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Fillon inflexible, premières fissures à droite

reuters.com

Publié le 01 mars 2017 à 07:52 - Mis à jour le 01 mars 2017 à 18:10

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par Sophie Louet, Emile Picy et Emmanuel Jarry

PARIS (Reuters) - François Fillon, qui a annoncé mercredi sa convocation par les juges le 15 mars en vue de sa mise en examen, a déclaré qu'il irait jusqu'au bout de sa candidature à la présidence de la République, provoquant un début de scission dans son camp.

Le candidat de la droite et du centre, gravement fragilisé par l'enquête sur les emplois présumés fictifs de son épouse révélés le 25 janvier par Le Canard enchaîné, a dénoncé un "assassinat" politique et une instrumentalisation de la justice.

François Hollande lui a répliqué dans un communiqué, soulignant qu'une candidature à la magistrature suprême n'autorisait pas "à jeter la suspicion sur le travail des policiers et des juges", une critique reprise par plusieurs autres candidats. (Pour les réactions)

L'ancien Premier ministre, qui répondra aux juges, a fait valoir que sa convocation intervenait deux jours avant la date-limite de dépôt des parrainages d'élus.

"Par le choix de ce calendrier, ce n'est pas moi seulement qu'on assassine. C'est l'élection présidentielle. C'est le vote des électeurs de la droite et du centre qui est fauché", a-t-il lancé lors d'une déclaration solennelle à son QG de campagne.

"C'est au peuple français que je m'en remets, parce que seul le suffrage, et non une procédure menée à charge, peut décider qui sera le prochain président de la République française", a poursuivi François Fillon, persistant à se poser en victime.

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Et de marteler : "Je ne céderai pas. Je ne me rendrai pas. Je ne me retirerai pas."

Après avoir annoncé le 26 janvier sur TF1 qu'il renoncerait s'il était mis en examen, François Fillon avait dit le 16 février au Figaro qu'il s'en remettait "désormais au seul jugement du suffrage universel".

DÉFECTIONS

Invoquant le "respect de la parole donnée", Bruno Le Maire a annoncé démissionner de ses fonctions de conseiller pour les affaires internationales et européennes auprès du candidat. Une défection saluée par plusieurs de ses soutiens : Arnaud Robinet, Franck Riester, Yves Jégo, Laure de La Raudière.

Dans des rangs déjà ébranlés par la tournure des événements, les velléités frondeuses ont resurgi, et non des moindres.

L'UDI, parti centriste allié à François Fillon, a décidé de "suspendre" sa participation à la campagne dans l'attente d'une décision définitive la semaine prochaine. La tentation d'un ralliement à Emmanuel Macron grandirait en son sein.

La "sarkozyste" Catherine Vautrin, vice-présidente LR de l'Assemblée, juge dans le journal L'Union qu'"il est grand temps que nous puissions avoir un autre candidat", tandis qu'un autre "sarkozyste", le député LR Pierre Lellouche, a demandé le retrait de François Fillon et la saisine du Conseil constitutionnel en vue du report de la présidentielle.

Selon plusieurs sources à LR, Nicolas Sarkozy a appelé ses troupes à soutenir son ancien Premier ministre. Doutes et interrogations saisissent aussi les juppéistes.

Alain Juppé, qui se trouvait mercredi à Paris pour une réunion des présidents de métropole, s'est refusé à tout commentaire dans l'immédiat. Le nom du maire de Bordeaux avait été de nouveau évoqué mercredi matin comme possible recours.

Les spéculations à droite étaient à leur comble depuis l'annonce surprise, peu après 08h00, du report sine die de la venue de François Fillon au Salon de l'Agriculture.

La nouvelle avait pris de court les membres mêmes de son entourage sur place, ainsi que les élus formant la délégation. Aucune explication n'était avancée alors que François Fillon avait appris dans la nuit, de son avocat, sa probable mise en examen le 15 mars, selon une source proche du premier cercle.

Le candidat a alors décidé de convoquer les "ténors" des Républicains à son QG afin de décider de la marche à suivre. Il s'est également entretenu au téléphone avec Nicolas Sarkozy et Alain Juppé, selon une source proche du parti.

"TENIR BON"

Des scénarios contradictoires circulent sur la teneur de ces consultations. Selon un parlementaire LR, François Fillon, poussé notamment par Gérard Larcher, proche de longue date, et Bruno Le Maire, se serait résolu un temps à se retirer au profit d'Alain Juppé, finaliste malheureux de la primaire à droite.

L'entourage du maire de Bordeaux avait affirmé à Reuters qu'il serait aux côtés de François Fillon pour sa déclaration. Gilles Boyer, ex-directeur de campagne d'Alain Juppé, avait ensuite démenti cette information sur Twitter.

Le maire de Bordeaux, resté en retrait dans la tourmente, avait réaffirmé le 21 février qu'il ne se prêterait pas à "un plan B (...) contre la volonté de l'intéressé". Mais à des parlementaires "juppéistes", qui ont récemment déjeuné avec lui, il avait confié vouloir y aller "si Fillon le lui demandait."

"Fillon a dit à Juppé 'Est-ce que tu serais prêt à me succéder?' Juppé lui a répondu qu'il ne le ferait que s'il le lui demandait expressément'", selon ce proche du premier cercle.

C'était sans compter avec Nicolas Sarkozy et ses soutiens; mais aussi les "quadras" du parti.

"UN TRUC DE DINGUES"

Selon des élus LR, l'ancien président se serait catégoriquement opposé à "l'option Juppé", plaidant pour la candidature du sénateur-maire de Troyes François Baroin. Une perspective intenable pour les autres "quadras" du parti, Valérie Pécresse, Xavier Bertrand ou Nathalie Kosciusko-Morizet.

D'autres sources expliquent que Nicolas Sarkozy a exhorté son ancien Premier ministre à s'accrocher. "Il lui a dit de tenir bon. Larcher lui dit qu'il faut lâcher, (Jean-Christophe) Lagarde lui dit que s'il est mis en examen, les centristes ne le soutiendront pas", rapporte la source au fait des discussions.

Patrick Stefanini, son directeur de campagne condamné en 2004 avec Alain Juppé dans l'affaire des emplois fictifs de la mairie de Paris, a prévenu pour sa part : 'Si vous êtes mis en examen, moi je ne sais pas faire'", ajoute cette même source.

Selon plusieurs élus, François Fillon aurait beaucoup hésité, remaniant son intervention à la dernière minute. "Il a été à deux doigts de lâcher, vers 10h30, mais à 11h00-11h30, il s'est repris", témoigne l'un d'eux.

Le candidat, souriant, s'est finalement rendu dans l'après-midi au Salon de l'Agriculture durant deux heures, une visite dans une cohue monstre qui s'est déroulée sans incident. Un "grand rassemblement" de soutien est envisagé dimanche à Paris par son équipe.

"On est dans un truc de dingues", juge un parlementaire LR.

(Avec Claude Canellas à Bordeaux, édité par Yves Clarisse)

reuters.com

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