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Benalla se présente en "maillon faible" utilisé pour atteindre Macron

reuters.com

Publié le 26 juillet 2018 à 08:29 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 00:42

Selon benalla, l'affaire est "l'opportunite" d'atteindre macron

Selon benalla, l'affaire est "l'opportunite" d'atteindre macron

Philippe Wojazer

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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PARIS (Reuters) - Alexandre Benalla admet dans un entretien paru jeudi avoir commis une "grosse bêtise" en se rendant aux manifestations du 1er-Mai en tant qu'observateur de la police mais, avec la révélation de l'affaire dans la presse, "c'était l'opportunité aussi d'atteindre le président de la République".

A l'origine de la tempête politico-judiciaire la plus puissante du début de quinquennat, l'ex-chargé de mission identifié dans une vidéo malmenant deux jeunes gens sur la place de la Contrescarpe, à Paris, revient dans le Monde sur les actions qui lui ont valu une mise en examen, les responsabilités des cadres de police et ses relations à l'Elysée.

SUR SA PRÉSENCE AU 1ER-MAI

Alexandre Benalla explique avoir été invité à titre d'observateur par Laurent Simonin, chef d'état-major à la préfecture. Il assure par ailleurs qu'Alain Gibelin, le directeur de l'ordre public et de la circulation (DOPC) était au courant de sa venue, puisqu'il lui aurait demandé lors d'un déjeuner quelques jours avant dans une dépendance de l'Elysée s'il venait toujours le 1er-Mai et avait reçu ses équipements.

"Il ment, et c'est même la deuxième fois qu'il ment", dit-il d'Alain Gibelin, qui a nié avoir autorisé la venue d'Alexandre Benalla et a déjà été contredit sur ce point par le commandement militaire de l'Elysée.

L'ex-chargé de mission affirme avoir reçu deux jours avant les manifestations de l'officier de liaison de l'Elysée "un casque, un ceinturon en cuir, un masque à gaz, un brassard police et une cotte bleue marquée police et un grade de capitaine dessus". Il dit avoir reçu ensuite un kit oreillette, un porte-radio puis des rangers et une radio.

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SUR SES ACTIONS LE 1ER-MAI

Alexandre Benalla raconte avoir pris la décision "d'y aller" pour "donner un coup de main" aux CRS qui recevaient des projectiles de deux "délinquants" qu'il juge "hystériques".

S'il reconnaît "une faute politique, d'image (...) et de faire abstraction des fonctions qui sont les miennes", il défend ses actions qu'il qualifie de vigoureuses, plutôt que de violentes. "Il n'y a aucun coup", dit-il.

"C'est ma nature, je suis trop engagé. Si je n'étais pas collaborateur de l'Elysée, je referais la même chose. Collaborateur de la présidence, je ne le referais pas", dit-il.

Au moment des faits, le major de police Mizerski qui l'accompagnait est "en retrait", dit-il. "Ce qui a été sous-dimensionné, ce n'est pas son action à ce moment-là, c'est le dispositif qui était censé encadrer un collaborateur du président", explique-t-il.

Plus tard, lors d'une réunion à la préfecture de police, en présence du préfet, d'Alain Gibelin et du ministre de l'Intérieur, il raconte que Gérard Collomb lui dit "Ça va? Qu'est-ce que tu fais là ?".

SUR LA SORTIE DE L'AFFAIRE DANS LA PRESSE

Selon l'ex-collaborateur d'Emmanuel Macron, qui a répondu au Monde, "des politiques et des policiers" qu'il ne nomme pas sont à l'origine des informations parues le 18 juillet dans le quotidien Le Monde.

"On a essayé de m'atteindre, de me tuer, et c'était l'opportunité aussi d'atteindre le président de la République", juge Alexandre Benalla, qui estime que "les gens qui ont sorti cette information sont d'un niveau important".

"C'est une façon d'attraper le président de la République par le colback. J'étais le point d'entrée pour l'atteindre, le maillon faible", dit-il.

SUR SON OBTENTION DE L'ENREGISTREMENT VIDÉO

Alexandre Benalla dit ne pas avoir sollicité, ni regardé la vidéo issue des images de vidéosurveillance qu'il dit avoir reçue le soir du 18 juillet, juste après la publication de l'article du Monde.

