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Trump et Yellen, alliés inattendus ?

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Publié le 13 novembre 2016 à 17:57 - Mis à jour le 13 novembre 2016 à 18:00

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par Howard Schneider et Jason Lange

ST LOUIS (Reuters) - Donald Trump et la présidente de la Réserve fédérale Janet Yellen pourraient devenir des alliés inattendus si la nouvelle administration américaine relance l'économie et l'emploi comme promis par le candidat républicain pendant la campagne électorale, du moins sur le court terme.

Trump avait pris pour cible Yellen à plusieurs reprises pendant la campagne, l'accusant de baisser les taux à des fins politiciennes et menaçant de la révoquer sans attendre la fin de son mandat en janvier 2018.

Mais David Malpass, l'un des principaux conseillers du président élu, a tenu des propos plus mesurés jeudi, affirmant que le soutien à la croissance économique passait avant le débat sur la politique monétaire de la banque centrale.

"La Fed est indépendante (...) Je crois qu'il ne faut pas en rester à la Fed et qu'il faut parler davantage des autres politiques, qui permettront des changements assez rapides", a-t-il dit à la chaîne de télévision CNBC en soulignant la nécessité de jouer sur la réglementation, la politique énergétique et l'allégement de la fiscalité pour soutenir l'emploi.

La perspective d'une gouvernance unifiée à Washington, de nouvelles dépenses d'infrastructure et d'une réforme de la réglementation a été saluée par plusieurs responsables de la Fed pour qui Trump a enfin l'occasion de transformer en profondeur l'économie américaine.

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Les Républicains n'avaient plus eu le contrôle simultané de la Maison blanche et des deux chambres du Congrès depuis le début 2007.

"Il en fait pas de doute que cela permet de sortir du blocage politique à Washington qui freinait la gestion de l'économie", s'est félicité jeudi James Bullard, le président de la Fed de St Louis.

Charles Evans, son collègue de la Fed de Chicago, a de son côté qualifié de "bonne nouvelle" la perspective d'investissements "productifs" dans les infrastructures.

Wall Street a aussi pris en compte cette nouvelle donne et réservé un accueil étonnamment favorable à Donald Trump, le Dow Jones enchaînant des records jeudi et vendredi pour signer sa meilleure performance hebdomadaire depuis 2011.

LUNE DE MIEL

Mais la lune de miel, même au sein de la majorité républicaine, pourrait être de courte durée.

Les projets de dépenses publiques de Trump risquent de se heurter à l'approche budgétaire plus orthodoxe de Paul Ryan, le président de la Chambre des Représentants, même s'il s'est engagé à travailler étroitement avec le nouveau président qu'il a reçu jeudi dans son bureau au Congrès.

Et une trop forte remontée de l'inflation, en conséquence de la politique de Trump, pourrait amener la Fed à accélérer ses hausses de taux au risque de freiner les créations d'emplois et les hausses de salaires que le candidat républicain a promises à la classe moyenne.

L'élection de Trump ajoute aussi un élément d'incertitude aux projections économiques de la banque centrale, qui doivent maintenant prendre en compte les implications inflationnistes d'une nouvelle loi sur la santé, voire intégrer la possibilité d'une guerre commerciale si la nouvelle administration relève les barrières douanières comme promis pendant la campagne.

Jeffrey Lacker, le président de la Fed de Richmond considéré comme un "faucon" au sein du comité de politique monétaire (Fomc) de la banque centrale, a affirmé qu'il faudrait relever ses taux "à un rythme plus élevé" si la Maison blanche adopte une politique de relance budgétaire.

Mais cela pourrait aussi faire l'affaire de Janet Yellen.

Le mois dernier à Boston, la patronne de la Fed avait expliqué que les dégâts laissés par la crise financière de 2008-2009 pourraient pousser la banque centrale à mener une politique "à haute pression", mettant l'accent sur l'investissement, l'emploi et les salaires au risque d'un retour de l'inflation.

Les baisses d'impôts et les dépenses d'infrastructures promises par Trump sont précisément des mesures que la Fed jugera nécessaires si les Etats-Unis glissent selon elle dans une ère de "stagnation séculaire", autrement dit dans une période durable de croissance faible ou nulle.

Elles peuvent aussi cadrer avec certaines des idées de Lael Brainard, l'ex-membre de l'administration Obama devenue membre du Board de la Fed et par ailleurs soutien affiché de la candidate démocrate Hillary Clinton pendant la campagne.

Même les faucons de la Fed conviennent que les Etats-Unis et l'économie mondiale pourraient bénéficier d'investissements publics accrus, surtout s'ils ciblent des projets permettant d'améliorer la productivité sur le long terme.

Après des années de mesures non conventionnelles, la politique monétaire touche peut-être aux limites de son efficacité et ce serait alors aux gouvernements de prendre le relais, admettent-ils.

La hausse de l'inflation soulagerait la Fed en lui permettant de relever ses taux sans crainte et de se donner ainsi de la marge pour les rebaisser dans le cas d'une future récession, sans devoir alors recourir à des rachats d'obligations ou d'autres méthodes non conventionnelles qui sont nécessaires quand les taux sont déjà à zéro.

Les hausses de taux, si elles restent progressives, feraient aussi l'affaire de Trump du moment qu'elles n'enrayent pas l'amélioration de l'emploi et des salaires.

Ainsi Trump et Yellen, le magnat immobilier décomplexé et la fille d'immigrants juifs qui ont grandi dans les quartiers voisins de Brooklyn et du Queens à New York à la fin des années 1940, se retrouveraient-ils alliés objectifs.

(avec Jonathan Spicer à New York, Véronique Tison pour le service français)

reuters.com

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