Dure bataille en vue pour la présidence du Parlement européen
reuters.com
reuters.com
par Francesco Guarascio
BRUXELLES (Reuters) - Le Parlement européen élira mardi un nouveau président et le scrutin lourd d'enjeux pourrait mettre fin à l'accord tacite de partage des responsabilités auquel les grands partis se tiennent depuis une dizaine d'années.
Huit candidats, qui représentent les huit groupes parlementaires, sont en lice mais ceux du Parti populaire européen (PPE) et de l'Alliance progressiste des socialistes et démocrates (S&D), tous deux Italiens, sont au-dessus du lot.
Le conservateur Antonio Tajani, un proche de l'ancien président du Conseil Silvio Berlusconi âgé de 63 ans, fait figure de favori puisqu'il représente le groupe le plus important. Gianni Pittella, 58 ans, sera toutefois un concurrent sérieux dans la mesure où les grandes formations ne se sont pas entendues au préalable sur l'attribution de la présidence.
Depuis une dizaine d'années, elles occupent le poste à tour de rôle, mais le candidat du S&D a décidé de rompre avec cette pratique en briguant la succession de Martin Schulz, autre membre de l'alliance de gauche. Ce dernier a été désigné en 2014 moyennant l'attribution d'un autre poste important au PPE, fait par ailleurs valoir Gianni Pittella.
Or, en cas de victoire d'Antonio Tajani, l'alliance conservatrice occupera les trois plus hautes fonctions européennes, puisque Jean-Claude Juncker et Donald Tusk, présidents de la Commission et du Conseil européens, en sont tous deux issus.
L’actualité qui compte pour vous, chaque jour dans votre boîte mail.

Si la présidence du Parlement échappe à leur candidat, le S&D compte donc demander une nouvelle répartition des rôles. Le mandat de Donald Tusk s'achève en mai. Jean-Claude Juncker a quant à lui encore trois ans à accomplir à la tête de la Commission, mais le divorce entre l'UE et la Grande-Bretagne, la crise migratoire et les révélations sur les pratiques fiscales du Luxembourg, dont il a été Premier ministre pendant 19 ans, l'ont fragilisé.
Quelle que soit l'issue du vote de mardi, auquel 751 députés doivent prendre part, elle pourrait compliquer le processus législatif et retarder l'adoption de réformes importantes, comme celles des services financiers ou du marché intérieur, ce qui ferait le jeux des eurosceptiques.
Dans le même registre, Antonio Tajani pourrait avoir besoin des voix des fidèles de Marine Le Pen et de Nigel Farage pour l'emporter, ce qui donnerait à leurs groupes un poids politique sans précédent.
(Jean-Philippe Lefief pour le service français)
reuters.com