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Zone euro: Macron en quête de concessions d'une Merkel affaiblie

reuters.com

Publié le 18 juin 2018 à 15:43 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 00:50

Zone euro: macron en quete de concessions d'une merkel affaiblie

Zone euro: macron en quete de concessions d'une merkel affaiblie

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PARIS (Reuters) - Emmanuel Macron tentera mardi d'obtenir d'Angela Merkel un accord pour renforcer les fondations de la zone euro malgré l'affaiblissement de la chancelière allemande, dont l'autorité est minée par les dissensions internes à sa coalition.

Les deux dirigeants se retrouveront au château de Meseberg, près de Berlin, pour un sommet franco-allemand, dix jours avant le Conseil européen de Bruxelles qui est condamné à l'échec si Paris et Berlin ne parviennent pas avant à un consensus.

Emmanuel Macron martèle depuis des mois que le moment est "historique" : l'Europe et la zone euro doivent se mettre en ordre de bataille face aux attaques portées par le président américain Donald Trump contre le multilatéralisme et le faire de manière ambitieuse pour leur permettre de surmonter les crises.

Le président français a exhorté l'Allemagne à surmonter ses "tabous" le 10 mai en recevant le Prix Charlemagne à Aix-la-Chapelle, devant Angela Merkel.

"De part et d'autre, nous devons savoir dépasser les replis, les musiques qui nous conduisaient au pire pour acter d'une chose, c'est que l'unité entre la France et l'Allemagne est la condition de possibilités de l'unité européenne qui seule nous permettra d'agir", avait-il conclu.

A Aix-la-Chapelle, puis dans un entretien publié le 3 juin dans la Frankfurter Allgemeine Sonntagszeitung, la chancelière s'était montrée ouverte, même si elle est restée vague.

"Oui, ce sont des discussions difficiles car les cultures sont différentes. Mais nous allons avancer sur l'union bancaire, sur l'union des marchés des capitaux, nous allons renforcer la zone euro, nous allons la rendre plus compétitive", avait-elle répondu dans son discours à l'occasion de la remise du prix.

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PERPLEXITÉ FRANÇAISE

La perspective d'une guerre commerciale avec les Etats-Unis, où l'Allemagne a le plus à perdre de tous les pays de l'Union, ainsi que la montée du populisme dans nombre d'Etats membres sont pour beaucoup dans cette volonté affichée d'un rapprochement avec Paris sur la zone euro, les deux dirigeants étant d'accord sur les autres dossiers comme l'immigration ou la défense européenne.

Mais à Paris, au-delà d'un optimisme affiché sur l'évolution des discussions, notamment des "marathons" de négociation entre les ministres des Finances des deux pays, Bruno Le Maire et Olaf Scholz, les responsables français sont perplexes devant les dégâts provoqués par les tensions sur l'immigration entre les deux pans de la droite au sein sa coalition.

Les Bavarois de l'Union Chrétienne-Sociale (CSU) et les chrétiens-démocrates de la CDU, le parti de la chancelière, se déchirent sur l'accueil des migrants et la CSU prône sur ce point une alliance avec l'Italie et l'Autriche, deux pays gouvernés par des populistes anti-immigration.

"Chacun joue sa propre partition au sein de la coalition", note un diplomate français. "L'autorité de la chancelière sur ses ministres n'est plus ce qu'elle était."

"On a le sentiment qu'Angela Merkel veut aller de l'avant mais qu'en sera-t-il exactement? On attend de voir."

En outre, la France n'entend pas accepter un accord a minima pour respecter les "tabous" allemands.

"Nous ne voulons pas d'un accord à tout prix, ce serait une erreur. Nous ne voulons pas d'un accord de façade. Si le message c'est : on a une petite réforme, ce serait contre-productif", explique un haut responsable français.

UN VRAI BUDGET DE LA ZONE EURO

Deux dossiers, l'achèvement de l'union bancaire et la création d'un budget de la zone euro, sont jugés cruciaux par la France pour donner à la monnaie unique des outils qui lui permettraient de traverser une crise autrement plus importante que celle dont sort à peine la Grèce - le spectre d'une faillite des banques italiennes est dans tous les esprits.

La France sait qu'il est trop tôt pour envisager un accord sur la mise en place d'un système européen définitif de garantie des dépôts bancaires (SEGD, EDIS) qui rassurerait les épargnants, après les piliers "supervision" et "résolution" (traitement des faillites) de l'union bancaire.

La France, disent ses diplomates, est consciente que le sujet n'est pas mûr, mais souhaite que le nécessaire soit fait pour parvenir à une garantie complète en 2024, date à laquelle 100% des besoins de remboursement d'un fonds national à bout de ressources seraient pris en charge par un instrument européen.

"A minima, le début des discussions nous paraît indispensable", souligne un diplomate français.

L'union bancaire ne sera efficace qu'en mettant en place un "backstop" (filet de sécurité en cas de "résolution bancaire", c'est-à-dire une faillite), estime la France, qui entend y arriver en 2024 et veut qu'il puisse être activé en quelques heures pour éviter la propagation d'une crise.

Enfin, si Angela Merkel s'est déclarée favorable à la proposition française de doter la zone euro d'une "capacité budgétaire", elle envisage un montant limité à deux chiffres en milliards d'euros (soit quelques dizaines de milliards d'euros) de dépenses d'investissement pour encourager les réformes chez les bons élèves de la zone euro.

La France souhaite pour sa part un budget équivalent à "plusieurs points du PIB de la zone euro", soit plusieurs centaines de milliards d'euros, chargé de faire de l'investissement mais aussi de la stabilisation en cas de crise, même si ses diplomates admettent pouvoir démarrer plus bas.

"Le but, ce n'est pas de faire le meilleur affichage de chiffres, c'est d'être crédible", souligne-t-on à l'Elysée. "Il y aura une trajectoire de montée en puissance, au début on ne commencerait pas avec des centaines de milliards d'euros".

(Yves Clarisse, avec Marine Pennetier, édité par Julie Carriat)

reuters.com

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