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Russie : Alexeï Navalny maintenu en détention malgré la protestation internationale

reuters.com  |   |  585  mots
Russie/navalny: une audience est en cours, selon sa porte-parole[reuters.com]
(Crédits : Tatyana Makeyeva)

par Anton Zverev et Andrew Osborn

MOSCOU (Reuters) - La justice russe a ordonné lundi le maintien en détention pour 30 jours de l'opposant Alexeï Navalny pour avoir enfreint les conditions d'une peine de prison avec sursis, ignorant les appels des pays occidentaux à sa libération immédiate.

La police russe l'a interpellé dimanche à son arrivée à Moscou après quasiment cinq mois de convalescence en Allemagne à la suite de son empoisonnement.

L'administration pénitentiaire de Moscou a demandé que la peine de trois ans et demi de prison avec sursis prononcée dans une affaire de détournement de fonds, qui, selon Alexeï Navalny, a été inventée de toutes pièces, soit convertie en une véritable incarcération.

Il fait également l'objet de trois autres procédures pénales.

Les Nations unies et les pays occidentaux ont demandé sa libération immédiate. Certains plaident même pour de nouvelles sanctions à l'encontre Moscou.

Dans une vidéo diffusée sur Twitter, Alexeï Navalny a appelé la population à descendre dans les rues. Selon un témoin, plusieurs centaines de ses partisans se sont rassemblés devant le poste de police où il est incarcéré.

"N'ayez pas peur, descendez dans la rue. Ne sortez pas pour moi, sortez pour vous et pour votre avenir", a-t-il déclaré dans cette vidéo.

Il a qualifié l'audience de "plus haut degré de non-droit" et s'en est pris directement à Vladimir Poutine, l'accusant de fouler aux pieds le code pénal par peur.

Le Kremlin n'a pas réagi mais avait déclaré auparavant qu'Alexeï Navalny devait faire face à la justice comme tout autre citoyen s'il s'était rendu coupable d'actes répréhensibles.

"LE PATRON"

Les pays occidentaux, dont la France et la Grande-Bretagne, avaient demandé à la Russie de libérer immédiatement l'opposant âgé de 44 ans.

La Lituanie, la Lettonie et l'Estonie ont appelé l'Union européenne à discuter de nouvelles sanctions contre la Russie, qui pourraient inclure la suspension du projet de gazoduc Nord Stream 2 de 11,6 milliards de dollars (9,61 milliards d'euros), destiné à accroître les exportations de gaz russe vers l'Allemagne.

L'Allemagne a toujours soutenu le projet, arguant qu'il s'agit d'une entreprise commerciale, et le porte-parole du gouvernement a fait savoir lundi que sa position n'avait pas changé.

Sergueï Lavrov, ministre russe des Affaires étrangères, a déclaré que l'indignation manifestée par les pays occidentaux concernant la détention d'Alexeï Navalny avait pour but de détourner l'attention de leurs propres citoyens face à leurs difficultés et que Moscou ne craignait pas les atteintes potentielles à son image.

"Nous devrions probablement penser à notre image mais nous ne sommes pas des jeunes filles allant au bal", a-t-il dit aux journalistes.

Pour Mikhaïl Khodorkovski, qui a dénoncé l'arrestation d'Alexeï Navalny, Vladimir Poutine tente de montrer qu'il est toujours "le patron" en Russie.

"La seule chose qui protège Poutine c'est l'impression qu'il est le meilleur, ce qui a de nouveau été mis en doute", a déclaré à Reuters l'ancien oligarque tombé en disgrâce, qui vit en exil à Londres.

Selon lui, la situation d'Alexeï Navlany a peu de chance de s'arranger. "Il pourrait être condamné à dix ans (de prison) - c'est en résumé ce à quoi on peut s'attendre à ce stade. Beaucoup dépendra de la réaction de la société russe", a-t-il conclu.

(Avec Tom Balmforth, Gabrielle Tétrault-Farber, Alexander Marrow et Alexander Reshetnikov à Moscou, Paul Carrel à Berlin, version française Kate Entringer, Laetitia Volga et Camille Raynaud, édité par Jean-Philippe Lefief)