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L'attaque de Paris, un effet marginal dans les urnes, estiment des analystes

reuters.com

Publié le 21 avril 2017 à 13:21 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 02:33

L'attaque de paris, un effet marginal dans les urnes, selon des analystes

L'attaque de paris, un effet marginal dans les urnes, selon des analystes

BENOIT TESSIER

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par Sophie Louet

PARIS (Reuters) - L'attaque terroriste survenue jeudi à Paris ne devrait pas influer significativement sur le premier tour de l'élection présidentielle, estiment des analystes, qui relativisent l'hypothèse d'un vote réactionnel mais concèdent une potentielle prime à la marge pour Marine Le Pen et François Fillon.

L'impact d'événements "sécuritaires" sur une campagne électorale en France n'a pu jamais être précisément mesuré, mais des concomitances ont pu être relevées, comme l'essor du Front national aux régionales de 2015 à la suite des attentats de Paris ou la qualification surprise de Jean-Marie Le Pen au second tour en 2002 - 194.060 voix de différence avec le perdant socialiste Lionel Jospin -, deux jours après l'agression présumée d'un retraité de 72 ans, Paul Voise.

"L'affaire Merah en 2012 (l'auteur des tueries de Toulouse et Montauban qui avait fait sept morts-NDLR) n'avait pas eu un impact considérable sur la campagne et n'avait pas renforcé Nicolas Sarkozy contrairement à ce que certains avançaient à l'époque", note Jean-Daniel Lévy (Harris Interactive).

Donald Trump a considéré vendredi que l'attentat revendiqué par l'Etat islamique aurait dimanche un "effet important" sur le premier tour, déjà marqué par une imprévisibilité et une confusion sans précédent.

Les sondeurs français refusent en bloc de s'appuyer sur le registre émotionnel ou épidermique, marque de fabrique du président américain.

OPINION FRANÇAISE STABLE

Même si l'indécision culmine à 30%, un record, "l'opinion française est beaucoup plus stable que ce qui est dit d'elle", explique Céline Bracq, directrice générale d'Odoxa.

"Les indécis pèsent leur choix ou sont dans la stratégie. La part d'émotion dans le vote est très modeste. Le choix des électeurs est très raisonné et les grands équilibres ne seront pas bouleversés à la suite de cet attentat", explique-t-elle.

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Elle relève ainsi que l'arrestation, mardi à Marseille, de deux terroristes présumés qui visaient notamment François Fillon, "n'a pas eu l'impact qu'on attend normalement de ce genre d'événements, qui favorisent structurellement la droite". "On a vu au contraire François Fillon stagner et Marine Le Pen décrocher un peu", précise-t-elle.

Les analystes mettent en avant la résilience de l'opinion, qui s'est habituée aux attentats comme "les Londoniens sous les bombardements allemands", selon Thomas Guénolé.

"L'impact ne peut être que limité compte tenu de l'intériorisation par les Français de la menace terroriste", estime Frédéric Dabi, directeur général adjoint de l'Ifop. "Les Français vivent peu ou prou avec l'idée que la campagne s'inscrit dans un contexte d'attentats potentiels", acquiesce Jean-Daniel Lévy.

"NOUS N'EN SOMMES QU'AU DÉBUT"

Le niveau d'alerte sera de fait maximal dimanche, sous le régime de l'état d'urgence, avec des mesures de sécurité spécifiques pour les 67.000 bureaux de vote et la mobilisation de 50.000 policiers et gendarmes et le renfort de militaires de l'opération Sentinelle.

"Il ne faisait guère de doute que les islamistes allaient profiter de la séquence électorale qui s'ouvre. (...) En clair, nous n'en sommes qu'au début, et la tiédeur de certains candidats quant aux solutions préconisées montre que la prise de conscience indispensable n'est pas encore générale", déclare dans Le Figaro l'avocat Thibault de Montbrial, président du Centre de réflexion sur la sécurité intérieure.

Car aussi marginale que puisse être l'influence de la fusillade des Champs-Elysées, son retentissement médiatique a contribué à remettre au premier plan les propositions des onze candidats à la présidentielle en matière de sécurité et de lutte contre le terrorisme, comme le déroulement bousculé de leur dernier grand oral télévisé l'a montré jeudi soir.

INSTRUMENTALISATION ?

A ce crible, les candidats de droite recueillent un léger avantage, concèdent les sondeurs. Et n'ont pas attendu pour capitaliser sur l'événement, poussant le Premier ministre Bernard Cazeneuve à sortir de sa réserve pour dénoncer une instrumentalisation "politicienne".

"La concordance entre le discours de Marine Le Pen et les attentats, quand elle parle par exemple de la dangerosité des fichés S, peut la favoriser sur le mode, 'elle dresse un constat juste sur l'état de la société'", juge Frédéric Dabi.

"François Fillon a une vraie antériorité sur le discours de fermeté envers l'islamisme et le djihadisme", ajoute Thomas Guénolé.

Selon Jean-Daniel Lévy, "il y a pour les Français deux types de candidats ayant une posture sur le sujet : les candidats de droite, aujourd'hui François Fillon et Marine Le Pen, et puis traditionnellement le candidat qui est au pouvoir".

"Reste à savoir si Emmanuel Macron va être identifié comme tel", ajoute-t-il.

Thomas Guénolé est moins diplomate : "Cette attaque nous rappelle que nous sommes en temps de tempête, et en temps de tempête, Emmanuel Macron semble assez vert et approximatif. Pour les trois autres candidats du quatuor de tête (Fillon, Le Pen, Mélenchon-NDLR), il n'y a pas de raison qu'ils soient impactés à la baisse."

Céline Bracq reconnaît que "la question d'un éventuel décrochage" du candidat d'En Marche!, 39 ans, favori des sondages auquel ses détracteurs reprochent son inexpérience, se pose désormais.

Bruno Retailleau, coordinateur de la campagne de François Fillon, a accusé vendredi Bernard Cazeneuve de "voler au secours du candidat Macron" par sa riposte inattendue aux discours de Marine Le Pen et du candidat des Républicains qui ont exposé vendredi matin d'un ton martial leurs mesures sécuritaires.

"La situation peut redonner de l'oxygène à Fillon, qui est menacé par Jean-Luc Mélenchon, et avoir aussi un effet favorable pour Marine Le Pen, qui était en difficulté avec un vrai risque d'être éliminée au premier tour", décrypte Céline Bracq.

(Avec Elizabeth Pineau et Emmanuel Jarry, édité par Yves Clarisse)

reuters.com

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