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Les soupçons figent la campagne de Fillon

reuters.com

Publié le 26 janvier 2017 à 14:29 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 02:54

Coup d'arret pour la campagne de fillon

Coup d'arret pour la campagne de fillon

© Stephane Mahe / Reuters

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par Sophie Louet et Emile Picy

PARIS (Reuters) - La campagne de François Fillon subit un violent coup d'arrêt avec l'affaire des emplois présumés fictifs de son épouse dont l'écho ravageur risque d'annihiler la croisade pour "l'intégrité" et la "vérité" du candidat de droite.

"On est mal, ça n'arrange pas vraiment nos affaires", lâche un parlementaire Les Républicains.

Un commentaire loin d'être isolé qui résume la stupéfaction et l'embarras qui ont saisi nombre de soutiens, fillonistes ou ralliés, à la lecture des révélations du Canard enchaîné sur le demi-million d'euros qu'aurait touché Penelope Fillon pendant plusieurs d'années pour notamment des activités d'attachée parlementaire dont la réalité est mise en doute.

"Il faut que François Fillon réagisse très vite, très fort pour faire la preuve qu'il n'a rien à se reprocher", souligne un autre élu LR. "Ensuite, il va falloir s'occuper de (Emmanuel) Macron, concentrer nos coups sur lui", dit-il.

D'autres ne cachent pas une forme de regret, de déception même : "Quand on est candidat à l'élection présidentielle, il faut tout dire, tout le temps, et ne pas attendre qu'on vous le demande pour le faire", commente le sénateur LR Gérard Longuet.

Après une défense confuse, marquée par des contradictions, François Fillon et son état-major ont ajusté leur riposte jeudi en annonçant que des éléments seraient apportés à la justice, qui a ouvert une enquête pour détournement de fonds publics sur le volet parlementaire. Son avocat s'est rendu dès jeudi au Parquet national financier (PNF) à cet effet.

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L'autre volet, qui porte sur un soupçon d'abus de biens sociaux pour une rémunération à La Revue des deux mondes, est lui aussi lourd de menaces.

Le favori des sondages pour la présidentielle, qui dénonce une "manoeuvre" politique, s'exprimera jeudi soir sur TF1.

"CATASTROPHE"

"L'aspect strictement judiciaire est probablement négligeable. Un député est libre de salarier son conjoint comme assistant parlementaire. Et produire des éléments pour affirmer - sincèrement ou mensongèrement - qu'un travail a été effectué, c'est techniquement facile", relève le politologue Thomas Guénolé.

"En revanche, du point de vue de l'image de marque de François Fillon, cette affaire est une catastrophe", estime-t-il. "Il y a en effet une triple rupture : rupture avec le message anti-assistanat, rupture avec la défense de la valeur travail et rupture avec la réputation d'intégrité, tout cela est lourdement discrédité."

La menace et le soupçon pèsent d'autant plus que plusieurs soutiens du candidat et attachés parlementaires du groupe LR concèdent en privé ne pas avoir eu connaissance des activités parlementaires de Penelope Fillon, sans profession connue.

"Non, je ne le savais pas", a dit jeudi sur RTL la présidente de la Région Ile-de-France, Valérie Pécresse, avant de défendre en François Fillon "un homme intègre et droit". Mercredi, l'une des porte-parole de François Fillon, la députée Valérie Boyer, avait expliqué sur France 5 avoir employé son fils, "mais pour des activités réalisées".

La malencontreuse formule s'ajoute aux "couacs" de l'équipe de campagne, la porte-parole Florence Portelli affirmant par exemple que l'épouse de François Fillon travaillait "dans la Sarthe", fief du candidat, quand Bernard Accoyer, secrétaire général de LR, soutient avoir vu Penelope Fillon travailler à Paris "dans de multiples circonstances, y compris à l'Assemblée nationale".

UNE "BOULE PUANTE" INTERNE?

Quelle que soit l'issue de l'enquête judiciaire, c'est le fondement même de la profession de foi du candidat ("En trente ans, mon nom n'a jamais été associé à une affaire ou un comportement contraire à l'éthique", disait-il en 2014 au JDD) qui est entaché de soupçon et son autorité remise en cause au sein d'une famille politique officiellement ressoudée après la primaire mais traversée d'interrogations et parfois de rancoeur.

Des élus LR proches de l'ancien Premier ministre évoquent même une "boule puante" lancée de l'intérieur.

Les "sarkozystes", qui n'ont pas pardonné à François Fillon sa leçon d'éthique à l'ancien chef de l'Etat durant la campagne de la primaire ("Qui imagine un seul instant le général de Gaulle mis en examen?"), observent.

"Je suis sûr que François Fillon saura apporter tous les éléments en toute transparence", a dit Brice Hortefeux qui a réuni mercredi une cinquantaine de soutiens de Nicolas Sarkozy pour faire le point sur une campagne qu'ils jugent depuis le départ suicidaire, car trop radicale et exempte de gestes pour les classes moyennes.

Comment désormais faire entendre aux Français la nécessité de réduire de 110 milliards d'euros en cinq ans les dépenses publiques de la France par des mesures d'austérité comme la suppression de 500.000 postes de fonctionnaires ?

François Fillon, qui ne déteste rien tant que d'être poussé dans ses retranchements, sera tenu de répondre à cette question et à toutes celles qui se posent sur son engagement dimanche, lors du grand meeting parisien, à La Villette, qui devait donner une impulsion décisive à sa campagne.

(Edité par Yves Clarisse)

reuters.com

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