Irak: Les civils, cibles de l'EI dans les zones "libérées"
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A displaced woman who was injured in clashes and fleeing from islamic state militants of mosul, receives treatment at a hospital west of erbil
© Azad Lashkari / Reuters
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A displaced woman who was injured in clashes and fleeing from islamic state militants of mosul, receives treatment at a hospital west of erbil
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par Isabel Coles
ERBIL, Irak (Reuters) - "Quelque chose ne va pas avec ma main ?", demande l'enfant auquel un médecin de l'hôpital d'Erbil, dans le nord de l'Irak, retire les bandages sanglants, découvrant la blessure causée par un tir de mortier des djihadistes de l'Etat islamique (EI).
"C'est rien. Juste une petite plaie", répond son père, qui lui couvre les yeux pour lui cacher la vérité, tandis que le médecin inspecte cette main gravement mutilée qui semble insoignable.
Une douzaine d'autres civils sont là, aux urgences de l'hôpital. Tous ont été blessés aux abords de Mossoul, dans des secteurs repris à l'EI depuis le lancement, le 17 octobre, de la reconquête du dernier grand fief urbain des djihadistes.
S'ils sont là, disent-ils, ce n'est pas parce qu'ils ont été victimes de tirs croisés ou de balles perdues, mais parce qu'on les a délibérément visés.
"Dans toutes les zones libérées par l'armée, Daech nous considère comme des apostats. Il est donc permis de nous tuer", dit le père de l'enfant blessé.
Son fils a insisté pour aller avec lui acheter de la farine au marché de Zahra, un quartier de Mossoul où l'armée a pris position il y a trois semaines. C'est là qu'un obus de mortier lui a causé cette terrible blessure.
Les forces gouvernementales, qui progressent très lentement dans la partie orientale de la ville, prennent soin d'éviter les pertes civiles, mais les artilleurs de l'EI et ses tireurs embusqués n'épargnent personne.
Plus de 100.000 hommes sont engagés dans la bataille de Mossoul, menée avec l'appui aérien de la coalition sous commandement américain. La défaite des 5.000 à 6.000 djihadistes qui la défendent semble inéluctable. Reste à savoir quel sera le coût humain de l'opération.
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"ILS N'ONT AUCUNE PITIÉ"
Une centaine de blessés sont admis chaque jour à l'hôpital d'Erbil, capitale du Kurdistan irakien autonome. On y envoie les cas trop graves pour être soignés dans les hôpitaux de campagne des abords de Mossoul, qui sont débordés, explique un administrateur de l'établissement.
Au service des grands brûlés se trouve une femme de 28 ans couverte de bandages. Seule une partie de son visage est visible. Elle était en train de faire du pain, dix jours après l'arrivée de l'armée dans son quartier, quand un obus de mortier s'est abattu sur sa cuisinière. "Ils s'en sont pris à nous après la libération", dit-elle d'une voix faible, évoquant les djihadistes.
Seuls 70.000 habitants de Mossoul, qui en compte un million, ont trouvé refuge dans des camps de déplacés dressés autour de la ville, selon les Nations unies.
"Nous avons décidé de rester parce que ma mère et mon père sont malades et parce que c'est dur de vivre dans les camps", explique Abou Abdelrahmane, un patient âgé de 42 ans. Cette décision lui a coûté une jambe. "Dieu puisse nous venger", lance-t-il en soulevant la couverture pour montrer cette jambe amputée sous le genou.
Malgré le bilan de plus en plus lourd, les blessés restent convaincus du bien-fondé de l'offensive. C'est le prix à payer pour être débarrassé de l'EI, disent-ils.
"Nous sommes heureux d'être libérés, mais Daech nous vole notre joie. Ils n'ont aucune pitié", déplore Abou Ahmed, qu'un tireur embusqué à blessé à une jambe.
De l'autre côté du couloir, Ziad Younès, dont le frère a succombé à ses blessures lors de son transport à l'hôpital, prend soin de son neveu, touché lui aussi par un obus de mortier. "Notre espoir était d'être libérés. Nous ne nous attendions pas à ça", dit-il.
(Jean-Philippe Lefief pour le service français)
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