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Marine Le Pen dans le sillage du père

reuters.com

Publié le 07 mai 2017 à 21:33 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 02:29

Marine le pen: portrait de la candidate decue du front national

Marine le pen: portrait de la candidate decue du front national

CHARLES PLATIAU

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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par Simon Carraud

PARIS (Reuters) - De son héritage, Marine Le Pen a voulu tout effacer, jusqu'à son nom de famille, mais elle a vécu dimanche le destin du père réprouvé, sur qui les portes du pouvoir ont claqué voici quinze ans presque jour pour jour.

La fille de l'ancien para d'Algérie, devenu patriarche de l'extrême droite française puis paria parmi les siens, s'est qualifiée comme lui au second tour d'une élection présidentielle. Et, comme lui, elle a échoué à ce stade.

Avec environ 35% selon les premières estimations, elle a nettement amélioré le score du cofondateur du Front national, qui n'avait pas dépassé les 18% en 2002, mais elle a aussi démontré à ses dépens la solidité du plafond de verre auquel son parti continue à se heurter au second tour.

Le plus difficile à franchir. Surtout lorsqu'on charrie avec soi l'histoire d'une lignée tourmentée, le parfum de soufre de sa famille politique et, de surcroît, celui des affaires judiciaires.

Pour réussir là où Jean-Marie Le Pen a chuté, l'eurodéputée a remanié le Front national à sa convenance, quitte à susciter une violente crise politico-familiale, sans avoir encore parachevé son oeuvre de "dédiabolisation", mise en musique depuis son intronisation à la tête du parti, en 2011.

Pour elle, le scrutin relevait du "choix de civilisation", selon un leitmotiv de sa campagne.

Mais il avait aussi valeur de test pour la "fille de", élevée dans le sud de Paris puis dans le parc de Montretout, sur les hauteurs de Saint-Cloud (Hauts-de-Seine), toujours à l'ombre de Jean-Marie Le Pen, dont elle hérite le nom, mais aussi l'aplomb, la carrure et l'art de tenir un auditoire en haleine.

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Marine Le Pen, née Marion, prend pour la première fois conscience du statut particulier de son père à l'âge de huit ans, lorsqu'elle se réveille, une nuit de novembre, au milieu des décombres de l'immeuble où vit la famille, plastiqué par des poseurs de bombe dont l'identité ne sera jamais connue.

"CARACTÈRE PLUS COMBATIF"

Le sentiment d'avancer en milieu hostile ne la quittera plus.

"Nous avons été confrontées, en qualité de filles de Jean-Marie Le Pen, à un grand nombre d'obstacles dans notre vie et peut-être cela nous a forgé un caractère plus combatif et nous a donné une expérience certaine du sens des choses", raconte-t-elle dans un portrait que lui consacre France 3, en 1993.

Des trois filles, c'est elle, la benjamine, l'avocate de formation, la plus ambitieuse, qui s'impose comme la dépositaire de la marque Le Pen, la plus douée, celle qui ne tremble pas au moment de la partition du FN, en 1998-1999, entre légitimistes et dissidents partis dans le sillage de Bruno Mégret.

Elle entame en 1993, à l'âge de 24 ans, son cursus en politique par une candidature aux législatives à Paris, son premier point de chute électoral avant Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais), entre au service juridique du parti en 1998 et met fin la même année à sa brève carrière au barreau.

A cette époque où sa chevelure blonde lui descend encore dans le dos, elle suit le sillon paternel.

"Désespérément, j'essaie de trouver des sujets où je ne suis pas d'accord avec lui. Mais je n'arrive pas à en trouver. Je vais bien réussir quand même", confie-t-elle à France 2, prémonitoire, durant les législatives de 2002.

La campagne présidentielle, cette année-là, lui offre l'occasion de prendre la lumière des plateaux de télévision et de roder sa verve, plus efficace que le ton parfois cérémonieux de Bruno Gollnisch, universitaire aux lunettes rondes, apparatchik déjà quinquagénaire et jusque-là successeur désigné.

Il faut voir sa jubilation, le soir du 21 avril 2002, lorsqu'elle apprend la qualification de son père au second tour, un événement inouï à l'échelle de la Ve République : "C'est la naissance de quelque chose", juge-t-elle.

C'est vrai surtout pour elle, qui prend dès cet instant une place grandissante au sein du FN, en devient vice-présidente en 2003 puis présidente en janvier 2011, adoubée par le cofondateur et les militants frontistes.

"MARINISTES"

Elle entend alors rompre avec une tradition de dirigeants d'extrême droite qui ont pratiqué la politique en aventuriers plutôt qu'en conquérants, en tribuns plutôt qu'en hommes d'Etat. Elle portera son parti tout en haut, se jure-t-elle.

L'animal politique finit d'éclore, son ambition aussi.

"J'ai fait un certain nombre de campagnes présidentielles pour faire élire quelqu'un d'autre. Par conséquent, à la différence de beaucoup, je ne viendrai pas vous dire qu'à cinq ans, je buvais mon biberon en espérant être présidente de la République", a-t-elle dit cette semaine à Reuters.

"Mais à un moment donné, je me suis retrouvée en situation d'être la personne la mieux placée pour défendre cette vision de la France. (...) Je n'allais pas reculer devant l'obstacle."

