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Wauquiez, à la conquête du pouvoir par le versant droit

reuters.com

Publié le 08 décembre 2017 à 10:19 - Mis à jour le 08 décembre 2017 à 10:20

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par Simon Carraud

PARIS (Reuters) - Brillant normalien devenu député à moins de trente ans puis jeune ministre, Laurent Wauquiez descend de cette lignée d'ambitieux qui conçoivent la vie politique comme une ascension méticuleuse vers les plus hautes fonctions, au prix si nécessaire de revirements et de violentes inimitiés.

A 42 ans, le voilà désormais candidat à la présidence des Républicains (LR), qu'il convoite depuis longtemps, et au titre officieux de premier opposant à Emmanuel Macron.

S'il est élu dimanche - ou le dimanche suivant en cas de second tour - il aura près de cinq ans devant lui pour écarter ses derniers concurrents à droite et s'ériger en candidat indiscutable à l'Elysée.

Cinq ans pour parachever sa métamorphose.

Car le conquérant d'aujourd'hui, parfois martial dans son expression, champion d'une droite identitaire, anti-élite et conservatrice, décrit comme un sauveur par les uns et craint par les autres, n'a plus grand-chose à voir avec le benjamin de l'Assemblée nationale qui répondait aux interviews avec des restes d'adolescence dans la voix.

Après avoir suivi le cursus des têtes les mieux faites de la République, le jeune énarque se place sous la tutelle de Jacques Barrot, un député à la fibre européenne et démocrate-chrétienne, qui lui lègue sa circonscription de Haute-Loire en 2004.

"En réalité, je n'ai jamais été centriste, mais j'ai succédé au centriste Jacques Barrot", dit-il dans une interview à l'hebdomadaire Causeur parue jeudi. "Jeune député à l'Assemblée nationale, j'ai fait le singe savant en récitant la partition qu'attendaient les médias."

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Il suit à cette époque une progression naturelle, qui passe par la mairie du Puy-en-Velay, conquise en 2008, et lui permet d'entrer au gouvernement au début du quinquennat Sarkozy, d'abord en qualité de secrétaire d'Etat, puis comme ministre des Affaires européennes et enfin de l'Enseignement supérieur.

La première rupture sensible date de 2011, lorsqu'il parle de l'"assistanat" comme d'un "cancer de la société française" et prône parallèlement l'instauration d'un travail obligatoire pour les bénéficiaires du Revenu de solidarité active (RSA).

Nouvelle étape, en 2013, quand il défile dans les rues de Paris, sempiternelle parka rouge sur le dos, contre l'ouverture du mariage aux couples de même sexe.

Et, en 2014, il fait sa profession de foi eurocritique avec un livre, "Europe, il faut tout changer", dans lequel il préconise un retour à un "noyau dur" de six pays et l'affirmation d'un protectionnisme européen.

Colère de cadres de son parti, y compris de Jacques Barrot qui le désavoue publiquement.

"L'Union européenne mérite mieux que ce livre inspiré par je ne sais quel populisme en cours aujourd'hui", écrit-il dans Les Echos. "On y trouve tous les ingrédients qui nous renvoient au siècle dernier avec un protectionnisme qui a montré ses limites en attisant la peur de l'autre."

C'est l'histoire d'une "libération progressive des carcans", selon le récit qu'en fait Laurent Wauquiez dans Causeur.

"BRUXELLES, ÇA SUFFIT"

Il sollicite un temps les services de Patrick Buisson, le sulfureux conseiller venu de l'extrême droite qui a soufflé à l'oreille de Nicolas Sarkozy à son apogée.

Les modérés sursautent à nouveau pendant la campagne pour les régionales de 2015, lorsqu'ils lisent un tract affichant les slogans "Immigration, ça suffit" et "Bruxelles, ça suffit", et encore il y a un mois en découvrant une virulente charge anti-Macron dans le Journal du dimanche.

Laurent Wauquiez y décrit un "enfant capricieux", un "adulte arrogant", "le plus parisien des présidents qu'on ait jamais eu", un être "hanté par une haine de la province", ce qui lui vaut un appel à la modération de la part du président du Sénat, Gérard Larcher.

"Quand je l'entends discourir, j'ai envie de quitter la salle", grince un élu "juppéiste".

L'un de ses soutiens actuels reconnaît en privé sa stupéfaction devant certaines déclarations mais, précise-t-il, son favori "sait quand il pousse le bouchon un peu loin".

Lui revendique son positionnement "vraiment de droite" et le droit de "ne pas plaire à tout le monde", de mener des charges "sabre au clair".

Pour son directeur de campagne, Geoffroy Didier, les mutations de Laurent Wauquiez sont à porter à son crédit : "Il est le seul pour lequel cette question se pose. Ce n'est pas forcément une mauvaise chose de changer d'avis. Cette évolution lui serait beaucoup moins reprochée si elle avait eu lieu dans l'autre sens", dit-il à Reuters.

"On peut reprocher beaucoup de choses à Wauquiez, sauf d'être intéressé par le pognon", juge un dirigeant de LR. "Lui ne veut que le pouvoir."

(Avec Ingrid Melander, édité par Yves Clarisse)

reuters.com

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