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Hillary Clinton n'a pas écrit l'histoire

reuters.com

Publié le 09 novembre 2016 à 15:19 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 03:13

Hillary clinton n'a pas ecrit l'histoire

Hillary clinton n'a pas ecrit l'histoire

LUCY NICHOLSON

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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par Will Dunham

WASHINGTON (Reuters) - Elle ambitionnait de briser le plafond de verre et d'écrire l'Histoire en devenant la première femme présidente des Etats-Unis. Mais Hillary Clinton a payé lourdement son appartenance au sérail et son image négative aux yeux d'une majorité d'électeurs.

Plus brutalement qu'en 2008, lorsqu'un novice du nom de Barack Obama l'avait battue aux primaires démocrates, c'est un outsider aux antipodes de son expérience et de son CV qui l'a renvoyée à ses ambitions perdues.

La polarisation croissante de la scène politique et de la société qui a marqué sa carrière se traduit dans l'opinion très tranchée que les Américains avaient d'elle avant le scrutin du 8 novembre : solide, compétente et parfois visionnaire pour ses partisans, elle était jugée sans scrupules et prête à tout pour le pouvoir par ses détracteurs.

A 69 ans, celle qui fut tour à tour First Lady (1993-2001), sénatrice de New York (2001-2009) et secrétaire d'Etat sous le premier mandat de Barack Obama (2009-2013) était pourtant la favorite incontestée de la primaire démocrate lorsqu'elle s'est lancée, en avril 2015.

Mais avant de devenir en juillet à Philadelphie la première femme à porter les couleurs d'un des deux grands partis dans la course à la Maison blanche, elle a dû mener une bataille plus dure que prévue face à Bernie Sanders qui, en se réclamant du socialisme, a tiré parti de la lassitude d'une partie de l'électorat envers des professionnels de la politique, dont Hillary Clinton est devenue l'archétype.

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L'ampleur prise par le scandale lié à son utilisation d'un serveur de messagerie privée lorsqu'elle dirigeait la diplomatie américaine, qui a pollué toute sa campagne, a alimenté les interrogations sur son goût du secret ou son honnêteté.

Donald Trump en a fait l'un de ses angles d'attaque favoris face à "Hillary la véreuse", qu'il avait promis de jeter en prison s'il était élu.

Dix jours après l'avoir rouvert avec fracas, le FBI a finalement refermé le dossier dimanche et redonné à la candidate démocrate un nouvel élan pour aborder la dernière ligne droite de la course à la présidence. Insuffisant pour remonter la pente. [nL8N1D810P]

De même, son malaise en pleine cérémonie de commémorations des attentats du 11-Septembre, d'abord imputé à un coup de chaud avant que son équipe de campagne ne révèle qu'elle souffrait depuis plusieurs jours d'une pneumonie, l'a fragilisée alors que, Labor Day passé, les deux candidats entraient dans la dernière ligne droite du marathon électoral.

REMPART ?

Son combat pour les droits des femmes aux Etats-Unis et dans le monde, comme pour la justice sociale et l'accès aux soins lui valent l'estime de nombreux démocrates, mais elle n'est pas parvenue à gagner la confiance d'une part majoritaire de la population américaine.

Son passage à la tête de la diplomatie a été marqué par les conflits armés de Syrie et de Libye, la crise liée au programme nucléaire iranien, l'émergence de la puissance militaire chinoise et le retour de la Russie sur le devant de la scène internationale.

Elle a en outre dû gérer le désengagement de l'US Army en Irak et en Afghanistan. Comme beaucoup d'autres, elle s'est attaquée en vain au conflit israélo-palestinien.

Hillary Clinton briguait déjà l'investiture démocrate lorsqu'elle a dû répondre pendant onze heures, en octobre 2015, aux questions des parlementaires sur l'attaque du consulat américain à Benghazi qui avait coûté la vie trois ans plus tôt à l'ambassadeur des Etats-Unis en Libye.

L'intéressée a taxé son adversaire de racisme, de misogynie, d'incitation à la haine et d'évasion fiscale. Elle lui reproche ses accointances avec le président russe, Vladimir Poutine, et juge sa personnalité incompatible avec les responsabilités de président et commandant en chef des armées.

"Cette femme est tellement détestable", a lancé le magnat de l'immobilier lors de leur débat télévisé du 19 octobre.

Le même mois, elle affirme au New York Times : "Je suis le dernier obstacle entre vous et l'apocalypse."

