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Relaxe quasi générale pour les huit de Tarnac

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Publié le 12 avril 2018 à 09:49 - Mis à jour le 12 avril 2018 à 13:10

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par Emmanuel Jarry

PARIS (Reuters) - Le tribunal correctionnel de Paris a prononcé jeudi une relaxe quasi générale pour huit militants anticapitalistes du groupe dit de Tarnac au terme d'un procès qui a surtout été celui des errements d'une enquête et de neuf années de procédure.

Julien Coupat, 43 ans, et son ex-compagne Yildune Lévy, 34 ans, accusés d'avoir saboté une caténaire de ligne TGV en 2008, ce qu'ils ont toujours nié, ont ainsi été relaxés de ces faits et de l'accusation d'association de malfaiteurs.

Ils n'ont été reconnus coupables que de refus de prélèvement d'ADN mais la présidente du tribunal, Corinne Goetzmann, les a dispensés de peine compte tenu de l'ancienneté des faits et des "éléments de personnalité" les concernant.

Cinq autres prévenus (trois hommes et deux femmes), dont deux jugés pour association de malfaiteurs, ont également été relaxés. Un seul, Christophe Becker, 41 ans, a été condamné à quatre mois de prison avec sursis pour recel de vol de cartes d'identité et tentative de falsification de documents.

Julien Coupat, pourtant très prolixe pendant le procès, et cinq autres prévenus n'ont pas assisté à la lecture du jugement à laquelle était en revanche présente Yildune Lévy.

Julien Coupat était considéré à l'époque des faits par les enquêteurs comme le chef et l'idéologue de militants vivant en communauté dans le village corrézien de Tarnac et présentés par les pouvoirs publics d'alors comme des terroristes en puissance de la mouvance "anarcho-autonome".

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Mais le dossier s'est dégonflé au fil des ans et la Cour de cassation a définitivement écarté la qualification terroriste le 10 janvier 2017. Le ministère public avait finalement requis le 28 mars des peines symboliques évitant aux huit la case prison.

Le tribunal est allé plus loin. Au point que sa présidente a mis en doute la réalité même de l'existence d'un "groupe de Tarnac", au terme de trois semaines de procès.

"L'audience a permis de comprendre que le 'groupe de Tarnac' était une fiction et qu'avaient été regroupées sous cette dénomination des personnes qui ne se connaissaient pas entre elles", a déclaré Corinne Goetzmann.

"ERREURS" ET "INSUFFISANCE"

Elle a pointé du doigt les nombreuses zones d'ombre du dossier, les errements de l'enquête, qui ont "vicié" selon le tribunal la recherche et l'établissement de la vérité.

Elle a notamment critiqué les faiblesses d'une pièce clef de l'accusation, le PV de surveillance de Julien Coupat et Yildune Lévy par 17 policiers de la sous-direction antiterroriste de la police judiciaire (SDAT) et du renseignement intérieur (DCRI) le 7 novembre 2008 et la nuit de 7 au 8, celle du sabotage.

Cette nuit-là, des cavaliers en fer à béton posés sur les caténaires de lignes TGV perturbent le trafic SNCF. Mais faute d'éléments probants pour trois de ces actes, l'accusation ne retient que celui de Dhuisy (Seine-et-Marne), lieu près duquel la police dit avoir repéré Julien Coupat et Yildune Levy.

La présidente du tribunal a jugé "extrêmement ténue" la "valeur probante" du fameux PV D104, en raison de ses "erreurs factuelles", "insuffisances" et "imprécisions".

Corinne Goetzmann a aussi déploré qu'aucune "investigation sérieuse" n'ait été menée sur deux revendications en Allemagne des actes de la nuit du 7 au 8 novembre 2008, dont le mode opératoire ressemblait à celui de militants anti-nucléaires.

Quant aux livres et documents relatifs aux mouvements anti-nucléaires et autonomes saisis lors des perquisitions, ils ne sont qu'un "élément de contexte", pas de preuve, a-t-elle dit.

Les avocats des prévenus ont salué le fait que neuf ans d'"acharnement" et d'"instruction à charge" soient "balayés".

"Le tribunal a sifflé la fin de la partie et rappelé que le droit français est régi par un certain nombre de principes", a ainsi déclaré Me Jérémie Assous, avocat de sept prévenus. "C'est un désaveu cinglant de certaines méthodes de l'antiterrorisme", a renchéri Me Marie Dosé, avocate de Yildune Lévy.

Quant à sa cliente, elle en a tiré la conclusion qu'il ne fallait "jamais lâcher" : "Il ne faut jamais cesser de se battre contre toutes les machines à broyer, quelles qu'elles soient, de l'antiterrorisme jusqu'aux tractopelles à Notre-Dame-des-Landes aujourd'hui", a dit à des journalistes Yildune Lévy.

(Edité par Yves Clarisse)

reuters.com

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