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Birmanie : Les manifestations contre le putsch s'intensifient malgré les arrestations

reuters.com  |   |  826  mots
Birmanie: les manifestations contre le putsch s'intensifient malgre les arrestations[reuters.com]
(Crédits : Issei Kato)

(Reuters) - Des enseignants et des étudiants ont rejoint vendredi les manifestations qui s'intensifient en Birmanie, soutenues par Aung San Suu Kyi, malgré la répression et les arrestations qui se poursuivent, quatre jours après le coup d'état de l'armée.

Renforçant les mesures visant à réprimer l'opposition de la rue, la police a arrêté Win Htein, l'un des bras droits d'Aung San Suu Kyi, et des dizaines de personnes qui s'étaient jointes aux manifestations.

La pression internationale sur l'armée s'est accrue, le Conseil de sécurité des Nations unies demandant la libération des détenus et Washington envisageant des sanctions contre les généraux au pouvoir.

Les enseignants sont le dernier groupe à se joindre à la campagne de désobéissance civile, certains d'entre eux refusant de travailler ou de coopérer avec les autorités putschistes.

"Nous voulons que le coup d'Etat militaire échoue", a déclaré Nwe Thazin Hlaing, professeur de l'Université d'éducation de Rangoun.

Reuters n'a pas pu joindre le gouvernement birman pour obtenir des commentaires.

La campagne de désobéissance, qui a commencé avec les médecins, s'est également étendue à certaines parties de l'administration du pays et a obtenu vendredi le soutien officiel du parti de la Ligue nationale pour la démocratie (NLD) d'Aung San Suu Kyi.

La NLD a qualifié dans un communiqué d'"inacceptable" l'arrestation lundi d'Aung San Suu Kyi et de plusieurs hauts représentants de son parti, et a déclaré qu'elle viendrait en aide aux personnes détenues ou licenciées pour s'être opposées au coup d'État.

Le chef de l'armée, Min Aung Hlaing, a pris le pouvoir en invoquant des irrégularités présumées lors d'une élection de novembre que la NLD a remportée de manière écrasante. La commission électorale a déclaré que le vote était équitable.

S'il n'y a pas eu de déferlement dans les rues, dans un pays connu pour violemment réprimer les manifestations, les signes de défiance étaient nombreux de la part des opposants au coup d'État - des dizaines de jeunes défilant notamment dans la ville de Dawei, au sud-est du pays.

VAGUE ROUGE

À Rangoun, la plus grande ville du pays, des opposants ont accroché des vêtements, des rubans et des ballons rouges devant leur maison pour montrer leur soutien à la NLD.

"Nous avons mis des ballons rouges dans toute la rue", a déclaré Myint Myint Aye, 49 ans. "C'est une campagne non violente. Nous voulons montrer aux dictateurs que nous sommes tous avec Mère Suu."

Mais les autorités ont également commencé à intensifier les actions contre les opposants au coup d'État.

Dans la deuxième ville du pays, Mandalay, 30 personnes ont été arrêtées pour avoir manifesté en frappant des casseroles avec des ustensiles de cuisine.

Onze médias ont cité Maung Maung Aye, chef adjoint de la police régionale, qui a déclaré qu'ils étaient accusés d'avoir enfreint une loi contre le "bruit dans les rues publiques".

Le dernier détenu en date est Win Htein, 79 ans, un des bras droit d'Aung San Suu Kyi, qui a été emprisonné à plusieurs reprises au cours de plusieurs décennies de lutte contre les juntes précédentes.

"Je n'ai jamais eu peur d'eux parce que je n'ai rien fait de mal de toute ma vie", a-t-il déclaré à Reuters par téléphone depuis son lieu de détention.

Reuters n'a pas été en mesure de joindre la police pour obtenir des commentaires sur son arrestation ou sur les charges qui pourraient être retenues contre lui.

APPELS À LA LIBÉRATION

Les 15 membres du Conseil de sécurité des Nations unies ont présenté jeudi un projet de communiqué appelant à la libération de tous les détenus et au respect des droits de l'homme, des libertés fondamentales et de l'État de droit.

Le texte a néanmoins été reformulé pour gommer toute mention d'un coup d'État, permettant ainsi au Conseil de rallier les suffrages de tous ses membres, y compris de la Chine et de la Russie, qui entretiennent des liens étroits avec l'armée birmane.

Aux États-Unis, le président Joe Biden a déclaré que Washington travaillait avec ses alliés et partenaires pour faire face à la situation.

"Il ne fait aucun doute qu'une force démocratique ne devrait jamais chercher à passer outre la volonté du peuple ou tenter d'effacer le résultat d'une élection crédible", a-t-il déclaré.

La lauréate du prix Nobel de la paix, Aung San Suu Kyi, 75 ans, n'a pas été vue depuis son arrestation lundi. La police a porté plainte contre elle pour avoir importé et utilisé illégalement six talkie-walkies trouvés à son domicile.

(Rédaction de Reuters, rédigé par Matthew Tostevin, Rosalba O'Brien et Stephen Coates, version française Kate Entringer, édité par Jean-Michel Bélot)