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L'Iran durcit le ton face aux manifestants

reuters.com

Publié le 31 décembre 2017 à 10:31 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 01:31

L'iran durcit le ton face aux manifestants

L'iran durcit le ton face aux manifestants

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par Bozorgmehr Sharafedin

LONDRES (Reuters) - Les autorités iraniennes ont durci le ton dimanche face aux manifestants qui protestent depuis quatre jours contre la vie chère et le gouvernement, avertissant qu'ils seraient sévèrement punis en cas d'infraction à la loi.

Le président Hassan Rohani, dans sa première réaction publique à ce mouvement de contestation, a reconnu au peuple le droit de manifester et de critiquer les autorités mais dit que cela ne devait pas déboucher sur des violences.

Et, a-t-il prévenu, "le gouvernement n'aura aucune tolérance pour ceux qui endommagent les biens publics, violent l'ordre public et fomentent des troubles dans la societé".

"Résoudre les problèmes n'est pas facile et prendra du temps", a-t-il ajouté, invitant la population à se joindre au gouvernement pour avancer dans cette direction.

Réélu en mai sur la promesse de garantir la liberté d'expression et de réunion, le président Rohani fait face, lui et les autorités religieuses qui dominent le pays, à un

mouvement de contestation qui semble prendre de l'ampleur.

D'abord organisés pour protester contre la hausse des prix dans un pays où l'inflation annuelle atteint 8%, les rassemblements ont pris un tour politique, fait rare en Iran.

Des slogans visant les mollahs, le président Rohani ou le guide suprême de la Révolution, l'ayatollah Ali Khamenei, ont été entendus sur les réseaux sociaux.

"A bas le dictateur", "Khamenei, honte à toi, laisse ce pays tranquille" ou encore "Ayez honte, les mollahs, laissez ce pays tranquille", a-t-on notamment entendu sur des vidéos.

HOMMAGE AU ROI REZA SHAH

D'après certains enregistrements, des manifestants ont même brisé un tabou en rendant hommage au roi Reza Shah, au pouvoir de 1925 à 1941 et dont la dynastie a été renversée par la révolution de 1979 qui a abouti à l'avènement de la République islamique conduite au début par l'ayatollah Ruhollah Khomeini.

Depuis jeudi, des dizaines de milliers d'Iraniens auraient pris part à ces rassemblements, un défi pour la police ou les gardiens de la Révolution, qui avaient supervisé la répression brutale du soulèvement de 2009 contre la réélection du président conservateur Mahmoud Ahmadinejad, en raison de leurs motivations économiques et de l'absence de leader.

Elles sont aussi un test pour le gouvernement de Rohani.

D'après la chaîne de télévision publique IRIB, la république islamique va couper l'accès à des réseaux sociaux comme Instagram ou des applications de messagerie sécurisée de type Telegram où circulent de nombreuses images de la contestation.

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Mais de nouvelles vidéos ont été mises en ligne dimanche, montrant des manifestants faisant face à des policiers équipés d'un canon à eau à Téhéran, sur la place Ferdowsi, au centre de la capitale.

Joint par téléphone, un habitant souhaitant rester anonyme a fait état d'une forte présence policière. "J'ai vu quelques jeunes gens arrêtés et embarqués à bord d'un fourgon de police. Ils ne laissent personne se regrouper", a-t-il ajouté.

De violents affrontements entre manifestants et forces de l'ordre ont été filmés à Shahin Shahr, dans le centre du pays, où des protestataires ont renversé et incendié une voiture.

Des rassemblements ont été signalés en outre à Khoramdareh, une ville de la province de Zanjan (nord-ouest), ou encore à Sanandaj et Kermanshah, dans l'ouest du pays, ainsi qu'à Chabanar (sud-est), Ilam et Izeh (sud-ouest).

TÉHÉRAN DÉNONCE DES "AGENTS ÉTRANGERS"

La véracité de ces vidéos ne peut pas être authentifiée, mais les autorités iraniennes ont confirmé la mort de deux manifestants tués par balles samedi soir à Doroud (ouest), premières victimes signalées depuis le début de la contestation.

Leur mort avait d'abord été annoncée via les réseaux sociaux. Elle a été confirmée dimanche matin par un responsable iranien, qui a attribué leur décès à des "agents étrangers".

"De violents affrontements ont éclaté lors du rassemblement illégal samedi à Doroud et deux personnes ont malheureusement été tuées", a déclaré le gouverneur adjoint de la province de Lorestan, cité par la télévision publique.

"Aucun coup de feu n'a été tiré par la police et les forces de sécurité", a ajouté Habibollah Khojastehpour. "Nous avons retrouvé la trace d'ennemis de la révolution, de groupes takfiris et d'agents étrangers dans ces affrontements."

Le terme takfiri désigne les islamistes radicaux sunnites.

Le ministre de l'Intérieur, Abdolreza Rahmani Fazli, a, comme le président Rohani après lui, adressé une mise en garde aux manifestants, diffusée par les médias officiels.

"Ceux qui endommagent les biens publics, enfreignent la loi et créent des troubles sont responsables de leurs actes et devront en payer le prix", a-t-il dit.

Des banques et des bâtiments publics ont été pris pour cibles et une moto de la police a été incendiée lors des manifestations qui ont débuté jeudi à Mashhad, deuxième ville du pays, avant de s'étendre à d'autres villes, dont Téhéran.

Ahmad Khatami, un imam ultraconservateur qui conduit les prières du vendredi à Téhéran, a comparé les manifestations à celles de 2009 et préconisé la peine de mort contre tous ceux qui scandent des slogans hostiles aux valeurs de la République islamique.

Aucun parti politique n'a appelé les Iraniens à descendre dans la rue et les opposants qui avaient galvanisé le mouvement post-électoral de 2009 sont aujourd'hui en résidence surveillée.

"LE PEUPLE IRANIEN COMMENCE À Y VOIR CLAIR"

Apportant une réponse à une partie des revendications de ce mouvement apparemment spontané, le gouvernement a renoncé à des augmentations prévues du prix des carburants et promis des subventions pour les plus pauvres.

"Nous tablons sur la création d'au moins 830.000 emplois l'année prochaine", a par ailleurs déclaré le porte-parole du gouvernement, Mohammad Baqer Nobakht, samedi soir à la télévision.

Mais les manifestants s'en prennent aussi au coût des interventions militaires en Syrie et en Irak dans le cadre de la lutte d'influence que l'Iran livre à l'Arabie saoudite.

A Shiraz, des manifestants ont arraché un portrait du général Qassem Soleimani, le puissant commandant de la force Al Qods, unité d'élite des gardiens de la Révolution qui supervise les opérations en Syrie, en Irak et ailleurs.

A l'étranger, le président américain, Donald Trump a poursuivi sa charge sur Twitter.

"Grandes manifestations en Iran. Le peuple commence finalement à y voir clair dans la manière dont leur argent et leurs richesses sont volées et dilapidées dans le terrorisme. Semble qu'ils ne l'accepteront plus", a-t-il tweeté.

Le président Rohani, dans son intervention, lui a dénié le droit de vouloir venir en aide aux Iraniens puisque, a-t-il rappelé, il a qualifié "la nation iranienne de terroriste il y a quelques mois".

(Jean-Stéphane Brosse, Henri-Pierre André et Gilles Trequesser pour le service français)

reuters.com

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