L'Italie bloque le sommet de l'UE, attend un accord sur les migrants
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L'italie bloque le sommet de l'ue, attend un accord sur les migrants
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par Francesco Guarascio et Gabriela Baczynska
BRUXELLES (Reuters) - L'Italie a bloqué jeudi l'adoption de déclarations communes au sommet européen de Bruxelles en réclamant aux autres pays qu'ils répondent d'abord à ses demandes sur la question des migrants, une initiative rare qui illustre les profondes divisions au sein de l'Union européenne.
Pour sa première participation à un sommet de l'UE, le président du Conseil italien, Giuseppe Conte, a surpris les autres chefs d'Etat et de gouvernement et contraint le président du Conseil européen, Donald Tusk, et celui de la Commission, Jean-Claude Juncker, à annuler une conférence de presse prévue jeudi soir.
"Comme un pays membre a réservé sa position sur l'ensemble des conclusions, aucune conclusion n'a été adoptée à ce stade", a annoncé un porte-parole de Donald Tusk dans un communiqué.
A la tête d'un gouvernement formé par le Mouvement 5-Etoiles, hostile à de nombreuses politiques menées dans l'UE, et la Ligue, formation d'extrême droite, Giuseppe Conte réclame que les autres pays de l'UE partagent le fardeau, notamment financier, de l'accueil des migrants secourus en Méditerranée.
Les dirigeants européens ont discuté jeudi d'un ensemble de sujets allant de la défense au commerce en passant par l'emploi, la croissance et la compétitivité. Habituellement, ils publient leurs conclusions, préparées à l'avance, une fois cette discussion terminée.
L'intervention de Giuseppe Conte peu avant leur dîner de travail, au cours duquel devait être abordée l'épineuse question des migrants, a tout bloqué.
D'après une source gouvernementale italienne, il est peu probable que Rome accepte un accord sur la politique migratoire qui ne prévoie pas une révision des accords de Dublin, une responsabilité commune dans les secours aux migrants et une hausse "significative" des fonds destinés à l'Afrique.
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La réforme des accords de Dublin, selon lesquels les dossiers des demandeurs d'asile doivent être traités par leur pays d'arrivée, et la hausse des financements pour l'Afrique doivent se concrétiser dès cette année sinon l'Italie rejettera probablement tout projet d'accord, a ajouté cette source.
MACRON S'ENTRETIENT AVEC CONTE
L'Italie acceptera la création de centres fermés pour migrants au sein de l'UE à condition que cette proposition jouisse d'un soutien unanime et que d'autres pays européens abritent aussi de telles structures, a poursuivi la source italienne.
D'après une source diplomatique française, Emmanuel Macron s'est entretenu avec Giuseppe Conte après que ce dernier a fait connaître sa position et le président français s'est livré avec lui "à un travail commun de corédaction" des conclusions du sommet sur les migrations.
Outre la France et l'Italie, plusieurs pays, dont Malte, l'Espagne et les Pays-Bas, sont d'accord sur les termes appelés à figurer dans les conclusions du Conseil européen sur ce sujet, a encore dit cette source.
Le gouvernement néerlandais a cependant fait savoir ensuite que les Pays-Bas n'étaient pas partie prenante de ce compromis et des diplomates européens ont déclaré que Malte, l'Espagne et les Pays-Bas avaient dans un deuxième temps retiré leur soutien à la création de centres pour migrants dans les pays volontaires de l'UE.
Plusieurs Etats membres, notamment dans l'est de l'Europe, refusent catégoriquement toute répartition obligatoire des migrants au sein de l'UE.
Ces profondes divisions au niveau européen pourraient avoir d'importantes répercussions en Allemagne, où la chancelière Angela Merkel paraît fragilisée.
Ses alliés bavarois exigent qu'elle revienne de Bruxelles avec un accord, sous peine, via leur chef de file et ministre fédéral de l'Intérieur Horst Seehofer, de renvoyer les migrants présents en Allemagne vers le pays de l'UE où ils se sont enregistrés.
Angela Merkel, qui avait ouvert les frontières de l'Allemagne à plus d'un million de réfugiés en 2015, s'oppose à une telle mesure et cet affrontement pourrait provoquer la chute de son gouvernement après seulement trois mois d'existence.
Une fermeture unilatérale des frontières de l'Allemagne pourrait aussi entraîner la disparition de fait de l'espace Schengen, au sein duquel les Européens peuvent circuler librement.
"L'Europe doit affronter de nombreux défis, mais sur celui des migrants, l'UE pourrait bien jouer son va-tout", a dit la chancelière allemande jeudi devant le Bundestag.
(Avec Philip Blenkinsop, Robert-Jan Bartunek, Alissa de Carbonnel, Robin Emmott, Jan Strupczewski, Noah Barkin, Richard Lough, Jean-Baptiste Vey, Elizabeth Piper, Andreas Rinke et Peter Maushagen; Bertrand Boucey pour le service français)
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