L'argent au centre des futures discussions entre Londres et l'UE
reuters.com
reuters.com
par Alastair Macdonald et Jan Strupczewski
BRUXELLES (Reuters) - Depuis que Theresa May a esquissé la semaine dernière les contours et objectifs du Brexit, les Britanniques s'interrogent déjà sur les accords de libre-échange qu'ils pourront peut-être nouer avec les Etats-Unis et d'autres puissances, à commencer par l'Union européenne.
A Bruxelles et dans les autres capitales européennes, on juge que ce serait aller un peu vite en besogne. "Ils parlent de leurs futures relations. Mais d'abord, nous devons divorcer", observe un responsable européen chargé des négociations avec Londres. "Rien ne sera facile. Franchement, cela va être très, très compliqué."
En termes plus diplomatiques, le porte-parole de la Commission européenne Margaritis Schinas a déclaré la semaine dernière qu'il fallait "d'abord se mettre d'accord sur une séparation en bon ordre, ensuite, sur cette base, construire une nouvelle, bonne relation."
Et comme dans tous les divorces, la question de l'argent risque de se retrouver au centre du jeu. Et rien ne permet de dire qu'un accord pourra être trouvé.
"Les versements britanniques au budget européen et la question d'une ouverture rapide des discussions sur un ALE (accord de libre échange) seront liés", affirme un diplomate européen. "Il ne pourra y avoir de discussions sur une future relation sans un règlement préalable de la question de la séparation en bon ordre."
PARTIE SERRÉE POUR MAY
Pour les négociateurs européens, la partie s'annonce serrée pour les Britanniques. Theresa May n'aura que deux ans pour arracher un accord qu'elle espère capable de garantir au Royaume-Uni un accès maximal aux marchés européens tout en se soustrayant au marché unique européen et aux obligations qui en découlent.
L’actualité qui compte pour vous, chaque jour dans votre boîte mail.

En somme, si Theresa May veut comme elle le dit ébaucher un accord de libre-échange en seulement deux ans, Bruxelles pense pouvoir lui tenir la bride en la menaçant de rétablir des barrière tarifaires à partir de 2019 à moins que Londres règle ses factures.
Beaucoup pensent d'ailleurs que la menace brandie par Theresa May - mieux vaut l'absence d'accord qu'un mauvais accord - n'est qu'un bluff.
Mais certains diplomates redoutent que les Britanniques soient tenter de "filer à l'anglaise" en laissant à l'Union une ardoise de plusieurs milliards d'euros.
Theresa May assure que le Royaume-Uni souhaite s'engager dans une relation amicale et constructive avec l'Union européenne. Or, le non-respect de leurs obligation pourrait avoir de lourdes conséquences sur la crédibilité des Britanniques lorsqu'ils se mettront en quête de nouveaux partenaires.
Les autres Etats de l'Union européenne exigent que le Royaume-Uni honore les engagements financiers pris alors qu'il était encore membre à part entière du bloc communautaire, mais également qu'il contribue au versement des pensions de retraite du personnel britannique de l'UE.
60 MILLIARDS EN JEU
L'estimation du montant de la facture globale risque toutefois de varier. Certains responsables européens l'évaluent à 60 milliards d'euros, un montant supérieur à ce que dépense Londres chaque année pour le budget de sa défense.
"Cela pourra vraiment mal tourner quand la question de l'argent sera abordée", estime une source européenne en contact avec des négociateurs des deux bords.
Des responsables européens ont déjà préparé un argumentaire pour empêcher la Grande-Bretagne de récupérer certains actifs, immobiliers par exemple, pour compenser l'impact financier de son départ.
Ils feront notamment valoir que la Communauté économique européenne ne lui a pas demandé de verser de contribution économique exceptionnelle lors de son entrée et qu'elle a donc bénéficié d'actifs financés par les Etats déjà membres.
Combler le gouffre qui sera laissé par le départ du deuxième contributeur le plus important au budget européen donne par ailleurs quelques migraines aux 27 Etats qui s'apprêtent à élaborer leur cadre financier pluriannuel pour sept ans.
Berlin craint de devoir augmenter encore sa contribution tandis que les Etats d'Europe de l'Est, principaux bénéficiaires, redoutent d'y perdre, ce qui amène certains Britanniques à penser qu'ils pourraient à leur tour utiliser la carte de l'argent pour monter les 27 les uns contre les autres.
Mais le dernier mot reviendrait alors à Bruxelles qui pourrait alors suspendre les négociations sur un ALE avec la Grande-Bretagne, laquelle se retrouverait à nouveau sous la menace d'un rétablissement de barrières tarifaires.
(Nicolas Delame pour le service français)
reuters.com