La présidence de la République a confirmé jeudi qu'Alexandre Benalla avait remis la vidéo extraite illégalement au conseiller spécial d'Emmanuel Macron, Ismaël Emelien, suscitant des doutes à l'Elysée sur l'origine du document.

A la suite de cela, le directeur de cabinet d'Emmanuel Macron a procédé le 20 juillet à un signalement au procureur de la République dans le cadre de l'article 40, en relatant les faits et en joignant le document vidéo dont il n'a pas été conservé de copie, a-t-on précisé.

SUR LA SANCTION DE L'ELYSÉE

"Je n'ai pas le sentiment d'avoir trahi le président de la République, j'ai le sentiment d'avoir fait une grosse bêtise", dit l'ex-adjoint au chef de cabinet de l'Elysée, mis en examen dimanche pour, notamment, "violences en réunion" et "immixtion dans l'exercice d'une fonction publique".

Après le 1er mai, il se voit infliger une suspension de 15 jours et Emmanuel Macron, à son retour d'un déplacement dans le Pacifique, lui reproche d'avoir commis une "faute grave".

Mais, ajoute Alexandre Benalla, "il m'explique que ça n'enlève pas la confiance qu'il a en moi mais que j'ai fait une grosse bêtise".

Patrick Strzoda et le chef de cabinet lui indiquent à son retour qu'il va prendre du "recul" en s'occupant exclusivement des événements circonscrits à l'Elysée. "Je le vis comme une humiliation", dit-il.

SUR SES RELATIONS AVEC EMMANUEL MACRON

Directeur de la sécurité du mouvement En marche ! en 2016, puis chargé de mission auprès du chef de cabinet du président à compter de l'entrée d'Emmanuel Macron à l'Elysée, Alexandre Benalla confie devoir s'occuper de ses affaires privées et de sa vie de "Français normal" avec Brigitte Macron.

Citant un premier contact "amical", il dément cependant toute familiarité. "Je l'ai toujours vouvoyé, il est président de la République, pas de familiarité entre lui et moi. Après, lui, il peut donner du 'tu', du 'vous',", dit-il.

SUR LES FRICTIONS AVEC LES SERVICES DE SÉCURITÉ

Alexandre Benalla reconnaît des friction "sous forme de non-dits" avec le groupe de sécurité de la présidence de la République (GSPR).

"Un gamin de 25 ans, qui n'a pas fait l'ENA, qui n'est pas sous-préfet - parce que je suis le seul à ne pas l'être dans l'équipe, je suis l'extraterrestre de la bande ! -, et en plus qui dit les choses, là où il n'y a que des non-dits, évidemment, ça suscite des rancoeurs", dit-il.

Ils balaie cependant les propos des syndicats de police, qui ont dit au Sénat qu'il "semait la terreur" parmi les fonctionnaires en estimant que ces derniers "ne disent que des conneries".

Il explique son autorité face à des policiers expérimentés par sa position auprès d'Emmanuel Macron.

"Tout à l'Elysée est basé sur ce que l'on peut vous prêter en termes de proximité avec le chef de l'Etat. Est-ce qu'il vous a fait un sourire, appelé par votre prénom, etc. C'est un phénomène de cour", dit-il.

SUR SES AVANTAGES

Alexandre Benalla avait signé à l'Elysée un contrat de chargé de mission pour toute la durée du mandat présidentiel, rémunéré 6.000 euros net par mois. Le 8 ou 9 juillet dernier, on lui remet les clés d'un appartement de fonction de 80 mètres carrés, attribué "par nécessité absolue de service".

Le collaborateur dispose en outre d'une carte d'accès à l'hémicycle de l'Assemblée, "demandée tout simplement parce que j'aime aller à la salle de sport de l'Assemblée", dit-il.

Il déclare outre avoir été autorisé à porter une arme dans l'exercice de sa mission, (un Glock), grâce à une demande portée par son supérieur Patrick Strzoda "sans appuyer" auprès du cabinet du préfet de police, après un refus du ministère de l'Intérieur.

Il confirme en outre détenir une habilitation secret-défense, à la suite d'"une enquête très poussée de la DGSI".

(Simon Carraud, Jean-Baptiste Vey et Julie Carriat, édité par Yves Clarisse)

reuters.com

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