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Les hedge funds se positionnent sur la dette souveraine dans la zone euro

reuters.com

Publié le 21 novembre 2016 à 16:35 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 03:11

Les hedge funds se positionnent sur la dette souveraine dans la zone euro

Les hedge funds se positionnent sur la dette souveraine dans la zone euro

© Leonhard Foeger / Reuters

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18 juillet 2026

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par Abhinav Ramnarayan et Helen Reid

LONDRES (Reuters) - Les émetteurs souverains de la zone euro sont de plus en plus dépendants des fonds spéculatifs pour couvrir leurs besoins de financement, au risque d'être exposés à des effets déstabilisateurs en cas de brusque sortie de ces investisseurs très volatils.

Le choix des banques de réduire leur exposition aux marchés de la dette souveraine en raison des contraintes pesant sur leur bilan a poussé certains Etats à se tourner vers les "hedge funds" pour placer leurs émissions, montrent des données corroborées par des déclarations de banquiers et de représentants gouvernementaux.

Les hedge funds ont été particulièrement actifs sur le segment des obligations longues voire très longues, qui se caractérise par le couple rendement-risque élevé qu'ils recherchent en général.

L'Espagne, l'Italie, la Belgique et la France ont cherché à profiter des taux ultra-bas pour s'endetter sur très longue période avec des émissions à 50 ans pour des montants de trois à cinq milliards d'euros. Pour chacune d'elle, entre 13% et 17% des montants émis ont été alloués à des hedge funds, une proportion historiquement élevée.

Il y a trois ans seulement, l'Espagne, l'Italie et la Belgique ne plaçaient qu'entre 4% et 7% de leurs émissions syndiquées auprès de cette catégorie d'investisseurs, selon des données d'IFR, un service d'informations spécialisé sur les marchés de dettes, filiale de Thomson Reuters. Aucune donnée équivalente n'est disponible concernant la France.

"Les hedge funds ont pris de l'importance", a dit Damien Carde, responsable de la syndication pour les émetteurs publics de RBS, qui a participé aux opérations de plusieurs émetteurs souverains de la zone euro. "Si vous devez amener sur le marché une grosse opération syndiquée, c'est toujours un plus d'avoir cette communauté avec vous."

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Il a toutefois prévenu que ces fonds avaient toujours la réputation d'être des investisseurs très volatils. "Ils ont une philosophie d'investissement très active, ils investiront s'ils s'attendent à dégager un rendement convenable à court terme. Mais dès que les espoirs d'une perspective de profits s'évanouissent, ils s'en vont."

FORTE DEMANDE

Christian Shreckeis, responsable des marchés de capitaux et des relations avec les investisseurs du Trésor autrichien a dit que la récente émission à 70 ans de Vienne avait suscité une forte demande des hedge funds. Il n'a pas donné plus de détails, l'Autriche ne comptabilisant pas séparément les allocations aux fonds spéculatifs dans ses statistiques d'émissions.

"Depuis un an ou deux, nous avons remarqué que les hedge funds devenaient plus actifs sur la dette souveraine en Europe", a-t-il ajouté.

La plupart des autres pays de la zone euro, et en particulier l'Allemagne, le Portugal et les Pays-Bas, n'ont pas non plus de données spécifiques sur les investissements des fonds spéculatifs dans leur dette, soit parce qu'ils ne les collectent pas, soit parce qu'ils recourent principalement aux adjudications au cours desquelles leurs émissions sont achetées par des spécialistes en valeurs du Trésor (SVT) qui les revendent ensuite à d'autres investisseurs.

Pour de nombreux émetteurs souverains, la liquidité apportée par les hedge funds sur le marché secondaire de leur dette est au moins aussi importante que leur participation à l'émission.

"Nous croyons au fait d'avoir une partie des obligations vendues après la réalisation d'une opération parce que les investisseurs peuvent voir qu'il y a une performance sur le marché secondaire", a dit Anne Leclercq, qui dirige l'Agence belge de la dette.

"La demande en provenance des banques était plus importante dans le passé en général, et les hedge funds jouent désormais ce rôle, dans une certaine mesure."

VOLATILITÉ

La proportion des émissions syndiquées allouées par la Belgique à des hedge funds est ainsi passée de 4,5% en 2012 et 6,4% en 2013 à nettement plus de 10% cette année.

Lors de l'émission de 3,5 milliards d'euros à 30 ans réalisée en mars par la Belgique, pas moins de 24,34% ont été placés auprès de fonds spéculatifs, montrent des données disponibles sur le site internet de l'Agence de la dette.

Les agences de la dette française, italienne et espagnole n'ont pas souhaité s'exprimer sur la détention de leur dette par des hedge funds.

"Il est certain que pour n'importe quelle classe d'actifs, l'arrivée de capitaux instables qui accroissent la volatilité ou provoquent des déplacements de prix sans rapport avec la réalité n'est pas bienvenue", a dit Darren Ruane, responsables des activités de taux d'Investec Wealth & Investment.

"Les hedge funds peuvent intervenir dans des arbitrages sur la courbe des taux, par exemple en anticipant une hausse des taux sur la partie courte et des rendements plus ou moins élevés sur la partie longue en fonction de leur opinion sur la manière dont l'inflation à long terme pourra être contrôlée", a-t-il ajouté. "Quand ils débouclent leurs positions, cela peut vraiment être pénalisant."

Deux SVT qui ont participé aux émissions de la Grèce ont souligné que lors de son retour sur le marché en 2014 le pays s'était largement appuyé sur les fonds spéculatifs, ce qui a tourné à son détriment.

"Des hedge funds ont acheté une partie importante de la dette mais quand celle-ci a subi des dégagements, ils n'avaient qu'une obsession, c'était de s'en défaire eux aussi", a dit l'un des spécialistes en valeurs du Trésor qui a requis l'anonymat.

Toutes les émissions à 50 et 70 ans réalisées par des Etats de la zone euro ont subi de lourdes pertes lors de la correction sur les marchés obligataires amorcée début octobre avec le redressement des anticipations d'inflation.

Le rendement de la ligne de cinq milliards d'euros à 50 ans de l'Italie a ainsi bondi de 58 points de base depuis son émission au début du mois dernier, son cours passant de 99,194% à 85,50%, ce qui implique une perte potentielle en capital de 11% selon les calculs de BBVA.

(avec Maiya Keidan et Balazs Koranyi, Marc Joanny pour le service français, édité par Marc Angrand)

reuters.com

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