Guerre des mots entre les Etats-Unis et la Corée du Nord
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par Christine Kim et James Oliphant
SEOUL/BEDMINSTER, New Jersey (Reuters) - Le ton est brutalement monté entre les Etats-Unis et la Corée du Nord, Donald Trump promettant mardi soir "le feu et la fureur" à Pyongyang en cas de nouvelles menaces avant que le régime de Kim Jong-un ne réplique en disant "examiner soigneusement" un projet de frappe contre l'île de Guam, territoire américain dans le Pacifique.
"La Corée du Nord ferait mieux de ne plus proférer de menaces envers les Etats-Unis. Elles se heurteront à un feu et à une fureur que le monde n'a encore jamais vus", a prévenu le président américain depuis son golf privé de Bedminster, dans le New Jersey, où il avait convié la presse pour un briefing portant sur la lutte contre l'essor de la consommation de drogues aux Etats-Unis.
Quelques heures plus tôt, il se félicitait sur Twitter que des pays se soient unis "pour répondre enfin aux dangers posés par la Corée du Nord" après l'adoption à l'unanimité par le Conseil de sécurité des Nations unies d'une nouvelle résolution durcissant les sanctions contre la Corée du Nord.
Pyongyang n'a pas tardé à franchir à son tour un nouveau pas dans cette guerre des mots, faisant savoir par le biais de l'agence officielle de presse KCNA que l'Armée populaire de Corée "examinait soigneusement" un projet de frappe sur l'île de Guam, territoire américain du Pacifique où vivent 163.000 personnes et qui abrite deux bases militaires des forces américaines.
D'après un porte-parole de l'armée nord-coréenne, ce projet de frappe sur Guam pourra être "mis en pratique" à tout moment dès que le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un aura pris une décision.
La Corée du Nord a accusé en outre les Etats-Unis de préparer une "guerre préventive" et a déclaré que toute mise à exécution de ce plan déclencherait "une guerre totale effaçant tous les fiefs des ennemis, notamment le territoire américain".
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Située à 3.400 km environ au sud-est de Pyongyang, l'île de Guam, dans l'archipel des Mariannes, abrite une base de la marine américain où est stationné un escadron de sous-marins ainsi qu'une base aérienne.
Son gouverneur, Eddie Calvo, qui a été en contact avec la Maison blanche, a minimisé la menace nord-coréenne et a assuré que l'île était parée "à toute éventualité". Washington n'a recommandé aucun changement dans le niveau d'alerte du territoire, a-t-il précisé dans une vidéo publiée en ligne. "Guam est un territoire américain, nous ne sommes pas qu'une installation militaire", a-t-il ajouté.
MINIATURISATION
Pyongyang, qui a effectué son premier essai nucléaire souterrain en octobre 2006 et poursuit parallèlement le développement de missiles balistiques intercontinentaux (ICBM), ne cache pas ses ambition d'accéder au statut de puissance nucléaire et, au nom de sa souveraineté et de son droit à la légitime défense, a ignoré les appels et les sanctions de la communauté internationale exigeant qu'elle mette un terme à ses programmes nucléaire et balistique.
Le Washington Post, citant des responsables des renseignements américains, rapportait mardi que la Corée du Nord était parvenue à produire une tête nucléaire miniaturisée susceptible d'équiper ses missiles.
Contactés par Reuters, plusieurs responsables de la communauté américaine du renseignement ont cependant estimé que rien ne prouvait que Pyongyang ait réussi à construire à la fois des ICBM, une tête nucléaire miniaturisée et une coiffe de missile suffisamment solide pour porter cette charge.
Les deux tirs expérimentaux menés les 4 et 28 juillet par la Corée du Nord suggèrent des progrès techniques, a noté pour s part le ministère japonais de la Défense dans son rapport annuel publié mardi.
Washington s'est dit prêt à faire usage de la force si nécessaire pour mettre fin au développement de l'armement nord-coréen, mais a dit favoriser la voie diplomatique et l'adoption de sanctions.
APPELS À LA RETENUE ET À LA PRUDENCE
La Chine, seul allié de poids de la Corée du Nord mais qui ne voit pas d'un bon oeil les avancées technologiques de Pyongyang, a estimé que la situation était "complexe et délicate".
Dans un communiqué, le ministère des Affaires étrangères "appelle toutes les parties à maintenir le cap principal vers un règlement politique de la question nucléaire dans la péninsule coréenne et d'éviter les mots ou les actes susceptibles d'intensifier la problème et d'aggraver la situation".
A Séoul, un haut responsable de la Maison bleue, la présidence sud-coréenne, a rejeté l'emploi du terme de "crise" pour qualifier la situation dans la péninsule et réaffirmé que le gouvernement sud-coréen considérait toujours qu'il existe une forte possibilité de résoudre la question pacifiquement.
Il a ajouté que la Corée du Nord devait comprendre que ses provocations ne font qu'accroître son isolement et a appelé Pyongyang à répondre à la proposition de dialogue du président sud-coréen Moon Jae-in, élu en mai dernier.
Aux Etats-Unis, des voix se sont élevées après la sortie de Trump, dont le sénateur républicain John McCain a déploré le manque de prudence. "J'objecte aux commentaires du président car il faut être certain d'être en mesure de faire ce que l'on dit", a dit le sénateur de l'Arizona dans un interview radiophonique.
Ancien diplomate passé par plusieurs administrations républicaines, Douglas Paal, aujourd'hui chercheur au Carnegie Endowment for International Peace de Washington, a fortement déconseillé au président américain de s'engager dans une guerre des mots avec Pyongyang.
"Cela pourrait être satisfaisant au premier abord, mais cela nous entraîne dans la boue où nous devrions laisser Pyongyang se prélasser seul", a-t-il dit.
Techniquement, les Etats-Unis sont toujours en état de guerre avec la Corée du Nord, la guerre de 1950-1953 ayant abouti à la division de la péninsule s'étant terminé par un simple armistice, et non un traité de paix.
Ils disposent de 28.500 soldats stationnés en Corée du Sud, 54.000 au Japon. Et des dizaines de milliers d'Américains travaillent dans ces deux pays.
Séoul, la capitale sud-coréenne, et sa dizaine de millions d'habitants, ne se trouvent qu'à une cinquantaine de kilomètres de la DMZ, la zone démilitarisée qui marque la frontière entre les deux Corées, à portée de tir de la Corée du Nord.
Mercredi matin, les principales Bourses européennes ont ouvert dans le rouge, la soudaine flambée de tensions verbales entre les Etats-Unis et la Corée du Nord se traduisant par un regain d'aversion au risque au détriment des actions et en faveur des emprunts d'Etat, du yen et de l'or.
"Les tensions vont continuer à monter et pourrait au final se transformer en un 'cygne noir' (ndlr, une éventualité à la probabilité faible mais qui aurait des conséquences exceptionnelles si elle se réalisait)", note Steve Hanke, professeur d'économie appliquée à la Johns Hopkins University.
(avec Soyoung Kim à Séoul, Amy Miyazaki et Tim Kelly à Tokyo, Doina Chiacu et Idrees Ali et David Brunnstrom à Washington, Maureen N. Maratita à Guam, Ben Blanchard à Pékin; Julie Carriat et Henri-Pierre André pour le service français)
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