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Le directeur général de LafargeHolcim s'en va sur fond de tensions liées à la Syrie

reuters.com

Publié le 24 avril 2017 à 09:22 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 02:32

Le directeur general de lafargeholcim s'en va

Le directeur general de lafargeholcim s'en va

Arnd Wiegmann

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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par John Revill et Gilles Guillaume

ZURICH/PARIS (Reuters) - LafargeHolcim a annoncé lundi la démission de son directeur général Eric Olsen, symbole de l'équilibre entre Lafarge et Holcim, sur fond de tensions liées à une ancienne cimenterie du groupe en Syrie soupçonnée d'avoir financé des groupes armés pour rester en activité.

Le dirigeant franco-américain, qui incarnait l'armistice entre le cimentier français et son concurrent suisse lors de la fusion entre les deux groupes en avril 2015, quittera ses fonctions le 15 juillet. Il s'est défendu toutefois d'avoir été "en aucune manière impliqué, ni même informé d'actes répréhensibles".

"Ma décision est guidée par la conviction qu'elle contribuera à apaiser les fortes tensions qui sont récemment apparues autour de la question de la Syrie", a indiqué Eric Olsen dans un communiqué.

L'action LafargeHolcim signait lundi la seule baisse du CAC 40. Vers 14h45, elle perdait 1,25% à 53,56 euros à Paris, tandis que l'indice phare de la place bondissait de 4,48% au lendemain du premier tour de l'élection présidentielle française. A Zurich, où LafargeHolcim est désormais basé, l'action cédait 0,17%.

"Olsen commençait à construire sa réputation, et faute d'un successeur évident, nous jugeons cette nouvelle négative pour le groupe", écrivait Deutsche Bank dans une note publiée juste avant la confirmation du remaniement.

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La révélation par le journal Le Monde, en juin 2016, que Lafarge avait versé de l'argent en 2013 et 2014 à l'Etat islamique pour continuer à opérer un site pendant la guerre en Syrie, a conduit le groupe à ouvrir une enquête interne. Le parquet de Paris a lui aussi lancé une enquête préliminaire sur la base d'une plainte de Bercy en janvier dernier.

Le ministère de l'Economie s'est refusé à tout commentaire.

LafargeHolcim a indiqué lundi qu'Eric Olsen "n'était ni responsable ni pouvant être considéré comme informé des actes répréhensibles identifiés dans le cadre de cette enquête".

Mais selon le Figaro et le Financial Times, qui ont rapporté ce week-end qu'Eric Olsen était proche du départ, l'affaire syrienne a ravivé les tensions au sein du conseil d'administration, et notamment entre le principal actionnaire, le suisse Thomas Schmidheiny, héritier du fondateur d'Holcim, et les représentants de l'ex-Lafarge.

La fusion entre les deux groupes, deux ans plus tôt, avait déjà manqué d'échouer à la dernière minute en raison d'un différend sur les termes financiers et la gouvernance entre Français et Suisses. Bruno Lafont, alors PDG de Lafarge, avait alors renoncé à la direction générale du groupe né de la fusion et proposé Eric Olsen pour le poste.

Bruno Lafont s'était aussi contenté d'un poste de co-président non exécutif au nom de l'équilibre entre les deux cimentiers, mais il a décidé depuis qu'il ne se représenterait pas lors de la prochaine assemblée générale, le 3 mai.

LafargeHolcim a précisé que la recherche d'un successeur à Eric Olsen serait lancée immédiatement et que Beat Hess, président du conseil d'administration et ancien d'Holcim, superviserait la période de transition jusqu'à la nomination d'un nouveau directeur général.

A partir du 15 juillet et après le départ d'Eric Olsen, Beat Hess deviendra directeur général par intérim et Roland Köhler, un autre ancien d'Holcim actuellement membre du comité exécutif de LafargeHolcim chargé de l'Europe, de l'Australie, de la Nouvelle-Zélande ainsi que de l'activité de Trading, sera nommé DG adjoint (Chief Operating Officer).

"Le schéma conclu à la fusion, on s'en éloigne très fortement, l'équilibre initial n'est plus là, au niveau du conseil d'administration et encore moins au niveau de la direction", commente une source française proche du dossier.

DES VIOLATIONS DU CODE DE CONDUITE

LafargeHolcim a fait savoir dans un autre communiqué que son conseil avait clos l'enquête interne ouverte sur la Syrie. Il a confirmé que des paiements avaient bien été effectués à des groupes armés, que "certaines mesures prises en vue de permettre à l'usine syrienne de poursuivre un fonctionnement sûr étaient inacceptables et que des erreurs de jugement significatives, contrevenant au code de conduite alors en vigueur, avaient été commises".

"Les résultats de l'enquête confirment également que, bien que ces mesures aient été prises à l'initiative de la direction locale et régionale, certains membres de la direction du groupe ont eu connaissance de situations indiquant des violations du code de conduite des affaires de Lafarge", a ajouté le groupe, sans plus de précision.

Le groupe a également confirmé des mesures correctives annoncées début mars, notamment "l'adoption d'une procédure plus rigoureuse d'évaluation des tiers à haut risque, l'instauration d'un programme de dépistage des tiers à risques et d'un nouveau programme de contrôle autour des sanctions et des exportations".

Jacob Waerness, gestionnaire de risque pour Lafarge en Syrie de 2011 à 2013, a estimé que l'usine aurait dû fermer ses portes dès l'été 2013, quand Lafarge a eu connaissance de la présence de groupes islamistes radicaux dans la région.

"Nous avons discuté, assez tôt en 2011, du fait que nous devrions partir si un groupe armé occupait les alentours de la cimenterie", a-t-il dit ce mois-ci lors de la promotion à Zurich d'un livre sur ses expériences. Le consultant norvégien en sécurité ne travaille plus pour Lafarge.

Il souligne cependant la difficulté d'une telle décision, car une milice kurde et le gouvernement syrien voulaient tous deux que le site reste ouvert. "Nous n'enfreignions aucune sanction. Nous étions une entreprise syrienne - il était de notre responsabilité de rester opérationnel", a-t-il ajouté.

(Avec Benjamin Mallet à Paris et Oliver Hirt à Zurich, avec John Revill à Zurich, édité par Jean-Michel Bélot)

reuters.com

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