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Fillon prisonnier d'une équation électorale étriquée

reuters.com

Publié le 07 mars 2017 à 19:16 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 02:44

Fillon prisonnier d'une equation electorale etriquee

Fillon prisonnier d'une equation electorale etriquee

CHARLES PLATIAU

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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par Sophie Louet, Emile Picy et Emmanuel Jarry

PARIS (Reuters) - François Fillon, qui a imposé sa candidature à un camp fracturé, est désormais confronté au défi de reconstruire l'unité de la droite et du centre tout en resserrant sa campagne sur le noyau dur de l'électorat de droite dans l'espoir d'accéder au second tour de l'élection présidentielle.

Entre des "sarkozystes" divisés, des "juppéistes" désabusés et des centristes défiants, le candidat a entamé dès lundi, avant son adoubement contraint par Les Républicains [nL5N1GJ26N], des consultations en vue de constituer une nouvelle équipe rassemblant les "sensibilités" de la droite.

L'entreprise est d'abord rhétorique car les soutiens d'Alain Juppé et Bruno Le Maire qui ont fait défection, sans compter les "sarkozystes" comme Sébastien Huyghe, Nadine Morano ou Georges Fenech qui continuent de contester la légitimité du candidat repêché, sont majoritairement peu enclins à s'investir dans une campagne bringuebalante suspendue à une possible mise en examen.

"S'il y une mise en examen le 15 mars, une nouvelle lame de fond va nous arriver. Mais bon, nous n'avons plus le choix", a dit Georges Fenech à des journalistes.

Quant aux centristes de l'UDI, déchirés sur le cas Fillon au point que des cadres s'inquiètent d'un schisme, ils devaient se prononcer mardi soir. Dans la balance, la quarantaine de circonscriptions gagnables accordées par LR au parti centriste, qui compte par ailleurs 28 sortants en ses rangs.

"Les centristes doivent revenir, c'est de cette manière que l'on gagnera", a dit mardi Christian Jacob, président du groupe LR à l'Assemblée nationale.

"Y a-t-il une majorité possible et laquelle? Peut-on encore dire aujourd'hui que c'est la droite et le centre ? A bien des égards, ça me semble difficile", tranche le fondateur de l'UDI, Jean-Louis Borloo, dans un entretien au Monde.

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LES "JUPPÉISTES" S'INTERROGENT

"Il n'est pas impossible qu'une partie des électeurs et des cadres de LR qui ont fait défection reviennent vers Fillon et lui redonnent un peu d'oxygène, mais il est illusoire de penser que toute la famille sera rassemblée derrière lui", estime Jérôme Fourquet (Ifop).

Preuve des stigmates laissés par plus d'un mois de crise liée à l'enquête sur les emplois présumés fictifs dont la famille de François Fillon aurait bénéficié, la rencontre annoncée entre le candidat, Nicolas Sarkozy et Alain Juppé n'aura pas lieu, a-t-on dit dans l'entourage de l'ancien président, confirmant une information du Figaro.

Le coordinateur de la campagne du candidat, Bruno Retailleau, en attendait "une image de rassemblement". Selon une source proche de la direction de LR, Alain Juppé ne souhaitait pas rencontrer François Fillon.

Des élus "juppéistes" faisaient écho mardi au sentiment de "gâchis" souligné la veille par le maire de Bordeaux, qui a refusé de se prêter à un scénario alternatif. "La vérité, c'est que l'on assiste impuissants au naufrage", lâche l'un d'eux.

Dans une attaque d'une rare virulence, le finaliste malheureux de la primaire a visé, au-delà de leur candidat, des militants "radicalisés", ravivant la fracture identifiée en son temps par Jean-Pierre Raffarin entre "un courant autoritaire, républicain, de la droite populaire" et "un courant plus humaniste, plus central, plus tourné vers le dialogue".

"Ce week-end, au (rassemblement du) Trocadéro, des gens ont dit qu'ils préféraient voter Marine Le Pen qu'Alain Juppé s'il avait été candidat, ça ne me plaît pas beaucoup", a commenté mardi le "juppéiste" Pierre-Yves Bournazel devant la presse.

Les proches d'Alain Juppé se sont réunis mardi matin au Sénat sous l'égide de Jean-Pierre Raffarin, resté très en retrait du psychodrame des derniers jours, pour réaffirmer leur "loyauté" à leur famille politique, a rapporté l'un des participants, Philippe Gosselin.

Ils se sont engagés à défendre le programme présenté samedi dernier par François Fillon à Aubervilliers (Seine-Saint-Denis), un projet amendé qui a pris notamment en compte les doléances sociales des "juppéistes" mais aussi des "lemairistes". Ils demandent en outre à François Fillon d'oeuvrer au rassemblement et à l'apaisement dans les rangs des Républicains.

"Il faudra trouver les mots, les gestes, les attitudes, les signes, pour rassembler la famille", a aussi prévenu Brice Hortefeux, lieutenant de Nicolas Sarkozy, à l'issue d'une rencontre de parlementaires "sarkozystes".

UN "COMMANDO" SOUS INFLUENCE

L'entourage du candidat ne dit mot de l'organigramme du "commando" appelé à remonter la pente à six semaines du premier tour de la présidentielle, pour lequel François Fillon n'est désormais plus qualifié dans une série de sondages.

"La situation est très compliquée pour la droite, affaiblie comme jamais : en 2012, la droite fait 27% au premier tour, là on est 10 points en dessous. La vraie campagne va peut-être commencer, le compteurs sont remis à zéro, même si François Fillon est considérablement lesté", relève Jérôme Fourquet.

Pour Gaël Sliman (Odoxa), "l'image de François Fillon a été tellement affectée qu'il ne peut plus reconquérir positivement des électeurs. Tout ce qu'il peut espérer maintenant, c'est une faute de l'adversaire pour passer ric-rac au second tour."

"Un ticket avec François Baroin peut lui permettre de s'afficher avec une personnalité plus appréciée de l'opinion publique, mais ça n'efface pas le ticket Macron-Bayrou."

Premier ministre putatif de Nicolas Sarkozy lors de la campagne pour la primaire, le sénateur de l'Aube, qui renvoie à l'électorat de droite une image chiraquienne plus modérée, devrait occuper une place éminente dans le futur dispositif de campagne, selon des sources au fait des consultations.

Sur France 2 dimanche soir, François Fillon avait laissé entendre que le futur organigramme pourrait préfigurer son gouvernement. Les "sarkozystes" Luc Chatel et Eric Ciotti, restés fidèles dans la tourmente, seraient aussi en bonne place.

Les "juppéistes" s'interrogent sur leur place dans cette escouade sous forte influence sarkozyste.

"Tout cela n'est pas une affaire de tractations. Nicolas Sarkozy a à coeur que la droite gagne sur son projet. Il considère que la situation reste complexe mais que les choses se sont un peu apaisées. Si demain ça repart, il en sera bien triste", dit-on dans l'entourage de l'ancien chef de l'Etat.

(Avec Claude Canellas à Bordeaux, édité par Yves Clarisse)

reuters.com

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