"DEUX POUR LE PRIX D'UN"

Née à Chicago le 26 octobre 1947, Hillary Rodham Clinton est l'aînée d'une famille de trois enfants. Son père, modeste entrepreneur, était selon elle "républicain de la tête au pied", tandis que sa mère nourrissait en secret des penchants démocrates.

Après une scolarité dans le public, elle entre en 1965 à l'université pour jeunes filles de Wellesley, dans le Massachusetts, où elle adhère au Club des jeunes républicains.

La lutte pour les droits civiques et la guerre du Vietnam l'éloignent ensuite du camp conservateur. Elle assiste en 1968 à la convention républicaine qui voit l'investiture de Richard Nixon, mais rallie assez vite les rangs démocrates.

C'est à la faculté de droit de Yale, qu'elle s'éprend de l'ambitieux étudiant de l'Arkansas qui deviendra son époux. Après ses études, elle s'installe à Washington où elle participe aux travaux parlementaires liés à la destitution de Richard Nixon, qui démissionne en 1974 après le scandale du Watergate.

Hillary Clinton rejoint ensuite Bill dans l'Arkansas. Elle l'épouse en 1975 et entame une carrière de juriste dans un grand cabinet d'avocats. Trois ans plus tard, il est élu gouverneur de l'Etat à seulement 32 ans. Leur unique enfant, Chelsea, naît en 1980.

Le reste du pays la découvre en 1992, quand son mari entre dans la course à la Maison blanche. Bill Clinton se présente alors aux électeurs en déclarant qu'ils en auront "deux pour le prix d'un". Hillary confesse qu'elle n'est pas du genre "à rester derrière ses fourneaux".

Lorsque le candidat est mis en cause dans une affaire de harcèlement sexuel, elle tourne en dérision le titre à succès de la chanteuse Tammy Wynette "Stand by Your Man". "Je ne vais pas rester assise là, comme une bonne petite femme soutenant son mari à l'image de Tammy Wynette. Si ça ne vous ne convient pas, eh bien ne votez pas pour lui !", lance-t-elle, apportant de l'eau au moulin des conservateurs qui voient en elle une féministe acharnée et une menace pour les valeurs traditionnelles.

La victoire de Bill Clinton face à George Bush père lui ouvre les portes de la Maison blanche, où elle exercera une influence sans précédent de la part d'une "First Lady" de 1993 à 2001. Une réforme de l'assurance maladie, qui ne dépassera pas le stade du projet, est même surnommée "Hillarycare".

Le couple présidentiel fait alors l'objet d'une longue enquête pour des investissements immobiliers jugés suspects. L'affaire Whitewater ne donnera lieu à aucune poursuite, mais la commission indépendante chargée de l'enquête sera à nouveau sollicitée pour l'affaire Monica Lewinsky.

Vince Foster, conseiller de la présidence et ami proche des Clinton, qui est impliqué dans l'affaire, est retrouvé mort en 1993. L'enquête conclura au suicide.

Dans ses mémoires, parues en 2003, Hillary Clinton s'insurge contre "les théoriciens du complot et les enquêteurs qui ont cherché à démontrer que Vince avait été tué pour qu'il taise ce qu'il savait de Whitewater".

En décembre 1998, Bill Clinton fait l'objet de la deuxième procédure de destitution présidentielle de l'histoire des Etats-Unis. La Chambre des représentants l'accuse d'avoir menti sous serment pour ne pas révéler sa liaison avec Monica Lewinsky.

Il sera acquitté l'année suivante par le Sénat au terme d'un procès jugé stalinien par son épouse, qui parlera de tentative de coup d'Etat parlementaire. Elle dira en outre avoir voulu lui "tordre le cou", mais décidera de lui rester fidèle.

Sortie de son ombre en même temps que de la Maison blanche, elle se lance à son tour en politique et devient sénatrice de l'Etat de New York moins d'un mois après la fin du mandat de son mari. Elle le restera jusqu'en 2009.

"Ce qui fait la singularité d'Hillary, c'est qu'elle continue d'avancer malgré les épreuves, qu'elle ne baisse jamais les bras. Elle ne cesse jamais de se battre pour nous, bien que nous ne lui en sachions pas toujours gré", disait d'elle Barack Obama en septembre.

Dans la longue nuit électorale du 8 novembre, elle n'a cependant rien dit à ses partisans réunis à New York, se contentant d'un coup de téléphone à son rival pour le féliciter et reconnaître sa défaite.

(Jean-Philippe Lefief pour le service français, édité par Henri-Pierre André et Gilles Trequesser)

reuters.com

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