Pour parvenir à ses fins et ne pas rééditer l'échec de 2002, celle que ses proches appellent seulement "Marine", même en public, reprend à son compte une tactique déjà éprouvée dans l'histoire du FN, consistant à lui donner autant que possible les atours de la respectabilité et l'image d'un parti taillé pour l'exercice du pouvoir.

A quelques exceptions près, elle remise donc le glossaire encombrant de Vichy, mise sur les scrutins locaux pour se constituer un réseau d'élus et promeut autour d'elle un carré de fidèles, certains revenus en grâce après la parenthèse mégrétiste, d'autres purs "marinistes", comme Florian Philippot.

Rieuse, éruptive et travailleuse, Marine Le Pen police par ailleurs son image, en jouant sur sa singularité de femme et de mère en politique et en adoptant un tailleur tout en sobriété, le plus souvent bleu marine ou noir.

"FÉLONIE"

En 2015, elle finit par exclure Jean-Marie Le Pen, qui n'a jamais renié ses déclarations sur l'usage des chambres à gaz, "point de détail" de l'histoire de la Deuxième Guerre mondiale selon lui, et continue à tenir des propos incompatibles avec un parti en quête de "dédiabolisation".

Dans une famille où on pratique tour à tour la cooptation et l'excommunication, la rupture prend les proportions d'une tragédie grecque.

"J'ai honte que la présidente du Front national porte mon nom. Et je souhaiterais d'ailleurs qu'elle le perde le plus rapidement possible", réplique alors, sur Europe 1, le co-fondateur du FN, qui taxe au passage sa fille de "félonie" après sa suspension du bureau exécutif.

Aggiornamento ou simple ravalement de façade, la stratégie de Marine Le Pen porte ses fruits à partir de 2012 : 17,90% au premier tour de la présidentielle, près de 25% des voix aux européennes de 2014, quasiment 28% aux régionales de 2015.

Et, le 23 avril dernier, elle se qualifie pour le second tour de la présidentielle en battant tous les records de suffrages du FN - près de 7,7 millions - sans soulever, dans l'opinion publique, d'émoi similaire à celui que la France a connu durant l'entre-deux-tours, quinze ans plus tôt.

Au contraire, le parti d'extrême droite se trouve pour la première fois un allié en la personne de Nicolas Dupont-Aignan, venu de la droite classique mais désormais installé à son compte, avec lequel Marine Le Pen scelle un accord.

Sur ses affiches de campagne, l'eurodéputée, persuadée de devoir estomper sa filiation et jouer une forme de connivence avec le "peuple" dont elle se veut la porte-parole, l'égérie providentielle, apparaît sous son seul prénom, sans trace du FN.

Mais son rêve d'une campagne sans heurt menée sous le signe de la "France apaisée" se déchire au fil des semaines et des révélations dans la presse.

Même si elles n'ont eu apparemment aucun effet immédiat sur la courbe des sondages, plusieurs affaires mettent en lumière les procédés du FN, soupçonné notamment d'avoir indûment rémunéré certains de ses collaborateurs avec des fonds publics normalement alloués au travail du Parlement européen.

GANTS DE BOXE

Ce dossier place Marine Le Pen, âgée de 48 ans, sous la menace d'une mise en examen, qui ne peut cependant être prononcée dans la mesure où elle refuse de se rendre aux convocations des enquêteurs le temps de la campagne.

Ces démêlés, preuves selon le FN d'une instrumentalisation de la justice, ont également attiré l'attention sur un cercle de proches de la candidate, dont Frédéric Chatillon et Axel Loustau, passés dans leur jeunesse par le groupe d'extrême droite radicale GUD (Groupe union défense).

"Marine Le Pen n'est pas libre, elle est tenue par ces gens. Si elle arrive au pouvoir, ces gens seront le pouvoir", affirme l'ancien dirigeant frontiste Aymeric Chauprade dans un documentaire diffusé sur France 2 durant la campagne.

Sans le vouloir, le "clone absolu" de Jean-Marie Le Pen, selon sa mère Pierrette, réveille elle-même le souvenir du père, au détour d'une interview, en déniant toute responsabilité de la France dans la rafle du Vél d'Hiv.

Les accusations de négationnisme remontent encore à la surface à la fin du mois d'avril, lorsque la candidate place provisoirement à la tête du parti Jean-François Jalkh, un frontiste de la première heure, à qui sont prêtées des déclarations embarrassantes sur les chambres à gaz.

Ces controverses viennent alors rappeler que la mue n'est pas entièrement accomplie pour Marine Le Pen, qui s'installe le 3 mai sur le plateau du débat d'entre-deux-tours, face à Emmanuel Macron, comme on monte sur un ring, rappelant subliminalement l'époque où un animateur de France 2 proposait des gants de boxe à son père pour traiter avec Bernard Tapie.

L'ex-ministre de l'Economie la qualifie d'"héritière, non seulement d'un nom mais d'un parti" et la renvoie à sa jeunesse dans un "château" - allusion à la demeure de Montretout.

Dimanche, elle a perdu son pari alors même qu'elle espérait franchir les 40%.

Pour l'instant, la conseillère régionale des Hauts-de-France tient son parti mais, au cours des cinq dernières années, a émergé un nouvel espoir dans la généalogie lepéniste, sa nièce Marion Maréchal-Le Pen.

"Je ne sais pas si je ferai de la politique toute ma vie, mais je défendrai mon pays toute ma vie", a dit la tante à Reuters.

(Edité par Yves Clarisse)

reuters.com

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