Crise diplomatique entre l'Arabie saoudite et le Canada
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Ryad ne veut pas d'intrusion canadienne dans ses affaires domestiques
Chris Helgren
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Ryad ne veut pas d'intrusion canadienne dans ses affaires domestiques
Chris Helgren
RYAD/OTTAWA (Reuters) - L'Arabie saoudite a ordonné l'expulsion dans les vingt-quatre heures de l'ambassadeur du Canada en poste à Ryad et suspendu tout nouvel échange commercial avec le Canada en réponse à un appel d'Ottawa en faveur de la libération de militantes saoudiennes des droits des femmes.
La décision, annoncée dimanche soir par l'agence officielle de presse saoudienne SPA, porte également sur les échanges éducatifs et universitaires entre les deux pays, a rapporté lundi la chaîne de télévision saoudienne Al Arabia.
Elle illustre les limites des réformes que mène le prince héritier Mohamed ben Salman, qui s'est lancé dans un mouvement en faveur du changement social et économique sans pour autant relâcher le contrôle sur le militantisme politique.
Plus d'une dizaine de militantes des droits des femmes ont ainsi été arrêtées depuis le mois de mai. Les Nations unies ont demandé la semaine dernière la libération de militants des droits humains détenus en Arabie saoudite, notamment des femmes incarcérées pour avoir fait campagne contre l'interdiction faite aux femmes de conduire, interdiction désormais levée.
A Ottawa, le gouvernement canadien s'est dit lundi "sérieusement inquiet" de l'expulsion de son ambassadeur en l'Arabie saoudite.
"Nous cherchons à en savoir plus sur la récente déclaration du royaume d'Arabie saoudite", a déclaré la porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Marie-Pier Baril. "Le Canada défendra toujours la protection des droits humains, et donc forcément les droits des femmes, et la liberté d'expression dans le monde", a-t-elle ajouté.
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Dans le communiqué annonçant l'expulsion sous 24 heures de l'ambassadeur canadien et le rappel de l'ambassadeur saoudien en poste à Ottawa, le ministère saoudien des Affaires étrangères réaffirme l'engagement de Ryad à s'abstenir d'intervenir dans les affaires domestiques d'autres pays et réclame en retour l'absence d'ingérences étrangères dans ses propres affaires intérieures et ses relations avec ses citoyens.
"Tout autre pas du Canada dans cette direction sera considéré comme une reconnaissance de notre droit à interférer dans les affaires domestiques canadiennes", dit le document, qui ajoute que Ryad se "réserve le droit de prendre de nouvelles mesures".
Dans un communiqué, le ministère canadien des Affaires étrangères a déploré lundi soir l'annonce de l'expulsion de son ambassadeur et a asssuré que "le Canada défendra toujours les droits de la personne, incluant les droits des femmes et la liberté d'expression dans le monde entier. Nous n'hésiterons jamais à promouvoir ces valeurs et nous croyons que ce dialogue est essentiel à la diplomatie internationale".
LE DILEMME DES DIRIGEANTS SAOUDIENS
Les ambassadeurs du Canada et de l'Arabie saoudite sont actuellement en vacances, et non en poste dans leurs ambassades.
Les échanges commerciaux entre les deux pays se sont montés l'an dernier à 3,7 milliards de dollars. On ignore pour l'heure quel impact la décision saoudienne pourrait avoir sur un contrat de défense de 13 milliards de dollars signés en 2014 entre les deux pays.
Dans les heures qui ont suivi l'annonce, Ryad a été soutenu dans sa démarche par son allié et voisin du Bahreïn. Les Emirats arabes unis ont également pris la défense de l'Arabie saoudite "dans la défense de sa souveraineté".
Ce n'est pas la première fois que l'Arabie saoudite réagit vivement à des critiques de gouvernements étrangers.
En mai, le magazine allemand Der Spiegel rapportait que le prince héritier Mohamed ben Salman avait ordonné la suspension de tout nouveau contrat public avec des entreprises allemandes à la suite de déclarations allemandes relatives à la crise libanaise.
Et en 2015, les relations entre Ryad et Stockholm se sont tendues après des déclarations suédoises sur la situation des droits de l'homme en Arabie saoudite.
"L'Arabie saoudite se tire une balle dans le pied. Si on veut ouvrir son pays au monde, on ne commence pas par expulser des ambassadeurs et geler le commerce avec des pays comme le Canada", a commenté Joost Hiltermann, de l'International Crisis Group.
"Cependant, les dirigeants saoudiens ont le sentiment de faire face à un choix impossible: si s'ouvrir au monde signifie qu'il faut accepter un changement, ils veulent imposer et contrôler soigneusement les réformes, parce qu'ils sont mortellement effrayés par tout changement émanant de la base, par exemple via des activistes féministes. Mais cela les met en difficultés vis-à-vis de leurs partenaires occidentaux."
(Aziz El Yaakoubi à Ryad et David Ljunggren à Ottawa, avec Denny Thomas à Toronto; Jean Terzian et Henri-Pierre André pour le service français)
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