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La République en marche apprivoise l'Assemblée

reuters.com

Publié le 21 juillet 2017 à 11:35 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 02:09

La republique en marche apprivoise l'assemblee

La republique en marche apprivoise l'assemblee

POOL

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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par Elizabeth Pineau

PARIS (Reuters) - Installés depuis cinq semaines à l'Assemblée nationale, les députés de La République en marche (LREM) prennent leurs marques dans une maison auparavant inconnue de bon nombre d'entre eux, mus par l'idée de rompre avec les pratiques passées.

Sur les 314 députés du camp présidentiel, largement majoritaires à la chambre basse, 177 sont novices en politique dans ce groupe disparate où la discipline est la règle, le vocabulaire souvent emprunté à celui de l'entreprise et l'inexpérience propice au procès en incompétence.

Pour tous, un leitmotiv : appliquer le programme d'Emmanuel Macron. Et ne pas faire comme avant.

"Notre arrivée est presque un hold-up. On n'a rien volé mais les Français nous demandent de construire de façon différente", analyse un député "marcheur". "C'est vrai qu'il y a des problèmes d'immaturité, des gens qui prennent la parole n'importe quand dans l'hémicycle ou qui ont du mal à finir leur intervention. Mais on a besoin de cette fraîcheur".

Le groupe La République en marche compte de nombreux élus issus du privé, souvent patrons de PME - faisant naître le risque de conflits d'intérêts -, mais aussi des politiciens expérimentés.

On y trouve pèle-mêle l'écologiste Barbara Pompili, le chef d'entreprise centriste Sylvain Maillard, l'ancien disciple de Dominique Strauss-Kahn Stanislas Guérini, le mathématicien Cédric Villani, une infirmière libérale du Var, Sereine Mauborgne, et un agriculteur de la Creuse, Jean-Baptiste Moreau.

Les règles, les lieux, le rythme de travail, tout est nouveau pour les élus du 18 juin.

"J'ai l'impression que chaque jour vaut trois semaines", commente la députée LREM Olivia Grégoire sur ses débuts à la très technique commission des Finances.

Sur la forme, beaucoup n'ont pas l'aisance de leurs collègues d'extrême gauche, que l'expérience militante a souvent transformés en tribuns aguerris.

Mais à la différence des "politiciens professionnels", LREM revendique de connaître la "vraie vie".

"Avez-vous déjà été licenciés ? Avez-vous déjà été au chômage plus d'un an ?", lançait mardi le député "marcheur" Jacques Marilossian à ses collègues de La France insoumise en expliquant qu'il avait, lui, connu de tels revers.

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MICROS OUVERTS

Renouvellement peut aussi rimer avec naïveté.

Les réseaux sociaux se sont ainsi nourris des maladresses d'une députée LREM de l'Aude évoquant les "cocktails" où l'on boit "du vin et du champagne" ou la difficulté d'un élu à conclure son intervention lors des très médiatisées questions d'actualité à l'Assemblée nationale.

Autre exemple récent : la colère envers ses collègues de la présidente LREM de la commission des lois, Yaël Braun-Pivet, oubliant que les micros étaient ouverts.

"On a une responsable du groupe LREM qui est inexistante" a-t-elle dit à propos de Paula Forteza, chargée des deux textes sur la moralisation de la vie publique. "En plus on a un groupe qui dort, qui ne sait pas monter au créneau, qui est vautré".

Il y a aussi de bonnes surprises, tel le rapporteur du texte sur la réforme du Code du travail, Laurent Pietraszewski. Des élus de tous bords saluent le sang-froid de cet ex-responsable des ressources humaines dans la grande distribution.

"Il maîtrise son sujet, il sait de quoi il parle et en plus il est toujours courtois", reconnaît un député Les Républicains qui entame, lui, son troisième mandat.

De même, les vice-présidents LREM de l'Assemblée, tous élus pour la première fois ce printemps, sont salués pour leur habileté à présider les séances avec souplesse et fermeté.

A la tête du groupe LREM, Richard Ferrand supervise le travail de la majorité dans cette première session extraordinaire, programmée jusque début août. "Il amène de l'autorité et la politique et on en a besoin", dit un député.

Les ennuis judiciaires liés à ses anciennes activités aux Mutuelles de Bretagne continuent toutefois à handicaper ce soutien de la première heure d'Emmanuel Macron.

"On n'a pas beaucoup vu M. Richard Ferrand en séance. Sera-t-il davantage présent la semaine prochaine lorsque nous examinerons le texte sur la moralisation de la vie publique ?", ironisait cette semaine un député Les Républicains.

VISITE SURPRISE DE MACRON

Mardi dernier, au ministère des Relations avec le Parlement, les députés "marcheurs" ont eu la surprise de recevoir la visite d'Emmanuel Macron, que beaucoup n'avaient jamais vu que de loin, le temps de quelques selfies et d'un discours façon stand-up.

De plus en plus critiqué sur le thème de l'autoritarisme, Emmanuel Macron a lâché du lest devant ses partisans.

"Il n'y a pas de caporalisme ici, il n'y a pas d'ordre jupitérien comme diraient certains", a dit le président. "Il y a une exigence commune. Mais après, c'est à vous de la réinventer avec des idées que ferez monter. Simplement, il faut toujours partager une philosophie et une volonté commune".

En rupture avec le quinquennat Hollande épuisé par la fronde de l'aile gauche du PS, les dirigeants de LREM veulent à tout prix éviter des déballages hors réunions de groupe.

"Je n'ai aucun problème avec cette discipline", dit Stanislas Guérini, l'un des porte-parole de LREM. "Dans six mois, on ne nous attaquera pas sur le côté 'mouton' alors que si on commence à s'écharper aujourd'hui, ça aura des conséquences."

Mais pour le député La France insoumise Eric Coquerel, des fissures ne sauraient tarder à apparaître à LREM au regard des contenus des textes sur la table, qu'il s'agisse de la réforme du Code du travail ou de la moralisation de vie publique.

"Pour l'instant, ils se comportent en majorité de godillots. Mais dans les couloirs, il y a des discussions entre eux, certains ont décidé de pas aller en séance pour voter certains amendements", a dit à Reuters l'élu de Seine-Saint-Denis.

"Beaucoup sont allés à En Marche pour rénover la vie politique, pas pour casser le Code du travail. J'espère que dans les mois à venir, on arrivera à instiller un peu plus de doutes encore."

(Avec Emile Picy, édité par Yves Clarisse)

reuters.com

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