Yémen: Vaste offensive de la coalition sunnite contre le port d'Hodeïda
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par Mohammed Ghobari et Mohamed Mokhashef
ADEN (Reuters) - Les forces fidèles au président yéménite en exil ont lancé mercredi, avec le soutien de la coalition arabe conduite par l'Arabie saoudite, une vaste offensive contre Hodeïda, le principal port du Yémen toujours aux mains des miliciens houthis.
Cette attaque, la plus importante par les effectifs et les moyens jamais lancée depuis le début de la guerre, inquiète les Nations unies et les organisations humanitaires qui redoutent un désastre pour la population civile. Selon l'Onu, 22 millions de personnes ont besoin d'aide humanitaire et plus de huit millions sont au bord de la famine.
Les avions et les navires de guerre de la coalition sunnite ont pilonné les positions des Houthis pour faciliter la progression des troupes yéménites massées au sud de la ville, a expliqué un communiqué du gouvernement yéménite en exil.
Un représentant des Houthis a toutefois annoncé que les miliciens chiites ont empêché les forces de la coalition de débarquer au port d'Hodeïda, bloquant ainsi leur offensive.
"La coalition saoudienne n'a pas du tout avancé à Hodeïda", a déclaré Dayfallah al Shami à la chaîne de télévision libanaise Al Mayadeen, pro-iranienne.
Des soldats et des véhicules militaires ont été déployés par les Houthis dans le centre-ville et près du port, a rapporté un habitant, et de nombreux civils fuient vers le Nord et vers l'Ouest.
Selon l'ONG CARE International, l'une des rares organisations internationales qui opèrent à Hodeïda, la ville a été visée mercredi matin par une trentaine de frappes aériennes en l'espace d'une seule demi-heure.
"Des civils se retrouvent pris au piège, d'autres sont forcés de quitter leur maison. Nous pensions que la situation ne pouvait pas être pire mais nous nous trompions", a déclaré la directrice locale de CARE, Jolien Veldwijk.
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Des témoins font état de "bombardements intenses et concentrés" près de la zone portuaire, rapporte la chaîne de télévision saoudienne Al Arabiya.
Quelque 600.000 personnes vivent à Hodeïda et dans ses environs. Les quatre cinquièmes des biens de première nécessité importés au Yémen transitent par son port.
SITUATION HUMANITAIRE CATASTROPHIQUE
Malgré les combats, les Nations unies continuent de fournir de l'aide humanitaire.
"Nous ne quittons pas Hodeïda (...) Un de nos bateaux décharge de la nourriture alors même que les bombardements se produisent", a déclaré par téléphone à Reuters la coordinatrice humanitaire de l'Onu pour le Yémen, Lisa Grande, depuis Sanaa.
A la demande de la Grande-Bretagne, le Conseil de sécurité de l'Onu doit se réunir jeudi pour discuter de cette attaque sur Hodeïda, ont annoncé des diplomates.
L'envoyé spécial de l'Onu pour le Yémen, Martin Griffiths, a fait part de son inquiétude concernant l'escalade militaire.
"Nous demandons (à toutes les parties) de faire preuve de retenue et de s'associer aux efforts politiques en vue d'épargner à Hodeïda une confrontation militaire", a-t-il écrit sur Twitter.
Une source militaire a précisé que 21.000 hommes avaient été mobilisés pour cette attaque, notamment des soldats soudanais et émiratis, des séparatistes du Sud-Yémen et un bataillon commandé par un neveu du défunt président yéménite Ali Abdallah Saleh.
L'opération "Golden Victory" a été lancée après un ultimatum des Emirats arabes unis, l'une des deux grandes puissances de la coalition.
Abou Dhabi avait appelé les Houthis, des chiites appuyés par l'Iran qui contrôlent le nord du pays dont la capitale, Sanaa, à se retirer au plus tard mardi du port d'Hodeïdah, dans le cadre de discussions menées sous l'égide de l'Onu.
PREMIERE
C'est la première fois depuis que les armées étrangères sont entrées en guerre en 2015 pour ramener au pouvoir le président yéménite Abd-Rabbou Mansour Hadi, exilé en Arabie saoudite, que la coalition tente de s'emparer d'une grande ville aussi bien défendue.
Les troupes yéménites et émiraties ont progressé ces derniers jours le long de la côte sud-ouest jusqu'à la périphérie de la ville dans le cadre d'une stratégie visant à contenir les Houthis à Sanaa et, en coupant leur principale voie d'approvisionnement, à les forcer à négocier.
Les alliés occidentaux de l'Arabie saoudite, qui vendent des armes aux États de la coalition, n'ont pas dit publiquement s'ils approuvaient l'opération de reconquête d'Hodeïda.
Quatre organisations humanitaires ont écrit à Emmanuel Macron pour lui demander de faire pression sur l'Arabie saoudite et les Emirats arabes unis afin d'éviter une "catastrophe" dans le port d'Hodeïda.
Le ministre britannique des Affaires étrangères, Boris Johnson, a dit que le gouvernement britannique était en contact avec la coalition afin de s'assurer que l'opération respectait les lois internationales en matière de sécurité des civils.
A Washington, le représentant du département d'Etat américain chargé du Proche-Orient, David Satterfield, a dit aux parlementaires que les Etats-Unis ne prenaient pas part à cette opération, sans préciser si Washington continuait d'apporter de l'aide à la coalition au niveau logistique notamment.
(Avec Stephanie Nebehay à Genève, Hesham Hajali au Caire, Hadeel Sayegh à Dubai, Yara Bayoumy à Washington; Danielle Rouquié, Tangi Salaün, Jean-Philippe Lefief, Guy Kerivel et Jean Terzian pour le service français)
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