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Le revenu universel au coeur du bras de fer de la primaire

reuters.com

Publié le 17 janvier 2017 à 15:15 - Mis à jour le 17 janvier 2017 à 15:30

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par Jean-Baptiste Vey

PARIS (Reuters) - Le revenu universel proposé par Benoît Hamon dans le cadre de la primaire de gauche pour l'élection présidentielle est un marqueur utilisé par ses concurrents pour le discréditer.

Dans une tribune publiée lundi soir, Manuel Valls attaque à nouveau son ancien ministre sur ce point. "Je ne me résoudrai jamais à baisser les bras, à accepter que nous vivions avec ce chômage de masse en le compensant par des allocations", dit-il.

"Trop souvent, la gauche a compensé son manque d'audace et d'idées nouvelles par plus de dépenses, plus de taxes, plus d'allocations. Au moment où nos dépenses représentent 57% de notre richesse nationale, cette voie de la facilité n'est plus possible", poursuit-il. "La gauche s'est trop souvent perdue, avec des engagements qu'elle savait ne jamais pouvoir tenir."

L'idée de revenu universel, ancienne et reprise sous divers noms, consiste à verser à tous un revenu permettant de survivre, sans condition ni contrepartie, et sous-entend que le travail va se raréfier en raison, notamment, de la robotisation.

Elle compte parmi ses promoteurs aussi bien des néolibéraux, qui y voient un moyen de simplifier le marché du travail et de réduire le rôle de l'Etat, que des anticapitalistes d'inspiration marxiste, des keynésiens en quête d'un moyen de soutenir la demande ou des écologistes.

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Mais en France, supprimer les conditions de ressources ou d'âge attachées aux minima sociaux pour généraliser ce versement coûterait plusieurs centaines de milliards d'euros par an, ce que la plupart des économistes jugent inimaginable.

Cette idée choque aussi ceux qui, à droite comme à gauche, défendent la "valeur travail" et fustigent "l'assistanat".

Représentant de l'aile gauche du PS, Benoît Hamon propose au demeurant de procéder par étapes : dans un premier temps, il ne s'agirait que d'augmenter l'actuel revenu de solidarité active (RSA) de 10% et de l'étendre à tous les jeunes de 18 à 25 ans. Sa transformation en revenu universel d'un montant de 750 euros par mois interviendrait plus tard.

Manuel Valls prône une solution plus limitée, un "revenu décent" fusionnant la dizaine de minima sociaux existants.

Dans la droite ligne d'un rapport de l'ancien député PS Christophe Sirugue, aujourd'hui secrétaire d'Etat à l'Industrie, l'ancien Premier ministre propose d'accorder ce revenu décent à partir de 18 ans, toujours sous condition de ressources, ce qui coûterait selon lui huit milliards d'euros.

UN COÛT MASSIF

Le retour du revenu universel dans le débat présidentiel a amené plusieurs économistes à tenter de calmer les ardeurs des partisans de cette mesure.

"Pour ne pas dégrader la situation des actuels bénéficiaires de minima sociaux, le revenu universel devrait être au minimum de 785 euros par mois par adulte, de 1.100 euros pour les plus de 65 ans et les handicapés, et les moins de 18 ans devraient recevoir 315 euros", estime ainsi l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) dans une étude.

Ses auteurs, Guillaume Allègre et Henri Sterdyniak, évaluent son coût à 588 milliards d'euros, soit, déduction faite des économies réalisables sur les allocations existantes, des dépenses supplémentaires de l'ordre de 480 milliards, 22 points de PIB ou 35 points de Contribution sociale généralisée (CSG).

Ce qu'ils jugent "irréaliste en pratique".

"Pour lutter contre la pauvreté, il nous semble préférable d'une part d'alléger fortement les conditions d'obtention du RSA, d'autre part de mettre en oeuvre concrètement le droit à chacun à avoir un emploi", écrivent-ils.

Chez Natixis, l'économiste Patrick Artus évoque dans une note publiée mi-janvier un coût de 550 à 630 milliards d'euros.

Une fois retranchées les prestations sociales redondantes (chômage, famille, logement, une partie des dépenses de santé et de retraite), il estime que le niveau maximal de ce revenu universel compatible avec l'équilibre budgétaire est de 350 euros par mois, insuffisant pour atteindre l'objectif visé.

UNE IDÉE DE GAUCHE ET DE DROITE

Dans un rapport sur le revenu de base publié en octobre, le sénateur Daniel Percheron rappelle que l'idée est apparue chez le penseur anglais Thomas More au 16e siècle et fut approfondie à la fin du 18e siècle par le révolutionnaire Thomas Paine.

Elle a été relancée dans les années 1960 par des économistes américains, de Milton Friedman, inspirateur des politiques néo-libérales du président Ronald Reagan, à James Tobin, "inventeur" de la taxe du même nom sur les transactions financières.

Ses promoteurs de gauche y voient une arme contre la misère, quand ceux de droite louent la simplification selon eux engendrée, certains imaginant de remplacer ainsi les filets de sécurité sociaux et de supprimer le salaire minimum.

Le rapport Sirugue souligne que les différents scénarios ont pour point commun un versement généralisé sans condition de ressources, individualisé et sans contrepartie. Mais ils divergent sur le montant, le financement et l'articulation avec les allocations et prestations de sécurité sociale existantes.

L'idée d'un tel revenu universel est combattue à l'extrême gauche par le candidat de "La France insoumise", Jean-Luc Mélenchon, ou par le Parti communiste, ainsi, du côté syndical, que par la CGT, qui y voient une sorte de cheval de Troie contre le système de protection sociale.

La CFDT se montre pour sa part très réservée. "Il y a peut-être une voie à creuser (...) Mais ce sujet est plein de chausse-trappes", déclarait son secrétaire général, Laurent Berger, en septembre.

Quant à l'ancien ministre de l'Economie, Emmanuel Macron, outsider "ni droite ni gauche" en pleine ascension, il rejette cette idée à la fois au nom de la "valeur travail" en tant que facteur d'émancipation et pour des raisons financières.

Des formes de revenu universel sont certes expérimentées dans plusieurs pays mais à petite échelle.

En Alaska, où un tel système existe, le montant de l'allocation est d'environ 100 euros par mois, selon le rapport Sirugue, Natixis évoquant quelque 2.000 dollars pour 2015.

La Finlande expérimente quant à elle depuis le 1er janvier un revenu mensuel inconditionnel de 560 euros pour 2.000 personnes de 25 à 58 ans en recherche d'emploi, précise Natixis.

Plusieurs municipalités aux Pays-Bas ont elles aussi prévu de lancer des expérimentations.

(Avec Emmanuel Jarry, édité par Yves Clarisse)

reuters.com

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