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Donald Trump et Kim Jong-un à Singapour pour un sommet inédit

reuters.com

Publié le 10 juin 2018 à 09:49 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 00:52

Kim jong-un attend donald trump a singapour

Kim jong-un attend donald trump a singapour

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par Soyoung Kim et Jack Kim

SINGAPOUR (Reuters) - Le président des Etats-Unis Donald Trump et le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un sont arrivés dimanche à Singapour, deux jours avant leur rencontre historique qui pourrait lancer la dénucléarisation de la Corée du Nord et sortir le pays de son isolement.

Donald Trump a atterri à la base aérienne de Paya Lebar à bord d'Air Force One, en provenance du Canada où il a assisté à un sommet du G7 tendu qui a mis en évidence le fossé qui sépare les Etats-Unis et leurs alliés sur de nombreux dossiers.

Le président américain a été accueilli à sa descente d'avion par le ministre singapourien des Affaires étrangères, Vivian Balakrishnan, comme Kim Jong-un l'avait été, auparavant.

Interrogé par un journaliste sur son sentiment au sujet de la rencontre de mardi, Donald Trump a répondu "très bien".

L'issue du sommet Trump-Kim est incertaine, mais leur simple rencontre, sur l'île de Sentosa, sur la côte sud de l'île-Etat, relève de l'Histoire. Les Etats-Unis et la Corée du Nord étant ennemis depuis la guerre de Corée (1950-1953), aucun président américain ne s'est jamais entretenu avec un dirigeant nord-coréen de visu ou même par téléphone.

Les deux hommes ont rendez-vous mardi à 09h00 (01h00 GMT) au Capella, un palace parmi les plus luxueux de Singapour.

Kim Jong-un, reconnaissable à coupe de cheveu atypique et à son costume Mao de couleur sombre, est arrivé à Singapour à bord d'un avion prêté par la Chine, le seul allié important de Pyongyang depuis des décennies.

Il était accompagné de son ministre des Affaires étrangères Ri Yong-ho et de Kim Yong-chol, un proche qui a joué un rôle-clé pour la mise en place du sommet de mardi.

LA JEUNE SOEUR DE KIM

La jeune sœur de Kim Jong-un, Kim Yo-jong, a été aperçue dans la délégation. Elle est apparue comme une figure influente du pouvoir à Pyongyang en février en dirigeant la délégation nord-coréenne aux Jeux olympiques d'hiver en Corée du Sud.

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Le président américain est accompagné de son secrétaire d'Etat Mike Pompeo, qui a rencontré à deux reprises Kim Jong-un, de son conseiller à la sécurité nationale, John Bolton, du secrétaire général de la Maison blanche, John Kelly et de sa pote-parole Sarah Sanders.

Le ton très dur adopté par John Bolton le mois dernier a failli faire capoter le sommet. Le conseiller à la sécurité nationale avait appelé la Corée du Nord à suivre le "modèle libyen" dans les négociations. La Libye a renoncé à son programme nucléaire en 2003, mais son dirigeant Mouammar Kadhafi a été tué en 2011 par des rebelles soutenus par l'Otan.

Samedi au Québec, Trump a déclaré qu'un éventuel accord avec Kim se ferait "sur le coup", insistant sur l'incertitude qui entoure l'issue cette rencontre historique.

"Nous sommes en territoire inconnu dans le sens le plus vrai", a déclaré le chef de la Maison blanche, dont des conseillers expliquaient cette semaine qu'il se fierait plus à son instinct qu'aux notes de ses collaborateurs.

Après avoir dit qu'il voulait que la Corée du Nord abandonne son programme de missiles nucléaires, Donald Trump a réduit ses ambitions. Il a déclaré que les pourparlers viseraient plutôt à établir une relation avec Kim Jong-un pour un processus de négociation qui nécessiterait plusieurs rencontres.

Selon Daryl Kimball, spécialiste de la non-prolifération à l'Arms Control Association, pour que le sommet soit un succès, il faut que Trump et Kim se mettent d'accord sur un cadre pour des négociations au niveau des experts, lesquels fixeront les différentes étapes précises.

AVANCÉES DE DERNIÈRE MINUTE

"A l'arrivée des dirigeants à Singapour, on ne sait toujours pas si Trump et Kim sont sur la même longueur d'onde sur les objectifs finaux, le rythme et le séquençage des nombreuses étapes de la dénucléarisation complète de la péninsule coréenne", souligne Daryl Kimball dans un message sur Twitter.

