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Les jeunes, premiers sacrifiés sur l'autel de la crise économique

reuters.com

Publié le 11 juin 2020 à 15:59 - Mis à jour le 11 juin 2020 à 16:10

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par Caroline Pailliez et Michaela Cabrera

PARIS (Reuters) - Malgré la multiplication des démarches, Eugénie Fillon, 22 ans, ne trouve pas d'hôtel de luxe prêt à l'embaucher pour un contrat en alternance. Inquiète pour son avenir, elle craint de faire partie de "cette génération sacrifiée" par la crise économique qui a résulté de la pandémie de coronavirus.

Originaire de Nantes, cette jeune femme diplômée en luxe mode et design a été admise dans un programme de master sur le management des établissements de luxe à Paris qui doit démarrer en septembre. Mais pour officialiser son inscription, encore faut-il qu'elle trouve un hôtel prêt à la former sur deux ans. Mission impossible actuellement.

"Normalement il y a beaucoup d'offres mais là, on peut constater depuis le virus qu'il n'y a presque plus rien", déplore-t-elle en regardant un site qui répertorie les annonces.

"Quand j'ai vu les chiffres, et surtout les frontières qui ferment, je me suis dit comment je vais faire, est-ce que les hôtels vont avoir besoin de moi l'année prochaine ?"

En cas d'échec, elle devra basculer en formation initiale, sans alternance, qui coûte 18.000 euros.

Comme Eugénie Fillon, des milliers de jeunes risquent de se retrouver dans une impasse lorsqu'ils se présenteront sur le marché du travail, victimes des suppressions de contrats courts et des gels d'embauche, même dans l'apprentissage.

Entre 165.000 et 320.000 jeunes pourraient venir grossir les rangs des demandeurs d'emploi au deuxième trimestre de 2020, selon des estimations du ministère du Travail qui se basent sur une baisse potentielle de la croissance de 10 à 11% sur l'année et une baisse très progressive de l'activité partielle.

Le taux de chômage des 15-24 ans, qui était à 20% au dernier trimestre de 2019 - le quatrième plus élevé d'Europe - pourrait, dans le pire des scénarios, atteindre 30%.

EMPLOIS SUBVENTIONNES

En France, les jeunes servent de variable d'ajustement en période de crise, explique l'économiste de l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), Mathieu Plane, car ils sont surreprésentés dans les contrats précaires.

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Ils ont déjà commencé à en faire les frais. Quelque 620.000 emplois ont été supprimés durant les huit semaines qu'a duré le confinement, des contrats surtout occupés par des jeunes, selon l'OFCE. Se pose maintenant la question des 800.000 diplômés qui sortiront des bancs de l'école cette année.

Pour l'économiste, il faut trouver une façon d'insérer ces jeunes sur le marché du travail au plus vite, car les études montrent qu'une conjoncture défavorable en début de vie active peut pénaliser toute une carrière.

Le gouvernement mènera des discussions avec les partenaires sociaux sur un plan de relance sur l'emploi des jeunes à partir de la mi-juin pour des annonces en première quinzaine de juillet, selon le ministère du Travail.

Pour Mathieu Plane, il faudrait proposer des contrats subventionnés par l'Etat dans des secteurs en demande comme l'éducation ou le médico-social.

Un mois avant que la France n'annonce des mesures de confinement, Armelle Barhouni, 23 ans, démissionnait de son travail de barmaid dans l'idée de gagner en responsabilité pour un jour devenir gérante de son propre bar.

Sans ressource, mis à part le RSA jeune (Revenu de solidarité active) qui lui procure 500 euros par mois, elle envisage de mettre son projet de côté pour reprendre un travail de serveuse dès que les restaurants pourront tourner à plein régime, le temps que la situation s'améliore.

"J'ai beaucoup démarché sur plusieurs sites différents, je n'ai pas eu beaucoup de retours", témoigne-t-elle.

Face à la situation, certains ont décidé de poursuivre leurs études. C'est le cas de Louis Lhomme, étudiant de 23 ans à Sciences Po, qui, après un premier master en urbanisme, a postulé tardivement à un programme en alternance spécialisé dans les transports à l'École nationale des ponts et chaussées.

"J'entre sur le marché du travail au pire moment je pense, peut être le pire moment après 1945", dit-il à Reuters.

"Ça permet de passer le plus dur de la crise dans une situation un peu protectrice."

(Caroline Pailliez, édité par Jean-Michel Belot)

reuters.com

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