Les deux camps accusés d'exactions dans la bataille de Mossoul
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Les deux camps accuses d'exactions a mossoul
© Goran Tomasevic / Reuters
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Les deux camps accuses d'exactions a mossoul
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BAGDAD (Reuters) - L'Etat islamique a fait exécuter 21 civils à Mossoul ces trois derniers jours, accusés pour la plupart de collaboration avec les forces irakiennes qui veulent reprendre la ville, apprend-on de source médicale à Mossoul.
Le département de médecine légale de la ville a été informé de ces meurtres, ajoute-t-on. Mais aucun corps n'a été restitué, à la différence de ce qui s'est par exemple passé la semaine dernière quand 20 corps ont été exposés dans divers endroits de Mossoul en guise d'avertissement à la population.
Dans l'autre camp, les forces irakiennes sont elles aussi accusées d'exactions par l'association de défense des droits de l'homme Human Rights Watch (HRW). L'ONG accuse l'armée irakienne, les milices qui l'épaulent et certains civils d'avoir mutilé des cadavres de djihadistes de l'EI.
Selon les habitants de Mossoul, la plupart des victimes de l'EI sont jetées dans des fosses communes à l'extérieur de la ville. Ces victimes sont considérées par les djihadistes fondamentalistes sunnites comme des apostats qui ne méritent pas des funérailles religieuses. Les familles sont informées de ce qui est arrivé à leurs proches par des listes fournies aux médecins de la morgue.
Une nouvelle liste de 21 noms a été remise ces jours-ci.
"Comme d'habitude, il n'y a pas de corps, mais seulement les noms des personnes exécutées par l'organisation pour des raisons diverses", commente-t-on. "Pour l'heure, la plupart des exécutions le sont pour collaboration avec les services de sécurité irakiens."
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Vendredi dernier, la porte-parole du Haut-Commissariat aux droits de l'homme de l'Onu, a accusé l'EI d'avoir exécuté des dizaines de personnes autour de Mossoul les jours précédents et a employé les termes de crimes de guerre et des crimes contre l'humanité. Un charnier contenant plus de 100 corps a notamment été découvert à Hammam al Alil, au sud de Mossoul.
LA GORGE TRANCHÉE
Avant le début de l'offensive sur Mossoul le 17 octobre, l'EI procédait déjà à des arrestations. L'enquête pouvait durer des mois. Désormais, la détention peut prendre deux semaines seulement. Après, les détenus sont soit libérés, soit tués, par balle, la gorge tranchée ou tout autre méthode, explique-t-on.
Un habitant de Mossoul a déclaré à Reuters qu'il avait aidé ses voisins à rechercher leur fils de 24 ans après son arrestation par l'EI devant chez lui il y a trois semaines.
"D'après ce que nous avons entendu, ils ont trouvé un téléphone mobile sur lui", raconte cet habitant. Pour que la population ne puisse constater les progrès effectués par les forces irakiennes, l'usage des téléphones mobiles a été interdit par l'EI et les antennes paraboliques confisquées.
"Il y a dix jours, plus aucune nouvelle de lui n'est arrivée", raconte l'habitant. "Puis hier, nous avons vu son nom sur la liste de ceux qui ont été tués."
"Il n'y avait pas de corps et sa famille n'a pu organiser de cérémonie funéraire. Sa mère, sous le choc, a été hospitalisée."
La semaine dernière, les corps d'une vingtaine de personnes tuées par l'Etat islamique ont été suspendus dans toute la ville - dont cinq crucifiés à un carrefour - dans le but de dissuader les habitants qui voudraient coopérer avec l'armée irakienne.
Les habitants signalent aussi la présence dans les rues de l'Hisba, la force de police chargée de faire respecter la loi.
Selon un habitant qui accompagnait un proche à l'hôpital Salam, sur la rive est du Tigre, dix personnes ont été admises en 24 heures, dont trois sont décédées de blessures.
CRACHER DESSUS
Un autre habitant raconte que les combattants de l'EI ont tiré des roquettes à partir de positions situées près de leur quartier du 17-Juillet, dans l'ouest de Mossoul, en direction de l'est, par où les forces spéciales et l'armée tentent d'entrer dans la ville.
"Les roquettes sont passées au-dessus de nous", raconte cet habitant. "Nous avons entendu le bruit de leur lancement et nous avons vu de la fumée dans le ciel."
Dans l'autre camp, Human Rights Watch affirme que les corps de cinq combattants de l'EI ont été mutilés et qu'un djihadiste a été exécuté après s'être rendu le 3 octobre quand l'armée irakienne et les combattants de tribus sunnites ont repoussé une attaque sur Kayyara, à 60 kilomètres au sud de Mossoul.
"Il faut que le gouvernement irakien contrôle ses propres forces et qu'elles puissent répondre de leurs actes (...)", indique Lama Fakih, un responsable du Proche-Orient de HRW.
Des images tournées par un combattant local et vérifiées par HRW montrent des combattants tribaux en train de frapper à coups de pied les cadavres de combattants de l'EI et de cracher dessus, indique l'organisation new-yorkaise dans un rapport.
Une vidéo montre des hommes en uniforme militaire et d'autres habillés en civil qui font cercle autour d'un combattant de l'EI et lui tirent dessus à bout portant.
Dans d'autres vidéos encore, des cadavres sont tirés derrière des pick-ups. Des photos étudiées par HRW montrent les corps de combattants de l'EI déshabillés, pendus par une jambe ou couverts de sang, dépouillés de leurs organes internes.
Mutiler des cadavres et tuer des combattants capturés sont également des crimes de guerre, rappelle Lama Fakih.
Reuters n'a pas vu vérifier ces informations. Contactés, l'armée et le gouvernement n'ont pas répondu.
La semaine dernière, Amnesty International a accusé les forces irakiennes de meurtre et de torture sur des civils soupçonnés d'avoir des liens avec l'Etat islamique au sud de Mossoul. Les autorités irakiennes ont démenti. Ce sont les habitants, et non les forces gouvernementales, qui sont responsables, ont-elles dit.
(Edité pour Dominique Evans pour la version en anglais; Danielle Rouquié pour le service français)
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