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Le nouveau président cubain, un apparatchik énigmatique

reuters.com

Publié le 18 avril 2018 à 08:20 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 01:04

Le nouveau president cubain, un apparatchik enigmatique

Le nouveau president cubain, un apparatchik enigmatique

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par Sarah Marsh et Nelson Acosta

SANTA CLARA/LA HAVANE, Cuba (Reuters) - L'homme qui devrait devenir le prochain président de Cuba appartient à une nouvelle génération de dirigeants communistes favorables à une modernisation, mais c'est aussi un apparatchik du parti qui ne devrait pas mener de changement politique radical et sera jugé ses capacités économiques.

Miguel Diaz-Canel, qui aura 58 ans le 20 avril, est Premier vice-président des Conseils d'État et des ministres depuis février 2013. Il devrait être nommé par l'Assemblée nationale jeudi comme successeur du président Raul Castro, 86 ans. Il sera le premier dirigeant à être né après la révolution de 1959.

Ingénieur électronicien de formation, Miguel Diaz-Canel est souvent apparu plus en phase avec son époque que ses prédécesseurs Fidel et Raul Castro et leurs treillis kaki, qui ont dirigé l'île depuis la révolution.

Quand il n'était encore qu'un jeune chef du Parti communiste en province, Miguel Diaz-Canel s'est opposé à l'orthodoxie du PC en soutenant un centre culturel favorable aux LGBT. Il aurait écouté de la musique rock et porté les cheveux longs.

Devenu dirigeant au niveau national, Miguel Diaz-Canel a appelé à une couverture plus critique des événements par les médias d'État. Il a également dit souhaiter un accès plus large à internet. Cuba est l'une des sociétés les moins connectées au monde. Il arrive souvent à ses réunions muni d'une tablette.

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Miguel Diaz-Canel apparaît toutefois comme un candidat de consensus. Il a su gagner la confiance de Raul Castro en gravissant les échelons depuis plus de trois décennies et en restant fidèle à la ligne du parti, indiquent les observateurs.

Ses récentes déclarations publiques ont mis l'accent sur le besoin de continuité et la nécessité de lutter contre l'impérialisme. Le message, rebattu et prononcé sur le ton de la provocation, intervient à un moment de tension renouvelée avec les États-Unis depuis l'arrivée de Donald Trump au pouvoir.

SE DÉVOILER

"Il y a des raisons de penser qu'il sera plus souple, plus moderne", estime Arturo Lopez-Levy, ancien analyste du gouvernement cubain qui a grandi dans la ville natale de Miguel Diaz-Canel à Santa Clara et enseigne à l'Université du Texas.

"Mais il n'y a aucune preuve permettant de dire que c'est un réformateur et de penser qu'il va abandonner le système du parti unique ou cesser de favoriser le secteur public par rapport au secteur non étatique", souligne-t-il.

Les véritables opinions politiques de Miguel Diaz-Canel restent fondamentalement une énigme. Faire campagne est interdit à Cuba et l'impétrant a évité de se mettre trop en avant pour ne pas finir comme d'autres prétendants au poste dont la carrière a pris fin justement à cause de ce genre d'attitude.

Beaucoup de Cubains, frustrés par la lenteur de la croissance économique sous les Castro, veulent espérer Michel Diaz-Canel attend simplement d'être nommé pour se dévoiler.

Cependant, sa marge de manœuvre sera limitée puisque le Parti Communiste reste la force politique principale et que Raul Castro en restera le Premier secrétaire jusqu'en 2021.

Certains membres de la petite communauté des opposants cubains ont par avance condamné la présidence de Miguel Diaz-Canel. Ils estiment qu'il n'y aura pas de changement majeur.

L'opposant Hildebrando Chaviano l'a qualifié de "Monsieur Personne" sans politique. Pour lui, les longues années au pouvoir de Fidel Castro ont engendré une génération d'adeptes, pas de dirigeants.

Fidel Castro a officiellement remis le pouvoir à son frère Raul en 2008. Il est décédé en 2016 à l'âge de 90 ans.

JOUR ET NUIT

En public, Miguel Diaz-Canel montre une attitude réservée, mais les habitants de Villa Clara, sa province natale, parlent d'un "homme du peuple" sympathique et qui agit.

Le président pressenti a grandi dans une modeste maison à la façade en stuc effritée dans un des quartiers de Santa Clara considérés par les habitants comme un des plus défavorisés de la capitale provinciale.

Élève brillant, selon un ancien professeur, il a enseigné à l'université avant d'entamer une carrière politique. Il devient chef du parti à Villa Clara pendant la crise économique cubaine des années 1990 après l'effondrement de l'allié soviétique.

Le carburant étant rare, il se rendait au travail à vélo plutôt qu'avec sa Lada de fabrication soviétique, à la différence des autres chefs du parti.

"Sa proximité avec les citoyens est sa marque de fabrique", déclare Ramon Silverio, 69 ans, propriétaire du centre culturel El Mejunje (Le mélange) de Santa Clara qui organise des soirées lesbiennes, gay, bisexuelles et transgenres (LGBT).

Il se souvient que Miguel Diaz-Canel a soutenu El Mejunje à une époque où l'homophobie était monnaie courante au sein du PC.

Grand travailleur, Miguel Diaz-Canel a lutté contre la corruption en effectuant des inspections surprise des entreprises d'État. Ce qui lui a valu le surnom de "Diaz y Noche" ("Jour et nuit"), un jeu de mot sur son nom et référence également au nom d'une série télévisée.

En 2003, Miguel Diaz-Canel a été nommé chef du parti dans la province de Holguin, centre touristique florissant attirant les investissements étrangers. Il a été appelé à La Havane en 2009 pour y être nommé ministre de l'Enseignement supérieur.

En 2013, Raul Castro a fait de lui son bras droit, le félicitant pour sa "fermeté idéologique".

"Il est l'homme en qui Raul a mis sa confiance et cela lui donne du crédit parmi les militaires et la vieille garde révolutionnaire", commente Carlos Alzugaray, un diplomate cubain à la retraite.

Mais n'étant pas un dirigeant historique, Diaz-Canel devrait surtout être jugé sur ses capacités économiques.

"Le nouveau président devra créer un nouveau consensus politique, il n'en héritera pas", déclare Rafael Hernandez, rédacteur en chef du magazine Temas, affilié au ministère de la Culture mais a pris un ton réformateur.

"Et dans deux ou trois mois, les gens se demanderont pourquoi leur vie ne s'est pas améliorée."

(Avec Marc Frank à La Havane et Patricia Zengerle à Washington; Danielle Rouquié pour le service français)

reuters.com

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