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Le nouveau calendrier de Le Pen ne change rien à sa "fiction" sur l'euro, estiment des économistes

reuters.com

Publié le 30 avril 2017 à 15:37 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 02:30

Le nouveau calendrier de le pen ne change rien a sa "fiction" sur l'euro

Le nouveau calendrier de le pen ne change rien a sa "fiction" sur l'euro

© Toby Melville / Reuters

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par Yves Clarisse et Emmanuel Jarry

PARIS (Reuters) - Le nouveau calendrier de Marine Le Pen sur la politique monétaire, qui repousse aux calendes grecques le retour au franc et l'abandon de l'euro comme monnaie unique, est un coup politique qui ne change rien aux risques que le projet ferait courir à l'économie française, estiment des économistes.

L'accord de gouvernement conclu vendredi par la candidate du Front national au second tour de l'élection présidentielle avec le souverainiste Nicolas Dupont-Aignan affirme que "la transition de la monnaie unique à la monnaie commune européenne n'est pas un préalable à toute politique économique".

La députée FN Marion Maréchal-Le Pen a précisé que les négociations de sortie de l'euro dureraient beaucoup plus que les six mois initialement prévus et prendraient "peut-être plusieurs années" après les élections attendues dans d'autres pays, Marine Le Pen parlant quant à elle d'une durée pouvant aller jusqu'à 18 mois.

La candidate, qui sait que les risques liés à la sortie de l'euro inquiètent considérablement une grande partie de l'électorat - 72% des Français veulent garder la monnaie unique selon un récent sondage Elabe -, affirme qu'il n'y a aucun changement ni contradiction dans sa position.

Elle ajoute dans un entretien publié dans Le Parisien dimanche qu'elle maintient sa volonté de garder un euro "monnaie commune" et non plus unique pour "les grandes entreprises qui font du commerce international", parallèlement à une "monnaie nationale" pour les "achats quotidiens" des Français.

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"NOUS SOMMES PRAGMATIQUES"

Dans son entourage, on confirme pourtant que ce nouveau calendrier constitue bien un changement de position.

"Il y a eu accord de gouvernement avec Nicolas Dupont-Aignan. La donne est quand même assez différente", reconnaît Jean Messiha, le coordinateur du programme du FN. "Il y a effectivement la crainte exprimée par un certain nombre de Français que Marine a entendue, que nous avons intégrée dans les négociations que nous avons eues avec Nicolas Dupont-Aignan."

"Nous sommes des gens pragmatiques", a-t-il ajouté.

Les économistes y voient l'effet de la prise de conscience par Marine Le Pen que la sortie de l'euro renforçait le "plafond de verre" qui l'empêchera d'être élue dimanche prochain, selon tous les sondages en vue du second tour.

"C'est un vrai changement de pied mais ça déséquilibre complètement son programme économique et ça le rend impossible", déclare à Reuters Nicolas Bouzou, économiste et directeur du cabinet d'études Asteres. "Ils cherchaient un moyen de se sortir d'une situation où ils s'étaient enfermés ; l'alliance avec Dupont-Aignan leur a donné le prétexte politique pour en sortir mais du coup son programme s'écroule."

Pour Ludovic Subran, économiste chez l'assureur-crédit Euler Hermes, Marine Le Pen lâche du lest parce qu'elle a compris que les Français ont "peur de l'impact que cela aura, notamment sur la consommation et sur l'épargne".

"Mais ça ne change absolument rien à la fiction absolue qu'est l'idée d'avoir une double monnaie, une monnaie nationale et une monnaie pour les échanges internationaux. La monnaie locale se dévaluerait énormément et ça aurait un impact fort sur le bien-être des consommateurs, sans gain de compétitivité, estime-t-il.

LE PROGRAMME NE SERA "PLUS FINANCÉ"

Christopher Dembik, responsable de la recherche à Saxo Bank, parle, lui, d'un "vrai revirement" et d'un "retour à la réalité, la sortie de l'euro est remise aux calendes grecques".

"Mais deux monnaies, ça n'a pas de sens. On renoue avec le serpent monétaire européen (avec l'euro monnaie commune-NDLR) qui avait un inconvénient, c'est que les monnaies nationales étaient soumises à la spéculation", ajoute-t-il.

En abandonnant l'idée d'une sortie rapide de l'euro pour rassurer une partie de l'électorat, Marine Le Pen condamne le reste de son programme, selon les économistes.

Nicolas Bouzou rappelle qu'elle prévoit une augmentation massive des dépenses publiques qui se traduirait selon lui par une "explosion du déficit budgétaire" et de la dette.

"Il n'était rendu possible que par la monétisation de la dette par la Banque de France qui prêterait directement à l'Etat", explique-t-il. "Sans la monétisation de la dette par la Banque de France, le financement de son programme n'est plus possible."

En outre, la longue période d'incertitude qui s'ouvrirait avec l'allongement du délai avant l'introduction de la monnaie locale dissuaderait les investisseurs de prêter à la France et provoquerait très probablement une hausse des taux d'intérêt.

"Ils partent de l'idée que les marchés ont été résilients après l'élection de Trump et le référendum sur le Brexit", dit Ludovic Subran. "Mais ils oublient que ce sont deux pays qui avaient leur monnaie, qui ne sortaient pas d'une monnaie unique."

A terme, l'idée d'avoir une double circulation monétaire est également jugée lourde de risques pour la France.

"Les seuls pays où il y a un système de double monnaie sont des pays comme le Nigeria, l'Afrique du Sud, le Venezuela ou Cuba, et où la monnaie locale se dévalue constamment", ajoute l'expert du cabinet Euler Hermes.

Et une monnaie commune avec des pays dont les taux de change évolueraient à l'intérieur d'un serpent monétaire, à supposer qu'elle soit acceptée par les partenaires de la France au sein de la zone euro, ne résisterait pas aux tensions dues aux politiques économiques très divergentes.

"La monnaie commune évoquée par Marine Le Pen (...) ne peut fonctionner que si les politiques monétaires de pays appartenant à cette monnaie commune sont convergentes. Si cela n'est pas le cas, la monnaie commune ne pourra pas exister", écrit Philippe Waechter, directeur de recherche économique chez Natixis Asset Management, dans une note publiée dimanche.

(Avec Simon Carraud, édité par Myriam Rivet)

reuters.com

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