Victoire historique de la gauche à la présidentielle mexicaine
reuters.com

Lopez obrador largement elu a la presidentielle mexicaine
Carlos Jasso
reuters.com

Lopez obrador largement elu a la presidentielle mexicaine
Carlos Jasso
par Christine Murray et Diego Oré
MEXICO (Reuters) - Andres Manuel Lopez Obrador, 64 ans, a été élu dimanche à la présidence du Mexique pour un mandat de six ans, une victoire historique pour la gauche mexicaine sur fond de relations tendues avec les Etats-Unis de Donald Trump.
L'ancien maire de Mexico a remporté entre de 53% et 53,8% des suffrages, ce qui représente une élection à la tête de l'Etat mexicain avec la plus forte marge depuis les années 80. Il devance son rival le plus proche, Ricardo Anaya, de 30 points.
Ce scrutin est une énorme défaite pour le Parti révolutionnaire institutionnel (PRI), qui a dirigé le Mexique pendant 77 des 89 dernières années, et aussi pour le Pan (Parti d'action nationale), qui avait mis fin à l'hégémonie du PRI en 2000 avant de perdre le pouvoir en 2012.
Andres Manuel Lopez Obrador, que l'on surnomme AMLO, a promis de réduire les inégalités et d'éradiquer la corruption et les cartels de la drogue.
Sur le marché des changes, le peso était hésitant. Il s'est d'abord renforcé avant de baisser face au dollar.
Les investisseurs attendent maintenant de voir si AMLO aura les coudées franches pour gouverner. La formation qu'il a créée il y a quatre ans, le Mouvement de régénération nationale (Morena) pourrait se retrouver avec la majorité au Congrès, le Parlement mexicain, dont les deux chambres étaient également renouvelées dimanche.
Le nouveau président a nommé un homme d'affaires connu, Alfonso Romo, dans l'équipe qui sera chargée des questions économiques pendant la période de transition avant son investiture en décembre. Il est partisan d'une politique autorisant les investissements étrangers dans l'énergie.
L’actualité qui compte pour vous, chaque jour dans votre boîte mail.

Au poste de ministre des Finances, il a nommé un universitaire, Carlos Urzua.
"UNE AUTHENTIQUE DÉMOCRATIE"
Les rivaux d'AMLO, Ricardo Anaya, ancien président du Pan, et José Antonio Meade, qui portait les couleurs du PRI, ont rapidement concédé leur défaite.
Aux Etats-Unis, Donald Trump a félicité son futur homologue et en se disant impatient de travailler avec lui.
"Je suis très impatient de travailler avec lui. Il y a beaucoup à faire, ce qui profitera aux Etats-Unis et au Mexique!", a tweeté le président américain
Après l'annonce de la victoire d'AMLO, qui avait été un second malheureux aux précédents scrutins présidentiels de 2006 et 2012, des dizaines de milliers de personnes ont afflué sur la vaste place de Zocalo, dans le centre de Mexico.
Andres Manuel Lopez Obrador y a pris la parole peu après minuit, entouré de sa femme et de ses enfants.
"Le nouveau projet de notre pays sera d'essayer de trouver une authentique démocratie", a-t-il déclaré dans un discours au ton conciliant, en promettant l'indépendance de la banque centrale et la prudence économique, ainsi que le respect des libertés individuelles.
"Je veux entrer dans l'histoire en tant que bon président du Mexique", a-t-il déclaré.
Dans sa ville natale, Tepetitan, dans l'Etat de Tabasco (sud), les voisins se sont rassemblés sur la place du village au son des flonflons et des klaxons.
Lors de sa courte défaite à la présidentielle de 2006, Lopez Obrador, qui était déjà maire de Mexico, avait crié à la fraude et organisé des manifestations de rue. Beaucoup alors pariaient sur la fin de sa carrière politique.
"ÉRADIQUER LA CORRUPTION"
Patiemment, il a poursuivi sa marche en avant, montrant son intérêt pour les déshérités et visitant des villages reculés négligés par les autres dirigeants politiques.
Lopez Obrador est considéré comme le président mexicain le plus à gauche depuis Lazaro Cardenas qui, arrivé au pouvoir en 1934, avait distribué des terres aux paysans et nationalisé des entreprises industrielles, notamment pétrolières, contrôlées par l'étranger.
Comme Cardenas, Lopez Obrador s'est engagé à aider les paysans pauvres mais il a exclu d'ordonner des expropriations.
Il a durant la campagne assuré qu'il était le seul à pouvoir mettre fin à la "mafia du pouvoir" et à éradiquer la corruption, après les nombreux scandales qui ont émaillé le mandat du président sortant Enrique Pena Nieto.
Depuis que l'ancien président Felipe Calderon (Pan) a envoyé l'armée combattre les cartels de la drogue en 2007, 230.000 personnes ont été tuées dans cette guerre sans merci.
Lopez Obrador a annoncé qu'il allait tenter de trouver de nouvelles solutions pour mettre fin au bain de sang. Il a notamment évoqué une amnistie partielle pour certains collaborateurs des narcotrafiquants.
Il a fait savoir que, même président, il allait continuer à vivre dans sa maison, qui n'a rien de luxueux, et qu'il transformerait la résidence officielle du chef de l'Etat en centre artistique et culturel.
Il va aussi vendre l'avion présidentiel et réduire le salaire du chef de l'Etat.
Il est resté vague sur les détails de sa politique. Cherchant à séduire tout à la fois les partisans du nationalisme économique, la gauche libérale et les conservateurs sociaux, il a promis de combattre les inégalités, d'améliorer salaires et protection sociale et de réduire les dépenses budgétaires.
(Nicolas Delame, Danielle Rouquié et Guy Kerivel pour le service français)
reuters.com