La porte-parole de la Maison blanche a annoncé que des responsables américains et nord-coréens tiendraient des discussions de travail lundi. La délégation américaine serait conduite par Sung Kim, un diplomate chevronné qui a récemment eu des entretiens avec des responsables nord-coréens.

Selon un responsable américain ayant requis l'anonymat, la réunion de lundi semble avoir pour but de réaliser des avancées de dernière minute avant le sommet, parce que les discussions précédentes de Sung Kim n'ont pas permis de réduire le fossé entre les deux parties sur ce qu'il faut entendre par dénucléarisation ni d'obtenir de Pyongyang des promesses réelles dans le sens du démantèlement de son arsenal nucléaire.

Kim Jong-un, qui séjourne à l'hôtel St Regis dans le centre de Singapour, a rencontré le Premier ministre singapourien, Lee Hsien Loong. Le président américain, qui séjourne à l'hôtel Shangri-La, selon la Maison blanche, doit le rencontrer lundi.

Dans le hall de l'hôtel St Regis, des gardes de sécurité nord-coréens le visage fermé ont averti les clients de ne pas prendre de photos alors que Kim se dirigeait vers sa limousine.

Quand un couple a voulu prendre une photo, un agent nord-coréen s'est précipité vers eux pour vérifier leur téléphone.

"Je les ai vus prendre une photo de notre dirigeant. Comment osent-ils ? Il ne faut pas", a déclaré cet homme à Reuters. Sous son oeil attentif, le client a dû effacer ses photos.

DÉJÀ UNE VICTOIRE POUR KIM

L'annonce spectaculaire de la possible tenue du sommet, début mars, a été suivie par une série d'aléas tout aussi surprenants qui ont culminé le 24 mai, lorsque Donald Trump, dans une lettre adressée à Kim, a décidé d'annuler leur rencontre. Mais dans les 24 heures qui ont suivi ce revirement, le président américain réactivait le projet.

"Kim Jong-un veut faire quelque chose de grand pour son peuple et il en a l'occasion, mais il n'en aura pas d'autres", a-t-il prévenu samedi au Canada, ajoutant qu'il saurait "en moins d'une minute" si Kim est sérieux. Dans le cas contraire, a-t-il dit, il ne prolongera pas leur discussion.

Sous la conduite de Kim Jong-un, la République populaire démocratique de Corée (RPDC), qui a procédé à six essais nucléaires, le dernier en septembre 2017, a réalisé d'importants progrès en matière de missiles balistiques.

Au point que, fin novembre, après un nouveau test de missile intercontinental, le régime a affirmé être en mesure de pouvoir atteindre les Etats-Unis en tous points de leur territoire.

Washington et Pyongyang étaient alors engagés dans une dangereuse escalade verbale, Trump menaçant de déclencher "le feu et la fureur" contre la Corée du Nord puis, à la tribune de l'Onu, de la "détruire totalement". Kim Jong-un de son côté qualifiait le président américain de vieillard gâteux et faisait examiner un projet de frappe balistique sur l'île de Guam.

Jusqu'à ce que Kim Jong-un, dans le cadre d'une médiation sud-coréenne à la faveur de la trêve olympique de Pyeongchang, propose à Trump qu'ils se rencontrent pour discuter dénucléarisation. Et que Trump s'empresse d'accepter.

Ce sommet est déjà une victoire pour Kim Jong-un, qui réalise un objectif ancien que son grand-père Kim Il-sung puis son père Kim Jong-il n'ont pu accomplir: s'asseoir à la même table que le président de la première puissance mondiale pour être reconnu en égal et affirmer la légitimité de la RPDC.

Kim, dont l'exercice du pouvoir mêle pragmatisme et brutalité - les services sud-coréens du renseignement estiment que 340 officiers de haut rang ont été purgés ou exécutés sous son règne -, a annoncé en avril la fin des essais nucléaires.

Mais nombre d'observateurs doutent qu'il renonce totalement à ses armes atomiques, considérées comme une assurance-vie pour son régime communiste dynastique.

(Avec Dewey Sim, Aradhana Aravindan, Joyce Lee et Grace Lee; Henri-Pierre André et Danielle Rouquié pour le service français)

reuters.com

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