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Une gauche balkanisée face à la droite en ordre de bataille

reuters.com

Publié le 27 novembre 2016 à 12:47 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 03:09

Une gauche balkanisee face a la droite en ordre de bataille

Une gauche balkanisee face a la droite en ordre de bataille

© Stephane Mahe / Reuters

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

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par Emmanuel Jarry

PARIS (Reuters) - Le succès de la primaire de la droite, en passe de refaire son unité derrière son candidat, contraste avec la balkanisation de la gauche, qui augure d'une déroute socialiste à l'élection présidentielle, prélude à une vaste recomposition politique.

Cette perspective a encore attisé ce week-end les tensions au sommet de l'Etat, entre François Hollande, qui tarde à dire s'il briguera un deuxième mandat, et son Premier ministre, Manuel Valls, qui cache de moins en moins son envie d'y aller.

Face au retour en force d'une droite décomplexée et à un Front national en passe, avec Marine Le Pen, d'accéder en 2017 au second tour de la présidentielle pour la deuxième fois de son histoire, la gauche avance plus que jamais en ordre dispersé.

Le député socialiste Philippe Duron veut croire, lui, à une "prise de conscience" de la gauche et à un "sursaut".

Les amis de la maire de Lille, Martine Aubry, des élus PS "frondeurs", la maire de Paris, Anne Hidalgo, l'ex-Garde des Sceaux Christiane Taubira et une poignée d'écologistes et de communistes ont assuré samedi vouloir s'y employer.

Sans attendre le résultat de la primaire, Manuel Valls a brandi dans le Journal du Dimanche le spectre d'un "big bang politique" si l'extrême-droite n'est pas mise "sur la touche" dès le premier tour de la présidentielle.

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"La gauche peut mourir", assène le Premier ministre, qui ne prend même plus la peine de préserver les apparences : "Il faut se préparer au face-à-face. Je m'y prépare. J'y suis prêt."

L'hypothèse d'une candidature Valls, considérée par des proches de François Hollande comme la recette d'une explosion du PS, fait son chemin dans les esprits, estime Philippe Duron.

"J'ai l'impression qu'une partie des socialistes se disent que le président est trop faible et que Valls peut rassembler. L'atmosphère est en train de changer", explique cet "aubryste".

COMME EN 1969 ?

Le président de l'Assemblée nationale, Claude Bartolone, a jeté samedi un pavé dans la mare en souhaitant que Manuel Valls et François Hollande s'affrontent tous les deux à la primaire organisée par le PS en janvier pour se départager.

Le leitmotiv est toujours le même : s'il y a trois ou quatre candidats se réclamant de la gauche, leur élimination au premier tour de la présidentielle est inéluctable.

Mais le cofondateur du Parti de gauche Jean-Luc Mélenchon et l'ex-ministre de l'Economie Emmanuel Macron, candidats hors parti, refusent d'entendre les appels répétés des dirigeants socialistes à participer à une primaire de toute la gauche.

Les tensions au sommet de l'Etat et au PS semblent au contraire plutôt de nature à amplifier la fuite des militants, sympathisants, cadres, élus et électeurs vers la "France insoumise" du premier et le mouvement "En Marche !" du second.

Autre coup dur pour le PS : le Parti radical de gauche, son allié traditionnel, a décidé samedi de présenter sa présidente, Sylvia Pinel, sans passer par cette consultation () et une partie de ses troupes rêve de rejoindre Emmanuel Macron.

"Jamais l'avenir de la gauche n'a été aussi incertain depuis 1969", estime Jean Chiche, du centre de recherche de l'Institut de sciences politique de Paris (Cevipof), dont une récente étude évalue à 6% la cote de popularité de François Hollande.

La référence n'est pas tant, en effet, l'année 1993, qui vit le PS perdre 80% de ses députés après 12 ans de présidence de François Mitterrand, que l'élection présidentielle de 1969.

Gaston Defferre, candidat de l'ancêtre du PS, la SFIO, recueille alors 5% des voix au premier tour. Quelque mois plus tard, la SFIO disparaît et cède la place au PS, agrégation de formations de gauche dont François Mitterrand s'empare en 1971 pour en faire le levier de son élection à l'Elysée en 1981.

