênes de Pernod Ricard à un moment charnière pour le groupe, confronté au recul de ses ventes de cognac en Chine et de vodka aux Etats-Unis.

Porté à la tête du numéro deux mondial des spiritueux, pesant plus de 28 milliards d'euros en Bourse, cet homme avenant au regard volontaire deviendra mercredi, à 42 ans, le plus jeune patron du CAC 40.

Sa nomination, qui marque le retour de la famille fondatrice aux commandes d'un groupe dont elle détient 14% du capital, intervient alors que le cours de Bourse de Pernod Ricard atteint des sommets, dopé par les effets positifs de la baisse de l'euro sur les résultats à venir.

"Il va être très exposé et observé, y compris par sa famille, dans un environnement devenu de plus en plus difficile, avec un cours de Bourse au plus haut", souligne Ian Gallienne, administrateur délégué de GBL, un des principaux actionnaires non familiaux avec 7,5% du capital.

Cette succession longuement préparée n'annonce pas de bouleversements stratégiques. Alexandre Ricard, directeur général adjoint depuis l'été 2012, a copiloté avec le directeur général Pierre Pringuet le plan d'économies du groupe comme son plan de transformation digitale.

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Son parcours très international, sa passion du terrain, son goût pour le numérique et pour la rapidité d'exécution devraient cependant insuffler un nouveau dynamisme.

"Il a une incroyable capacité d'entraînement et fait l'unanimité dans le groupe. Il veut aller chercher la croissance plus vite", aux dires d'un de ses collaborateurs.

Pour Emeric Préaubert, associé gérant chez Sycomore AM, la succession "a été très bien gérée. Son arrivée devrait se traduire par une continuité de la stratégie à laquelle il était directement associé".

SIMPLE ET DIRECT

Avec ses équipes, Alexandre Ricard a la réputation d'être direct, tandis que ses proches vantent sa modestie, son enthousiasme, son énergie qui l'amène après des journées de travail au bout du monde à aller voir comment "ses" marques sont mises en valeur dans les bars.

Il cultive aussi la simplicité. Il n'a ni chauffeur, ni collection de montres de luxe.

Mais celui pour qui "la croissance du chiffre d'affaires est la mère des batailles" arrive alors que deux grands moteurs sont en panne, le cognac en Chine et la vodka aux Etats-Unis.

En 2013-2014, les ventes du groupe sont restées stables à changes constants, signant leur plus mauvaise croissance interne depuis la crise de 2008 et se soldant par un plan d'économies passant par 900 suppressions de postes.

Comme LVMH et Rémy Cointreau, Pernod Ricard a vu ses ventes de cognac plonger en Chine sous l'effet des mesures anti-corruption prises par Pékin.

Le marché des cadeaux ayant disparu, le groupe entend conquérir la classe moyenne avec des eaux-de-vie moins chères comme le Martell Distinction, un cognac de type VS vieilli deux ans, contre quatre pour le VSOP et six pour le XO.

L'enjeu est de taille. Les ventes de Martell en Chine pèsent à elles seules pour 9% du chiffre d'affaires du groupe.

CIBLES RARES ET CHÈRES

Par ailleurs, la vodka Absolut - première marque mondiale du groupe acquise en 2008 lors du rachat du suédois V&S pour 5,7 milliards d'euros - est en perte de vitesse.

Ses ventes ont reculé de 1% en 2013-2014 et de 2% aux Etats-Unis où sa part de marché est tombée à 9% (contre 13% en 2008), touchée par la concurrence des distilleries artisanales qui pullulent et par le succès de la vodka texane Tito's.

En outre, le marché américain de la vodka est à la peine. Sa croissance est tombée à 1,4% en 2013, selon Euromonitor, son plus bas niveau depuis 15 ans, au profit des alcools bruns, whiskies ou bourbons, en pleine explosion.

Pernod Ricard ne fait pas mystère de sa volonté d'étoffer son portefeuille aux Etats-Unis, marché très rentable où il reste, avec 11% de parts de marché, loin derrière son grand concurrent Diageo (30%).

Mais les cibles sont rares ou chères et les marges de manoeuvre du groupe limitées, à court terme du moins, par la priorité donnée à la réduction de sa dette héritée d'Absolut.

A plus long terme, Pernod Ricard mise sur d'autres relais de croissance: l'Afrique, le prometteur Jameson ou les alcools locaux, comme ses whiskies indiens en très forte progression.

GALONS DE DIRIGEANT

La nomination d'Alexandre Ricard couronne un parcours très méthodiquement construit. Il a des atouts: bon élève, diplômé de l'ESCP et d'un MBA de l'université de Wharton (Pennsylvanie), il est très travailleur et discret, deux vertus cardinales chez les Ricard.

Il porte aussi le nom de Ricard, autre avantage de taille, mais surtout, il poursuit depuis toujours un seul objectif, celui de prendre un jour les rênes de l'entreprise.

Avant sa naissance, son père Bernard avait été écarté de la direction de Ricard pour cause de différend stratégique.

"Il a cette mission en tête depuis que je le connais", confie Loïc Le Meur, fondateur de la conférence Le Web, un de ses très proches amis rencontré en classe préparatoire.

Après une tentative avortée d'entrée dans le groupe en 1996, il part faire ses armes pendant sept ans dans l'audit et la finance, chez Accenture puis Morgan Stanley, avant d'intégrer Pernod Ricard en 2003, à l'audit-développement.

"Il a construit son parcours avec une parfaite vision de long terme sur ce qu'il devait faire pour parvenir à ses fins", raconte Xavier Mayer, managing director chez Morgan Stanley.

Alexandre Ricard sera ensuite directeur financier de la filiale Irish Distillers, puis PDG du duty free en Asie. Mais c'est avec son retour en Irlande à la tête d'Irish Distillers, entre 2008 et 2011, qu'il brillera. Faisant décoller les ventes du whisky Jameson, il décroche ses galons de dirigeant.

Directeur général adjoint en charge de la distribution en 2011, il est promu directeur général délégué à l'été 2012 après la disparition brutale de son oncle.

Si d'autres comme son cousin César Giron (PDG de Pernod) ont pu viser le poste suprême, Alexandre a "coché toutes les cases", selon son mentor Pierre Pringuet (directeur général depuis 2008, dont le mandat arrivait à échéance cette année), chargé par Patrick Ricard de piloter le parcours de son neveu.

(Avec Alexandre Boksenbaum-Granier, édité par Dominique Rodriguez)

reuters.com

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