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Abou Bakr al Baghdadi, de calife à fugitif

reuters.com

Publié le 16 juin 2017 à 10:55 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 02:18

Abou bakr al baghdadi, de calife a fugitif

Abou bakr al baghdadi, de calife a fugitif

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par Michael Georgy et Maher Chmaytelli

BAGDAD/ERBIL, Irak (Reuters) - Le chef de l'organisation Etat islamique, Abou Bakr al Baghdadi, qui pourrait avoir été tué lors d'un raid de l'aviation russe à Rakka, s'est montré insaisissable depuis sa proclamation d'un califat en Irak et en Syrie il y a trois ans.

Ce califat est sur le point de perdre ses deux derniers grands bastions urbains, Mossoul en Irak et Rakka en Syrie, mais Abou Bakr al Baghdadi, selon des spécialistes et responsables politiques, ne s'y trouve plus depuis longtemps, préférant profiter de l'immensité du désert et du soutien de certaines tribus sunnites pour échapper à l'arrestation ou à la mort.

"Au bout du compte, il sera soit tué, soit capturé, il ne pourra pas rester éternellement dans la clandestinité", disait à Reuters il y a peu Lahur Talabany, chef des services antiterroristes du gouvernement autonome du Kurdistan irakien.

L'une de ses principales préoccupations serait de s'assurer qu'aucun de ses proches ne le trahisse.

Une prime de 25 millions de dollars (22 millions d'euros) est promise par Washington à quiconque permettra de le traîner devant la "justice", souligne Hicham al Hachimi, qui dispense ses conseils auprès de plusieurs gouvernements du Moyen-Orient.

"Privé de tout territoire à gouverner, il ne peut plus revendiquer le titre de calife", relève-t-il. "C'est un fugitif et le nombre de ses partisans se réduit à mesure que rétrécit leur territoire."

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CALIFE

Les forces irakiennes ont repris une grande partie de Mossoul, la grande ville du nord de l'Irak d'où Abou Bakr al Baghdadi s'est proclamé calife. Rakka, capitale de l'EI en Syrie est quant à elle presque entièrement encerclée par une coalition de combattants kurdes et arabes.

La dernière vidéo d'Abou Bakr al Baghdadi remonte précisément au jour où, vêtu de la robe noire des dignitaires religieux, il s'est adressé aux fidèles réunis à la grande mosquée Al Nouri de Mossoul pour leur annoncer qu'il s'arrogeait le titre de calife.

Né Ibrahim al Samarraï, Abou Bakr al Baghdadi est un irakien de 46 ans qui a rompu avec Al Qaïda deux après la mort d'Oussama ben Laden.

Elevé dans une famille pieuse, il a étudié la théologie à Bagdad avant de rejoindre l'insurrection sunnite en 2003, année de l'invasion de l'Irak par la coalition conduite par les Etats-Unis. Capturé, il a été libéré un an plus tard par les Américains qui doutaient qu'il s'agisse d'une cible de haute valeur.

Depuis que les revers militaires ont commencé à se multiplier, Abou Bakr al Baghdadi se déplace dans les zones faiblement peuplées de la frontière irako-syrienne où les drones comme les intrus sont facilement repérés.

Pour faciliter sa capture, ou son élimination, le département d'Etat américain offre une récompense de 25 millions de dollars, la somme qu'il avait proposée pour l'arrestation de Saddam Hussein et Oussama ben Laden.

Ni l'un ni l'autre n'ont officiellement été trahis, mais l'existence de ces primes a considérablement entravé à l'époque leurs déplacements et leurs communications.

"La récompense provoque des inquiétudes, des tensions", explique Fadel Abou Raghif, un spécialiste irakien des groupes extrémistes. "Il ne reste jamais plus de 72 heures au même endroit."

"NERVEUX"

Abou Bakr al Baghdadi "est devenu nerveux et extrêmement prudent dans ses mouvements", croit savoir Lahur Talabany. "Son cercle de confiance est de plus en plus étroit".

Dans le dernier discours qu'il a enregistré, début novembre, Abou Bakr al Baghdadi appelait ses troupes à combattre les "mécréants" et à faire "couler leur sang comme des rivières".

Responsables américains et irakiens pensent qu'il a abandonné le commandement opérationnel de l'EI à ses partisans les plus fidèles pour se concentrer sur sa propre survie.

Il n'utilise pas de téléphone mais dispose d'une poignée de messagers chargés des liaisons avec ses deux principaux lieutenants, son ministre de la Défense, Iyad al Obeïdi, et Ayad al Jumaïli, chargé de la sécurité. La télévision officielle irakienne a annoncé le 1er avril la mort de ce dernier, mais rien n'a depuis permis de la confirmer.

Selon Hicham al Hachimi, le dirigeant de l'EI se déplace de cache en cache dans des camionnettes pick-up, en Irak et en Syrie, seulement accompagné d'un chauffeur et de deux gardes du corps.

A son apogée, l'EI exerçait son autorité sur des millions d'Irakiens et de Syriens. Désormais, Daech ne règne plus que sur quelques centaines de milliers d'entre eux, à Rakka et dans ses environs, à Daïr az Zour, dans l'est de la Syrie, ainsi que dans quelques poches situées au sud et à l'ouest de Mossoul.

Selon Hicham al Hachimi, l'organisation a déplacé certains de ses combattants hors de Rakka avant son encerclement pour qu'ils se regroupent à Daïr az Zour.

"JUSQU'AU-BOUTISTES"

L'EI est confronté à plusieurs adversaires, qu'il s'agisse des forces arabo-kurdes qui opèrent à Rakka ou de l'armée irakienne qui progresse lentement à Mossoul.

Ils doivent également affronter l'armée gouvernementale syrienne, soutenue par l'armée russe, des milices iraniennes et des combattants du mouvement libanais Hezbollah.

Selon Abou Raghif, l'EI ne compte plus que 8.000 combattants, dont 2.000 étrangers originaires du Moyen-Orient, d'Europe, de Russie et d'Asie centrale.

"C'est peu comparé aux dizaines de milliers d'hommes alignés contre eux dans les deux pays, mais c'est une force qu'il ne faut pas négliger car elle est composée de jusqu'au-boutistes qui n'ont plus rien à perdre et qui se cachent au milieu de la population (...)", dit-il.

Le gouvernement américain a assemblé une équipe chargée de traquer Abou Bakr al Baghdadi. Elle compte dans ses rangs des membres des forces spéciales, de la CIA et d'autres agences de renseignement et dispose des satellites de l'Agence nationale de renseignement géospatial.

Mais il en faudra davantage pour qu'il perde toute influence, prévient Lahur Talabany.

"Il est toujours considéré comme le chef de l'EIIL (Etat islamique en Irak et au Levant, ancien nom de l'EI) et beaucoup continuent de se battre pour lui, ça n'a pas changé."

Et même s'il était tué ou capturé, "sa trace et celle de l'EIIL subsisteront, à moins que l'extrémisme radical ne soit éradiqué", ajoute-t-il.

(Nicolas Delame pour le service français, édité par Gilles Trequesser)

reuters.com

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