Privés de salaire, certains Yéménites au bord de la misère
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Des yemenites prives de salaire au bord de la misere
KHALED ABDULLAH
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Des yemenites prives de salaire au bord de la misere
KHALED ABDULLAH
par Noah Browning
DUBAI (Reuters) - Souffrant déjà de la guerre civile qui ravage leur pays, plusieurs milliers de fonctionnaires yéménites, privés de salaire depuis des mois, sont au bord de la misère.
La cause immédiate de leur malheur tient à une décision prise en août par le gouvernement reconnu par la communauté internationale de transférer la banque centrale de Sanaa, la capitale contrôlée par les rebelles chiites houthis, à Aden, la grande ville portuaire du sud du pays où il s'est réfugié.
Or, selon certains observateurs, la "nouvelle banque" centrale n'a pas les moyens de remplir sa mission à Aden, ne serait-ce qu'en terme de personnel.
Cette décision politique est le symbole de la guerre de légitimité que se livrent les deux parties en guerre.
Au quotidien, elle accroît les difficultés économiques de la population. Environ 80% des 28 millions de Yéménites ont déjà besoin de l'aide humanitaire sous une forme ou une autre, selon les estimations de l'Onu.
"J'ai vendu tout ce que j'avais pour couvrir le loyer et le prix de l'école des enfants et leur nourriture. Il ne me reste rien à vendre", se lamente Achraf Abdallah, un fonctionnaire de 38 ans basé à Sanaa. "Personne ne se soucie du sort des gens qui meurent de faim chaque jour", ajoute ce père de deux enfants.
Les combats ont fait 10.000 morts au Yémen. Ils se sont intensifiés après l'intervention, fin mars 2015, d'une coalition de pays arabes dirigée par l'Arabie saoudite pour soutenir le président Abd Rabbou Mansour Hadi après son éviction de Sanaa quelques semaines auparavant.
Le gouvernement désormais replié à Aden explique qu'il a dû transférer la banque parce que les Houthis en avaient pillé les fonds pour payer leurs militaires. Ce que les Houthis démentent.
Le gouvernement a promis de verser les salaires des fonctionnaires même dans les zones contrôlées par les Houthis.
Le Premier ministre, Ahmed ben Dagher, dit avoir effectué un paiement mercredi mais de source bancaire, on indique que cela ne couvre que le mois de décembre. La plupart des fonctionnaires ont quatre mois de salaire en retard.
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EN TRAIN DE MOURIR
Sur la seule Sanaa, plusieurs milliers d'employés du secteur public sont touchés, dit-on au ministère de la Fonction publique. On ne peut pas donner de chiffres précis parce qu'une grande part des fonctionnaires se trouvant dans les territoires tenus par le gouvernement ont été payés.
Avant que les Houthis n'entrent dans Sanaa en septembre 2014, le pays comptait officiellement 250.000 fonctionnaires.
On ne connaît pas non plus le nombre de fonctionnaires nommés par les Houthis après leur accession au pouvoir. Ils seraient plusieurs dizaines de milliers.
Accusé de vouloir saper le soutien de la population aux Houthis en appauvrissant les fonctionnaires qui vivent dans les secteurs tenus par la milice chiite, le gouvernement dément.
En retour, il accuse les Houthis de bloquer le versement des salaires et souligne que c'est à eux de débourser les fonds.
Selon un responsable gouvernemental cité par l'agence de presse Saba, les Houthis refusent de communiquer la liste des rémunérations dans les organismes gouvernementaux dans la capitale et les provinces qu'ils contrôlent.
Les Houthis tiennent les principales villes du nord et de l'ouest du Yémen, mais ils perdent peu à peu du terrain face aux troupes gouvernementales appuyées par les frappes aériennes de la coalition arabe.
Les militaires actifs et à la retraite ont manifesté dans les rues d'Aden ces derniers jours, ce qui suggère que le non versement de leur solde n'est peut-être pas qu'une manoeuvre politique.
Quoi qu'il en soit, la situation est désespérée pour de nombreux Yéménites.
"C'est notre cinquième mois sans salaire. On vit en empruntant aux commerçants, mais ils ne veulent plus rien nous donner et demandent leur dû", explique Abdallah Ahmed, un militaire de 50 ans qui travaille au ministère de l'Intérieur.
"Le propriétaire réclame le loyer de l'appartement. On est en train de mourir (...). Partout, on nous ferme la porte au nez."
(Danielle Rouquié pour le service français, édité par Gilles Trequesser)
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