Les élus socialistes et des analystes se raccrochent à l'idée que "les partis n'apparaissent pas et ne disparaissent pas comme ça" et que le PS a déjà surmonté nombre de crises.

Mais les divisions de la gauche en général et du PS en particulier étaient beaucoup moins exacerbées en 1993 qu'elles ne le sont 2016, juge un autre chercheur du Cevipof, Henri Rey.

La déroute aux législatives de 1993 n'avait pas non plus entamé l'ancrage territorial du PS, qui lui a permis de rebondir et de revenir au pouvoir en 1997.

Or, depuis le début du quinquennat de François Hollande, il a perdu toutes les élections - municipales, départementales, régionales, sénatoriales. Avec pour conséquence une hémorragie d'élus locaux, de cadres, d'argent et de militants.

"Le PS a perdu le tissu d'élus de proximité qui faisait sa force", souligne Jean Chiche. "C'est une perte d'influence, de relais et de moyens de faire campagne de façon active."

Pour Jérôme Sainte-Marie, président de l'institut Pollingvox, cette fragilisation de l'appareil du PS est de nature à pousser nombre de militants et d'élus du parti à "chercher leur salut ailleurs", tant le label socialiste a cessé de faire gagner des élections locales.

"Quand (le premier secrétaire du Parti socialiste, Jean-Christophe) Cambadélis dit 'vous n'aurez pas l'investiture du PS, tout le monde s'en fout'", confirme un jeune cadre du parti.

ÉPUISEMENT IDÉOLOGIQUE

La primaire du PS sera un test important. Pour Jean Chiche, si la participation est très inférieure à celle de 2011 (2,6 millions de votants), "on pourra dire que le PS n'a plus de base populaire et aller vers une décomposition plus rapide".

Cette crise structurelle se double d'une crise idéologique, avec l'épuisement du modèle social-démocrate et "une réthorique qui tourne à vide", estiment les chercheurs du Cevipof.

L'agonie annoncée du PS marque aussi l'échec posthume de François Mitterrand, qui avait favorisé la montée du Front national dans les années 1980 en pensant affaiblir la droite.

Trente ans plus tard, le FN a siphonné une grande partie de l'électorat populaire de la gauche et la droite semble avoir trouvé l'homme capable de la ramener au pouvoir en 2017.

La gauche pourrait alors se disperser entre au moins trois familles recomposées après l'élection : un pôle radical autour de Jean-Luc Mélenchon, un pôle social-démocrate autour de ce qui restera de l'appareil du PS, et un pôle social-libéral, qui pourrait éventuellement rejoindre Emmanuel Macron.

Jean-Luc Mélenchon a reçu samedi le renfort des militants du Parti communiste, qui ont voté, contre l'avis de leurs cadres, en faveur d'un soutien à sa candidature.

Pour Jean Chiche, Jérôme Sainte-Marie ou le politologue Thomas Guénolé, ce pôle radical reconstitué peut représenter à l'avenir jusqu'à 20 ou 25% de l'électorat s'il absorbe l'aile gauche du PS et une partie des écologistes.

"Si la gauche se recompose autour de Jean-Luc Mélenchon, cela signifie qu'elle s'installe durablement dans une opposition protestataire. Cela laissera pour longtemps un boulevard à la droite", estime pour sa part Philippe Duron.

Crédité d'intentions de vote supérieures à tout candidat PS, Emmanuel Macron regarde pour sa part bien au-delà de la gauche social-libérale et veut "rassembler les progressistes de gauche, de droite, du centre et de la société civile".

Aucun analyste ne se hasarde cependant à prédire s'il aura le destin à la Mitterrand, que ses partisans voudraient lui voir jouer, ou si sa démarche est une aventure sans lendemain.

La recomposition de la gauche se jouera en tout cas aussi aux législatives de juin qui permettront à chacun de se compter.

Selon des sources parlementaires socialistes, au moins 80 députés du PS ont déjà décidé de ne pas se représenter en 2017.

Dans le JDD, Manuel Valls avertit, lui, qu'il n'y aura pas de seconde chance pour le PS : "Ceux qui pensent qu'il y aurait un sursaut aux législatives, que comme par le passé nous pourrions revenir dans un cycle d'opposition, avec des victoires aux élections locales pour l'emporter en 2022, se trompent."

(Edité par Yves Clarisse)

reuters.com

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