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François Fillon, de l'ambition feutrée à la conquête

reuters.com

Publié le 21 novembre 2016 à 06:10 - Mis à jour le 21 novembre 2016 à 06:10

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

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par Sophie Louet

PARIS (Reuters) - Eternel "numéro deux", François Fillon, vainqueur surprise du premier tour de la primaire de la droite et du centre, est désormais promis aux premiers rôles avec l'ambition d'incarner la reconquête en 2017.

L'ancien Premier ministre de Nicolas Sarkozy a bousculé les scénarios, dont il affirmait l'illégitimité depuis son entrée en lice, en détrônant l'inamovible favori Alain Juppé et en battant l'ex-président, alors qu'il pointait encore à la troisième place des sondages il y a une dizaine de jours.

Féru de course automobile, le député de Paris a filé une métaphore qu'il affectionne, dimanche soir, en se comparant au pilote belge Jacky Ickx, auteur d'une remontée spectaculaire lors des 24 Heures du Mans de 1969 jusqu'à la victoire finale.

"Il avait 120 mètres d'avance, nous on a plusieurs tours", a-t-il lancé devant ses soutiens.

"Habité" par l'impériosité de la réforme face à un pouvoir socialiste qui précipite selon lui la France dans l'abîme, ce gaulliste social de 62 ans, qui a toujours inspiré la méfiance des chiraquiens, est "parti à l'assaut" le premier, dès 2013.

Remisé au rang de "collaborateur" par Nicolas Sarkozy trois mois après sa nomination en mai 2007, François Fillon, qui tint bon à Matignon jusqu'au terme d'un "quinquennat tonitruant", recueille quatre ans après la défaite de 2012 les fruits de sa ténacité et de sa constance. De sa résilience aussi.

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Electrochoc douloureux puis constructif, son échec face à Jean-François Copé lors de l'élection à la présidence de l'UMP en novembre 2012, scrutin entaché de fraude pour lequel il fut à l'inverse plébiscité par les sondages, a été un jalon déterminant sur son "sillon".

Au fil des meetings qui lui ont appris à fendre l'armure, lui le solitaire au flegme britannique, il a raconté cette "force intérieure" née de la défaite et soigné "le déficit d'affect" que lui reprochent ses détracteurs.

"J'ai songé à prendre du recul, mais mon devoir m'a rattrapé au vol. 'Ne lâchez pas', me disiez-vous. Je n'ai pas lâché, je ne lâche rien!", répétait-il devant des militants conquis le dépeignant comme "un homme d'Etat sérieux, rassurant", "une sorte de Pompidou".

Ironie de l'histoire, le Sarthois, héraut d'une droite provinciale et conservatrice qui a construit son image en contrepoint de Nicolas Sarkozy, aura finalement ravi à ce dernier le coeur des sympathisants de droite.

"L'AFFAIRE" JOUYET-FILLON

Sa liberté, François Fillon l'a reprise crescendo, ouvrant publiquement les hostilités en juillet 2013 contre Nicolas Sarkozy : "Chacun a le droit de vouloir servir son pays et chacun aura le droit d'être candidat aux primaires, mais personne ne peut dire 'Circulez, il n'y a rien à voir, le recours, c'est moi!'"

Dans son livre-programme "Faire", paru en septembre 2015, il dresse de lui-même le portrait d'un homme plus audacieux que Nicolas Sarkozy, "moins malléable", mais bridé dans sa volonté d'aller "plus loin", notamment sur la réforme des 35 heures.

Les premiers pas vers la rigueur, en 2011, ce fut en partie lui, qui avait diagnostiqué un "Etat en faillite" dès septembre 2007, et propose aujourd'hui un "programme de rupture" d'inspiration thatchérienne.

La plume de François Fillon, parfois flatteuse, égratigne cruellement l'ancien président et son "personnage de plébéien teigneux qu'il avait cru devoir se forger pour conquérir le pouvoir, mais dans lequel il s'est probablement trop enfermé pour le conserver".

Une ancienne ministre se souvient : "Il parlait de Sarkozy presque en blaguant, comme dans une famille on parle d'un beau-frère un peu foutraque sur le mode 'On ne le refera pas'".

Les relations se dégradent durablement lorsqu'en novembre 2014, dans les colonnes du Monde et dans leur livre "Sarko s'est tuer", les journalistes Gérard Davet et Fabrice Lhomme écrivent que, lors d'un déjeuner le 24 juin 2014, François Fillon a demandé au secrétaire général de la présidence, Jean-Pierre Jouyet, que l'Elysée accélère le cours de la justice contre Nicolas Sarkozy pour empêcher son retour en politique.

François Fillon, qui se présente comme le candidat de la "droiture", dément avec vigueur et attaque en diffamation les journalistes. En août dernier, il lance, dans une claire allusion à Nicolas Sarkozy, mais aussi à Alain Juppé : "Qui imagine un instant le général de Gaulle mis en examen?"

"LE DEUIL DE RIEN"

Face au "droit d'inventaire" qui s'est déchaîné contre Nicolas Sarkozy durant la campagne de la primaire, François Fillon a ensuite mesuré ses critiques. "Il faut avoir le courage de s'interroger sur soi-même, il faut avoir la lucidité de peser le pour et le contre de notre bilan, et dans cet esprit, je ne me défausse pas de mes responsabilités", a-t-il ainsi déclaré.

Dimanche soir, Nicolas Sarkozy a annoncé qu'il voterait pour lui au second tour, "quels que soient les désaccords passés", faisant valoir une proximité avec ses choix politiques.

C'est autant par conviction que rancoeur envers les chiraquiens que François Fillon rallia Nicolas Sarkozy en 2005, furieux de son éviction du gouvernement Villepin. Car l'homme tient de ses origines basques un orgueil féroce.

"De Chirac, on ne se souviendra de rien, sauf de mes réformes", avait-il lancé. Les chiraquiens, qui se retrouvent pour partie autour d'Alain Juppé, ne lui ont pas pardonné.

Initié à la politique par son mentor Joël Le Theule, député RPR de la Sarthe, François Fillon a siégé dès 1981, à 27 ans, sur les bancs de l'Assemblée. En 1980, il épouse une Galloise, Penelope, dont il aura cinq enfants. Trois ans plus tard, il conquiert la mairie de Sablé-sur-Sarthe dont il fera son fief électoral et se rapproche de Philippe Séguin.

François Fillon a fait ses premiers pas ministériels en 1993 dans le gouvernement de cohabitation d'Edouard Balladur. Il fut l'un des rares "balladuriens" à échapper à la vindicte chiraquienne après la présidentielle de 1995. Il est nommé ministre des Technologies de l'information et de la Poste, puis ministre délégué à la Poste, aux Télécommunications et à l'Espace sous Alain Juppé.

En mars 2004, il subit aux régionales sa première défaite électorale en 23 ans de carrière. Après la défaite du 6 mai 2012, François Fillon avait choisi de se faire élire dans la 2e circonscription de Paris, songeant un temps aux élections municipales parisiennes de 2014 avant de voir "plus loin".

"Je n'ai fait le deuil de rien", déclarait-il alors.

(Edité par Simon Carraud)

reuters.com

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