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François Fillon, naufrageur de la droite

reuters.com

Publié le 23 avril 2017 à 21:43 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 02:32

Francois fillon, naufrageur de la droite

Francois fillon, naufrageur de la droite

CHRISTIAN HARTMANN

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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par Sophie Louet

PARIS (Reuters) - C'est l'histoire d'un naufrage sans précédent pour la droite sous la Ve République. L'amorce d'un aggiornamento douloureux pour un parti, Les Républicains, déchiré par ses ambiguïtés idéologiques et ses querelles d'egos face au Front national.

Favori pour l'Elysée jusqu'à un fatidique 25 janvier qui vit la révélation, par Le Canard enchaîné, des emplois présumés fictifs de son épouse et de deux de ses enfants, François Fillon incarnera dans les annales historiques, qu'il aime à invoquer, l'élimination de la droite républicaine au premier tour d'une élection présidentielle depuis la réélection au suffrage universel direct du général de Gaulle en 1965.

"Cette défaite est la mienne et c'est à moi et moi seul qu'il revient de la porter", a souligné dimanche soir le candidat lors d'une déclaration solennelle à son QG de campagne.

Un mea culpa tout relatif puisque l'ancien Premier ministre de Nicolas Sarkozy, vainqueur surprise de la primaire de la droite en novembre 2016, a invoqué au soir de la défaite les "obstacles" mis sur sa route - "trop nombreux, trop cruels".

"Le moment venu, la vérité de cette élection sera écrite".

Tout au long de sa campagne, quasiment empêchée par l'enquête judiciaire dont lui-même et sa famille sont toujours l'objet pour détournements de fonds publics, notamment, François Fillon aura dénoncé "un complot", "une conjuration des impuissants", un "coup d'Etat institutionnel" du pouvoir socialiste sortant pour empêcher l'alternance, l'oeuvre d'un "cabinet noir" pour l'"assassiner" politiquement.

"Ça n'a pas été une campagne, ça a été un procès", a estimé Bruno Retailleau, le coordinateur de sa campagne.

Au fil de meetings perturbés par des opposants au rythme de concerts de casseroles, de slogans hostiles ("Rends l'argent!", "Fillon en prison!"), le député de Paris s'était dit malgré tout convaincu de pouvoir "stupéfier le système", de faire mentir les sondages, qui le donnaient éliminé dès le premier tour, et les médias dont il avait fait une cible.

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LES PREMIERS CLOUS

Le candidat déchu aura non seulement maille à partir avec la justice - il a été mis en examen le 14 mars - mais aussi avec sa famille politique.

Dès dimanche soir, les premiers clous de la "crucifixion" redoutée par un haut responsable LR il y a peu l'égratignaient.

"Ce n'est pas la droite et le centre qui ont perdu, c'est François Fillon", a déclaré sur Europe 1 Eric Woerth, qui avait soutenu Nicolas Sarkozy durant la primaire et contribué bon an mal an à la nouvelle mouture du programme de la droite.

Ceux qui avaient poussé pour son retrait au plus fort de la crise, en mars, et plébiscité Alain Juppé, finaliste malheureux de la primaire, pour le remplacer, étaient sans indulgence.

"Après le choc et la déception, les Français, comme je m'y attendais, ont tranché. Comme François Fillon lui-même l'avait dit, on ne peut pas être poursuivi par la justice et être candidat à la magistrature suprême", a déclaré le député Pierre Lellouche dans un communiqué.

Le député LR George Fenech, qui avait tenté sans succès de prendre la tête d'une fronde anti-Fillon, a dénoncé dans un communiqué "l'obstination de François Fillon et de tous ceux qui lui ont apporté un soutien aveugle".

Mais si la colère et la réprobation étaient vives en coulisses, les hauts responsables de LR se sont abstenus d'accabler ouvertement le candidat, préférant insister sur la nécessité de tirer les leçons de la défaite en attendant un bureau politique, lundi à 18h00, qui promet d'être douloureux.

Très critique à son endroit, Alain Juppé a salué sobrement dimanche soir "le combat de François Fillon".

"C'est une défaite globale", a réagi sur RTL Brice Hortefeux, lieutenant de Nicolas Sarkozy. "C'était une élection imperdable qui s'est transformée en une élection ingagnable".

L'eurodéputé a pressé la droite de s'imposer "un devoir de reconstruction (...) qui prendra du temps".

"QUE VOULONS-NOUS?"

L'examen de conscience est précipité par la perspective du duel entre Emmanuel Macron et la présidente du Front national au second tour de la présidentielle, le 7 mai.

Et il a produit dès dimanche soir une première conséquence notable : les responsables de LR se sont affranchis de la consigne du "ni ni", doctrine édictée pour les cantonales de 2011 par Nicolas Sarkozy, qui consistait à ne prendre parti ni pour le Front national ni pour le front républicain.

Face à la menace d'un FN "violent", "intolérant", "désastreux" pour la France, François Fillon a appelé, "pas de gaieté de coeur", à voter pour le candidat d'En Marche! Le message a été relayé de l'aile modérée du parti à son flanc le plus droitier, de Jean-Pierre Raffarin à Laurent Wauquiez.

Dans la lutte qui va s'engager pour le contrôle du parti, avec en arrière-plan un Nicolas Sarkozy qui n'a pas renoncé, et la campagne pour les élections législatives des 11 et 18 juin, les tenants des deux lignes vont s'affronter.

Conscient de l'écueil, François Fillon, qui a fait campagne sur une ligne droitière, les a appelés dimanche soir à l'union, avec l'espoir que la droite se relève lors de ce troisième tour.

Jean-François Copé, héraut de "la droite décomplexée", a souhaité un renouvellement générationnel après "le 21 avril de la droite". "C'est un moment historique, c'est une reconstruction complète qu'il va falloir imaginer pour l'avenir", a estimé sur France 2 le député-maire de Meaux, qui ne se représentera pas à la députation.

"Je ne crois pas que la personne de François Fillon soit centrale dans cette affaire, la question est programmatique", a jugé le "juppéiste" Edouard Philippe sur BFM TV.

"Je constate que tout le monde s'affranchit du 'ni ni'. Que voulons-nous? Le bureau politique sera peut-être la première étape de ce questionnement", a-t-il ajouté, estimant que la priorité, pour les deux semaines qui viennent, était d'"aider" Emmanuel Macron, position qui ne fait pas l'unanimité chez LR.

Rachida Dati a mis en garde sur France 2 contre la volonté de "faire barrage pour faire barrage". "On ne fait que ça depuis 2002!" La question posée, a-t-elle poursuivi, c'est "comment Emmanuel Macron va répondre aux aspirations du peuple de droite qui est majoritaire dans notre pays".

"Qui vous dit que la droite ne va l'emporter majoritairement aux législatives?", a-t-elle lancé, tablant, comme certains autres à droite dimanche soir, sur une possible cohabitation.

(Edité par Yves Clarisse)

reuters.com

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