Le gouvernement tente de clore la polémique Bayrou
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Bayrou : "je n'ai pas l'intention de me mettre un baillon"
CHARLES PLATIAU
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Bayrou : "je n'ai pas l'intention de me mettre un baillon"
CHARLES PLATIAU
PARIS (Reuters) - Le gouvernement s'est efforcé mercredi de clore la polémique soulevée par le recadrage du ministre de la Justice François Bayrou par le Premier ministre Edouard Philippe, en assurant que la situation était "pacifiée" et semblant exclure tout "lâchage" du garde des Sceaux après les élections législatives.
Signe de cette volonté de tourner la page de ce premier couac gouvernemental, les deux hommes ont échangé une longue poignée de mains devant les journalistes, à l'issue d'un conseil des ministres de plus de trois heures, un record.
"Aujourd'hui la situation est à mon sens totalement pacifiée, il n'y a pas de tensions particulières à l'heure qu'il est", a déclaré le porte-parole du gouvernement Christophe Castaner lors du compte rendu du conseil des ministres.
"Personne n'est lâché, à commencer par le garde des Sceaux et également les autres personnalités qui sont au conseil des ministres", a-t-il dit, dans une allusion à la ministre chargée des Affaires européennes Marielle de Sarnez, également visée par une enquête judiciaire.
Tout en rappelant la règle fixée par le couple exécutif, selon laquelle un ministre mis en examen serait contraint de démissionner, le porte-parole a indiqué que le "doute [devait] profiter à l'accusé".
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"Il y aurait conflit d'intérêt (entre le poste ministériel de François Bayrou et l'enquête le visant-NDLR) si François Bayrou donnait des instructions sur la situation qui le concerne, nous sommes tous intimement convaincus que ce n'est pas le cas donc pour moi il n'y a aucun conflit d'intérêt", a dit Christophe Castaner.
PAS DE PROFIL BAS
Ces déclarations tranchent avec le ton des propos qu'il avait tenus dans la matinée, sur BFM TV, où il avait appelé le ministre de la Justice à "jouer collectif" et à se souvenir qu'il n'était plus "un simple citoyen", et avec le rappel à l'ordre, mardi, du Premier ministre.
Au coeur de la polémique, l'appel passé par François Bayrou, en tant que "citoyen", au directeur de l'investigation de Radio France pour critiquer une enquête sur des soupçons d'emplois fictifs visant les assistants parlementaires des députés européens de son parti.
Loin de faire profil bas, François Bayrou, qui avait déjà revendiqué mardi sa liberté de parole, a enfoncé le clou mercredi matin sur RTL, en estimant que "la responsabilité et la franchise" étaient "conciliables".
"Il se trouve qu'Edouard Philippe a dit quelque chose que je considère comme absolument juste et je dis quelque chose que je considère comme absolument juste. Et je ne vois pas de contradiction", a-t-il lancé. "Je ne défie personne, je suis trop détendu pour cela.".
"Je suis persuadé qu'au sein d'une équipe politique il faut avoir de la liberté de parole, il faut qu'il y ait de la vie, il ne faut pas qu'on vive avec la langue de bois", a répété François Bayrou.
A cinq jours du second tour des législatives, qui sera suivi d'un remaniement gouvernemental comme le veut l'usage, la question d'un départ de François Bayrou, et d'autres ministres fragilisés par des enquêtes, alimente toutes les spéculations.
À la question de savoir si des ministres pourraient quitter le gouvernement ou changer de poste, l'entourage d'Emmanuel Macron a indiqué que cette décision appartenait au président de la République, sur proposition du Premier ministre.
"Mon sentiment, c'est que vous retrouverez certainement la totalité des membres du conseil des ministres qui étaient présents ce matin autour de la table", a dit de son côté Christophe Castaner.
HÉRAUT DE LA MORALE
François Bayrou, qui se veut le héraut de la morale en politique, est aussi mis à l'épreuve sur le front judiciaire.
Pour la première fois depuis l'ouverture d'une enquête préliminaire sur les emplois présumés fictifs du MoDem, le porte-parole du gouvernement a évoqué mercredi à son endroit la règle qui veut qu'un ministre mis en examen démissionne.
Le ministre a assuré sur RTL que les enquêteurs disposeraient de "tous les éléments de preuve (...) qui permettent de faire un sort à ces accusations-là", alors que Le Canard enchaîné publie de nouvelles informations compromettantes pour la formation centriste, notamment sur la secrétaire particulière de François Bayrou qui aurait été également embauchée durant deux ans en tant que collaboratrice d'une eurodéputée MoDem.
Son influence désormais se tarit face à l'hégémonie de La République en Marche, qui devrait disposer de la majorité absolue à l'Assemblée dimanche sans l'appoint du MoDem, si l'on en croit les projections en sièges des instituts de sondage.
Ces révélations et les tensions avec la presse tombent au plus mal pour le garde des Sceaux, qui a présenté ce mercredi en conseil des ministres son projet de loi pour "la confiance dans l'action publique".
(Sophie Louet, Marine Pennetier et Jean-Baptiste Vey, édité par Yves Clarisse)
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