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L'Union européenne reste divisée sur l'élargissement du bloc

reuters.com  |   |  613  mots
L'union europeenne reste divisee sur l'elargissement du bloc[reuters.com]
(Crédits : Yves Herman)

par Marine Pennetier

BRUXELLES (Reuters) - Les dirigeants de l'Union européenne ne sont pas parvenus à s'entendre, lors du conseil européen de jeudi et vendredi à Bruxelles, sur la question de l'élargissement à l'Albanie et la Macédoine du Nord en raison de la réticence de la France, du Danemark et des Pays-Bas à accorder leur feu vert dans l'immédiat.

Jean-Claude Juncker, le président de la Commission européenne, a qualifié le refus d'ouvrir des négociations d'adhésion avec ces deux pays d'"erreur historique".

Mais pour Emmanuel Macron, l'Union européenne doit d'abord se réformer pour améliorer son fonctionnement avant d'envisager accueillir de nouveaux membres.

"Nous devons garder l'esprit de sérieux et de mesure", a répliqué le président de la République aux autres dirigeants critiquant en creux la France pour son blocage. "Plusieurs pays étaient réticents à ouvrir aujourd'hui les négociations, la France a fait partie de ces pays (...) tous les progrès demandés ne sont pas là."

"Avant tout élargissement effectif, sachons-nous réformer nous mêmes", a-t-il insisté en dénonçant un processus "bureaucratique".

Emmanuel Macron a en outre rapporté que, si la candidature de la Macédoine du Nord semblait poser moins de problèmes, celle de l'Albanie suscitait davantage de réticences chez un plus grand nombre de pays.

Pour tenter de débloquer la situation, certains Etats membres avaient suggéré mardi de séparer les deux candidatures et de donner le feu vert à la Macédoine du Nord, compte tenu de l'accord qui a mis un terme à sa querelle diplomatique de près de 30 ans avec la Grèce, et d'attendre pour l'Albanie.

MACRON VEUT ÉVITER UNE FAUTE POLITIQUE "FUNESTE"

Pour le président français, ouvrir des négociations avec la seule Macédoine du Nord en écartant l'Albanie aurait cependant constitué une faute politique "funeste" susceptible d'avoir des répercussions dans la région des Balkans.

L'issue des discussions n'est pas une surprise tant les débats avaient déjà été houleux en début de semaine entre les ministres des Affaires étrangères des Vingt-Huit, avec les prises de parole très claires quant à l'opposition de la France et quelques autres à l'ouverture à ce stade de négociations avec Tirana et Skopje, candidats respectifs depuis 2014 et 2005.

Contrairement à l'immense majorité des pays du bloc, une poignée d'Etats membres - la France, les Pays-Bas et le Danemark - estiment que ni l'UE ni les pays candidats ne sont prêts à cet élargissement - le premier depuis l'intégration de la Croatie en 2013.

Signe des divisions persistantes, l'Union européenne avait déjà été contrainte en juin de différer sa décision, promettant une réponse "claire" "au plus tard en octobre".

Face à ce nouveau délai qu'il regrette, le président du Conseil européen, Donald Tusk, a invité l'Albanie et la Macédoine du Nord à "ne pas renoncer", assurant qu'elles n'étaient en rien responsables de cette situation.

Qualifiant lui aussi d'"erreur historique" le refus d'ouvrir ces négociations, le président du Conseil italien, Giuseppe Conte, a annoncé que Rome proposerait de relancer les discussions sur le sujet dès le mois prochain.

Les partisans de l'élargissement du bloc à Tirana et Skopje mettent en avant le risque que ces pays se tournent vers la Chine et la Russie, une crainte confirmée par le Premier ministre macédonien Zoran Zaev qui, avant le sommet, a prévenu que Pékin et Moscou "combleraient le vide" laissé par les Européens le cas échéant.

(avec Robin Emmott et Francesco Guarascio, édité par Jean-Stéphane Brosse et Bertrand Boucey)