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Visite tendue du président turc en Grèce

reuters.com  |   |  535  mots
Visite tendue du president turc en grece[reuters.com]
(Crédits : Costas Baltas)

ATHENES (Reuters) - Recep Tayyip Erdogan a entamé jeudi une visite d'Etat de deux jours en Grèce, la première d'un président turc dans ce pays depuis 65 ans, et les désaccords déjà anciens entre les deux voisins n'ont pas été mis de côté malgré le vernis des convenances diplomatiques.

Alliés au sein de l'Otan, Grecs et Turcs s'opposent notamment sur le dossier chypriote, le découpage territorial en mer Egée et la minorité musulmane dans le nord de la Grèce.

A la veille de sa visite, Erdogan a estimé que le traité de Lausanne, qui a défini en 1923 les frontières de la Turquie moderne, devait être révisé et "amélioré".

Accueillant son homologue turc à Athènes, le président grec Prokopis Pavlopoulos lui a fermement opposé une fin de non-recevoir, tout comme un peu plus tard le Premier ministre Alexis Tsipras.

Avant même l'arrivée d'Erdogan sur le sol grec, le ton de la visite était donné: les chasseurs F-16 de l'armée de l'air turque qui escortaient l'avion d'Erdogan n'avaient pu entrer dans l'espace aérien grec et avaient dû rebrousser chemin, a-t-on appris de source militaire.

Le traité de Lausanne "est la base de notre amitié et n'est pas négociable", a lancé Pavlopoulos à Erdogan, rappelant qu'il était professeur de droit.

Le président turc lui a répondu que ce traité était vieux de 94 ans, qu'il ne concernait pas seulement la Grèce et la Turquie mais bien d'autres pays et qu'il était censé assurer la protection de la minorité turque dans le nord de la Grèce.

"DISCRIMINATION"

Il a déploré que dans cette région, où il se rendra vendredi, les autorités grecques refusent de parler de "Turcs" et évoquent uniquement la minorité "musulmane". Il a même prononcé le terme "discrimination".

Turcs et Grecs se sont retrouvés trois fois au bord de la guerre depuis une quarantaine d'années - en 1974, 1987 et 1996 - à propos de la crise chypriote et du découpage territorial en mer Egée.

A ces différends anciens est venu s'ajouter l'an dernier le cas des militaires turcs réfugiés en Grèce après le putsch manqué contre Erdogan le 15 juillet 2016, et dont Ankara réclame l'extradition - une demande réitérée jeudi par Erdogan.

Lors d'une conférence de presse conjointe, Alexis Tsipras a souligné la nécessité d'améliorer la communication entre les deux pays, sur la base du respect mutuel, "en cette période critique (...) de tensions dans les relations gréco-turques, ainsi qu'au Proche-Orient et en Europe".

Il a souligné qu'il ne pouvait être question de revoir le traité de Lausanne et a demandé la fin des violations de l'espace aérien grec par des appareils turcs au-dessus de la mer Egée.

Mais il a aussi annoncé qu'Ankara et Athènes étaient convenus de reprendre des discussions "en vue de rétablir la confiance et la sécurité" entre les deux pays en tentant de faire disparaître les "malentendus".

(Michele Kambas avec Daren Butler et Ali Kucukgocmen à Istanbul; Guy Kerivel pour le service français, édité par Tangi Salaün)