Divergences à Washington sur la crise entre le Qatar et ses voisins
reuters.com

Divergences a washington sur la crise entre le qatar et ses voisins
Jonathan Ernst
reuters.com

Divergences a washington sur la crise entre le qatar et ses voisins
Jonathan Ernst
par Tom Finn et Sylvia Westall
DOHA/DUBAI (Reuters) - Donald Trump a appelé le roi Salman d'Arabie saoudite tard mardi soir et a insisté sur l'importance de l'unité des pays du Golfe pour lutter contre l'idéologie extrémiste et le financement du terrorisme, a déclaré à Reuters un responsable de la Maison blanche.
Ces propos prêtés au président américain contrastent avec ceux qu'il avait tenus plus tôt dans la journée sur Twitter, où il s'était félicité de l'isolement du Qatar, disant y voir la preuve que son récent voyage en Arabie saoudite a commencé à porter ses fruits.
Donald Trump a dit se réjouir que le discours qu'il a prononcé contre l'islamisme politique et l'Iran ait inspiré les quatre puissances régionales à l'origine de l'initiative. Elles reprochent au Qatar de soutenir le terrorisme, ce que Doha nie catégoriquement.
"Lors de mon récent voyage au Moyen-Orient, j'ai affirmé qu'il ne pouvait plus y avoir de financement pour l'idéologie radicale. Des dirigeants ont désigné le Qatar. Regardez!", a écrit Donald Trump sur Twitter.
"Ils ont dit qu'ils adopteraient une ligne dure sur le financement de l'extrémisme et toutes les références désignaient le Qatar. Peut-être est-ce le début de la fin de l'horreur du terrorisme!", a-t-il ajouté.
L’actualité qui compte pour vous, chaque jour dans votre boîte mail.

Au même moment, le ton était très différent au Pentagone, qui a remercié le Qatar d'héberger depuis des années la base militaire américaine la plus importante du Moyen-Orient et a salué son "engagement constant en faveur de la sécurité régionale".
C'est de la base qatarie d'Al Oudeïd, où sont déployés 8.000 GI's, que décollent de nombreux avions américains bombardant le groupe Etat islamique en Irak et en Syrie.
Selon des membres de l'actuelle administration américaine et de celles qui l'ont précédée, Washington a été pris de court par la décision que les Saoudiens ont prise en coordination avec l'Egypte, les Emirats arabes unis et Bahreïn.
Réagissant à cette initiative, le département d'Etat américain a estimé que Doha avait fait de gros progrès dans la lutte contre le financement du terrorisme, tout en soulignant qu'il reste beaucoup à faire.
"TROP C'EST TROP"
A Washington, on laissait entendre lundi que les Etats-Unis allaient discrètement tenter de désamorcer la crise, en raison de l'importance stratégique du Qatar et de son influence dans la région. Ses voisins du Golfe et l'Egypte lui reprochent de longue date ses ambitions diplomatiques et son soutien aux Frères musulmans, concurrents de l'islam wahhabite promu par Ryad.
"Trop c'est trop", a souligné le ministre saoudien des Affaires étrangères Adel al Djoubeir en visite à Paris, sommant le Qatar de rompre avec la confrérie et avec le Hamas palestinien. "Personne ne veut de mal au Qatar. Le Qatar doit faire un choix", a-t-il ajouté, tandis que la France lançait un appel au dialogue et à l'apaisement.
Le chef de l'Etat Emmanuel Macron s'est entretenu par téléphone avec l'émir du Qatar, cheikh Tamim ben Hamad Al Thani, et le président turc Recep Tayyip Erdogan, allié de Doha, a-t-on appris dans son entourage.
Le cheikh Sabah al Ahmed al Djaber, émir du Koweït, s'est quant à lui rendu en Arabie saoudite pour évoquer la crise avec le roi Salman. L'agence de presse Kuna fait état d'une "visite fraternelle", mais ne dit rien de la teneur des discussions.
La crise a d'ores et déjà des conséquences sur les marchés pétroliers et alimente la crainte d'un choc sur celui du gaz, dont l'émirat est l'un des grands acteurs. Certains Qataris ont par ailleurs commencé à faire des réserves en prévision d'éventuelles pénuries. Outre la rupture des relations diplomatiques, les frontières ont été fermées et les liaisons aériennes suspendues.
La Jordanie a annoncé mardi une réduction de sa représentation diplomatique au Qatar et le retrait de la licence de diffusion d'Al Djazira. Royal Air Maroc a par ailleurs annulé de ses vols à destination de l'Arabie, des Emirats, du Yémen et de l'Egypte qui font escale à Doha. Le Maroc, proche allié des monarchies du Golfe à l'origine de la crise, n'a pas pris parti.
PAS DE REPRÉSAILLES, PROMET DOHA
Maersk, le premier opérateur mondial de porte-conteneurs, s'est dit dans l'incapacité d'acheminer des biens en provenance et à destination du Qatar dans la mesure où ils ne peuvent plus transiter par le port émirati de Djebel Ali. Plusieurs banques de la région ont en outre limité leurs transactions avec leurs consoeurs qataries et la banque centrale saoudienne a conseillé aux établissements du royaume de ne plus échanger avec elles.
Le ministre qatari des Affaires étrangères Mohammed ben Abdelrahman al Thani a promis qu'il n'y aurait pas de représailles et a souhaité que la médiation koweïtienne porte ses fruits. Selon un membre du gouvernement, la crise pousse toutefois Doha à quitter le Conseil de coopération du Golfe (CCG) avec de "profonds regrets".
Le Qatar s'est lancé il y a plusieurs années dans une diplomatie d'influence, qu'il finance par ses gigantesques réserves de gaz naturel, avec un réseau médiatique mis en place autour de la chaîne Al Djazira, créée en 1996, et des intérêts sportifs - le pays doit organiser la Coupe du monde de football en 2022.
L'Arabie saoudite et ses voisins du Golfe lui reprochent de longue date de soutenir les Frères musulmans et, plus récemment, d'avoir adopté un ton conciliant envers l'Iran, puissance chiite et grand rival régional de l'Arabie saoudite sunnite.
En 2014 déjà, l'Arabie saoudite, les Emirats et Bahreïn avaient rappelé leurs ambassadeurs à Doha. La crise avait duré huit mois, sans aller jusqu'à la rupture des relations diplomatiques.
Lundi, la télévision publique qatarie a diffusé des images du cheikh Tamim lors d'une réception annuelle à l'occasion du ramadan donnant une accolade au chef spirituel des Frères musulmans, cheikh Youssef al-Qaradawi, dont le séjour au Qatar est l'un des motifs de discorde entre Doha et ses voisins.
(Avec Ahmed Tolba au Caire, Aziz El Yaakoubi, Tom Arnold, Hadeel Al Sayegh, William Maclean et Celine Aswad à Dubaï, Doina Chiacu et Steve Holland à Washington, Marine Pennetier, John Irish et Jean-Baptiste Vey à Paris; Jean-Philippe Lefief et Tangi Salaün pour le service français)
reuters.com