Visite délicate pour le pape en Birmanie en pleine crise des Rohingyas
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Des milliers de catholiques affluent a rangoun pour voir le pape
JORGE SILVA
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Des milliers de catholiques affluent a rangoun pour voir le pape
JORGE SILVA
par Yimou Lee et Philip Pullella
RANGOUN (Reuters) - Le pape François a entamé lundi en Birmanie un voyage particulièrement délicat pour le chef de l'Eglise catholique dans un pays majoritairement bouddhiste dont l'armée est accusée de se livrer à un "nettoyage ethnique" à l'encontre des musulmans Rohingyas.
Le souverain pontife se rendra ensuite au Bangladesh voisin, où quelque 620.000 Rohingyas ont fui depuis fin août pour échapper à ce qu'Amnesty International qualifie de "crimes contre l'humanité" commis par les militaires birmans.
L'armée a dirigé la Birmanie pendant des décennies et a cédé le pouvoir à un gouvernement civil conduit par Aung San Suu Kyi il y a deux ans, tout en continuant de tirer les ficelles dans l'ombre. Elle nie en bloc toutes les accusations de meurtres, viols, torture et déplacements forcés.
Dès son arrivée, François a eu un entretien de quinze minutes à la cathédrale Sainte-Marie de Rangoun avec le chef de l'armée birmane, le général Min Aung Hlaing.
D'après le porte-parole du Vatican, Greg Burke, les deux hommes ont discuté "de la grande responsabilité qu'assument les autorités du pays dans cette période de transition".
Dans l'avion qui le menait de Rome à Rangoun, François a défendu devant les journalistes sa décision de se rendre envers et contre tout en Birmanie : "Ils disent que c'est trop 'chaud'. Désolé, mais j'espère que ça sera au moins utile."
"ROHINGYA", MOT TABOU
Le souverain pontife a été accueilli à l'aéroport de l'ancienne capitale birmane par des représentants des différentes minorités ethniques du pays habillés en tenue traditionnelle. Des enfants lui ont remis des fleurs à sa descente de l'avion.
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Plusieurs milliers de catholiques se sont déplacés à Rangoun par train ou par autocar pour tenter d'apercevoir le pape.
"Cela n'arrive qu'une fois tous les mille ans", explique Win Min Set, qui a organisé la venue de 1.800 fidèles originaires de l'ouest et du sud du pays.
Ce voyage est si délicat que des conseillers du pape lui ont demandé d'éviter de prononcer le mot "Rohingya", pour ne pas provoquer un incident diplomatique qui pourrait avoir des conséquences néfastes pour la petite minorité catholique de Birmanie, qui compte environ 700.000 fidèles sur 51 millions d'habitants.
Plus de 150.000 personnes se sont inscrites pour une messe que doit dire François mercredi à Rangoun, selon le porte-parole de l'église catholique de Birmanie, Mariano Soe Naing.
La police anti-émeute était présente en nombre lundi à Rangoun mais il n'y avait aucun signe de manifestants contre la visite papale.
"RÉCONCILIATION"
Comme l'armée, une grande majorité de Birmans considèrent les Rohingyas, dont le pape doit rencontrer une délégation lors de son escale à Dacca, comme des immigrés vivant illégalement dans l'Etat d'Arakan, frontalier du Bangladesh.
Ils sont considérés comme apatrides et la plupart d'entre eux n'ont pas de papiers d'identité birmans. Ils sont plus volontiers qualifiés de "Bengalis" que de "Rohingyas" pour insister sur leur origine étrangère.
Dans une vidéo adressée au peuple birman la semaine dernière, le pape François a souhaité que sa visite serve "la réconciliation, le pardon et la paix".
Selon certaines sources au Vatican, ce voyage aurait été décidé un peu précipitamment après la visite au Vatican en mai dernier d'Aung San Suu Kyi, prix Nobel de la paix en 1991.
Le souverain pontife doit aussi s'entretenir mardi avec la dirigeante birmane, critiquée pour son silence au début de la crise des Rohingyas mais qui a promis depuis que ceux qui ont fui au Bangladesh pourraient revenir en Birmanie.
Les deux pays ont signé jeudi un accord ouvrant la porte au rapatriement de centaines de milliers de réfugiés, à condition toutefois qu'ils puissent prouver qu'ils vivaient en Birmanie. Et s'ils ont le courage de rentrer.
Selon les Nations unies, des dizaines de villages dans lesquels ils vivaient ont été rasés et l'armée s'y est livrée à d'innombrables exactions.
Le Conseil des droits de l'homme de l'Onu devrait tenir le 5 décembre une session spéciale consacrée à cette crise, a-t-on appris lundi de sources onusiennes.
(Avec Thu Thu Aung, Danielle Rouquié, Tangi Salaün et Gilles Trequesser pour le service français)
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